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France-Côte d’Ivoire/Sylvain Takoué (RURÉN-CI) catégorique: «L’armée française a commis des crimes…»

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Dans cette courte interview qu’il nous a accordée, l’écrivain ivoirien exilé, qui est aussi opposant au régime d’Alassane Ouattara, et dirigeant du mouvement politique souverainiste RURÉN-CI (Rupture et Renouveau en Côte d’Ivoire), nous précise les raisons pour lesquelles son mouvement exige le départ sans conditions ni délais des forces françaises du 43ème BIMA de la Côte d’Ivoire…

Notre question sera directe : pourquoi demander ce départ des forces françaises de la Côte d’Ivoire ?

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France-Côte d’Ivoire/Sylvain Takoué (RURÉN-CI) catégorique: «L’armée française a commis des crimes…» 7

C’est pour la simple raison que la Côte d’Ivoire n’est pas la France, et que le territoire de défense nationale, sur lequel doit se retrouver en caserne ce contingent militaire français du 43ème BIMA, est celui de la France, à 6 000 km de la Côte d’Ivoire. L’armée française est une force militaire étrangère. Elle n’a rien à faire dans notre pays. Mais si elle y est, c’est qu’elle est une force militaire d’occupation. Ce n’est pas normal.

Pourtant elle y est autorisée depuis longtemps…

Oui, et c’est pourquoi, il faut que cette présence militaire française en territoire ivoirien prenne fin. Cette « autorisation », dont vous parlez, date des Accords de coopération militaireet stratégique de 1961. Vous ne trouvez pas que toute cette pratique est vétuste en ce 21ème siècle ? Un accord militaire international, fût-il mis en place par un président de la trempe du général Charles de Gaulle, et qui est signé, peut tout aussi être caduque et se voir révoqué. Le contexte politique primaire, et presqu’indigène, dans lequel ces Accords de 1961 ont été passés entre la France métropolitaine et la Côte d’Ivoire vassale, est dépassé. Relisez bien ces accords, ligne après ligne. Ils sont choquants pour nous, aujourd’hui, car les mentalités ivoiriennes ont évolué. C’est pourquoi, nous disons que ces accords militaires doivent tout simplement être résiliés, car ils ne sont pas de notre époque. Aujourd’hui, nous sommes dans un autre temps, qui est révolutionnaire, c’est-à-dire éclairé et progressiste : celui de la quête de la pleine souveraineté nationale en Afrique.Des exemples éloquents actuelssont là, donnés par l’Alliance des Etats du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Et la Côte d’Ivoire est un pays tout aussi concerné par ces temps nouveaux, c’est-à-dire par la conquête de la pleine souveraineté nationale non négociée.

Serez-vous entendus à cet effet ?

Oui, puisque nous en parlons haut et fort. Notre mouvement politique, le RURÉN-CI, signifie « Rupture et Renouveau en Côte d’Ivoire ». C’est un mouvement souverainiste, qui est en lutte idéologique pour y parvenir. Il travaille activement à faire entrer la Côte d’Ivoire dans les temps nouveaux de la souveraineté nationale en Afrique, au côté de l’Alliance des Etats du Sahel. Or, l’un des actes politiques significatifs à poser, c’est le départ sans conditions ni délais de la force militaire française du 43ème BIMA de la Côte d’Ivoire.C’est cet acte que nous avons commencé à poser. Et, croyez-moi, l’effet escompté sera atteint.

Vous en aviez parlé, juste la semaine dernière, en rebondissant sur la question d’un probable rapatriement progressif, voulu par la France, de l’armée française présente en Afrique. On apprend ensuite, aujourd’hui, que le président de la France, Emmanuel Macron, aurait dépêché son agent de mission pour l’Afrique, Jean-Marie Bockel, en Côte d’Ivoire, où il serait présent, du 20 au 21 février, cette semaine, pour discuter du nouveau dispositif militaire français. Quel serait, selon vous, ce nouveau dispositif ?

Je n’en sais rien. Si l’information de sa présence à Abidjan est avérée, cet autre « Monsieur Afrique » de la France, à l’instar de ses prédécesseurs qui sont toujours apparus comme des lucioles dans la nuit, le fera connaître aux autorités politiques ivoiriennes, puisqu’il viendrait en Côte d’Ivoire pour cela. Mais une chose est sûre : c’est que nous sonnons la fin de ce temps paternaliste de la France et des enfantillages de la Côte d’Ivoire. Il faut que l’armée française envahissante s’en aille de notre pays qui atoute armée républicaine en place, et qui a le devoir d’exercer son métier de défense nationale. Cette présence militaire française en Côte d’Ivoire est une invasion, aujourd’hui inacceptable. Souvenez-vous que cette invasion militaire a eu un récent passé tragique dans notre pays.

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire les évènements tragiques du 6 novembre 2004, à Bouaké, puis du 9 novembre 2004, à Abidjan, où la Force militaire française de la Licorne a été salement impliquée. Il s’agit d’un dossier de crimes auxquels la France a habituée l’Afrique. À Abidjan, les soldats français ont massacré des manifestants, qu’on appelait les jeunes patriotes, sur le boulevard André Latrille, qui commence à partir de l’hôtel Ivoire de Cocody. Souvenez-vous-en. N’ayons pas la mémoire courte.

Ces évènements n’ont pourtant pas eu, au jour d’aujourd’hui, suffisamment d’éclairage…

Oui, et c’est à dessein, que la France, alors gouvernée par Jacques Chirac, n’avait pas voulu rétablir les faits et situer les vraies responsabilités. L’enquête sur cette histoire a longtemps piétiné, et la chose est restée dans un flou artistique et grotesque, mais les faits sont dans les mémoires. Toujours est-il qu’il y a eu massacres de foules, perpétrés par les soldats français de la Licorne. S’il n’y avait pas d’armée française en Côte d’Ivoire, au moment de la rébellion armée ivoirienne, jamais ce drame n’aurait eu lieu. Ensuite, il y a eu les évènements d’avril 2011, à Abidjan, toujours perpétrés par l’armée française. C’en est trop. C’est pourquoi nous exigeons le départ total et global de cette armée française d’invasion et d’occupation. Les parents et familles des pauvres victimes devraient d’ailleurs manifester publiquement aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, contre l’arrivée de cet autre « Monsieur Afrique » – ce Jean-Marie Bockel – à Abidjan. Les parents et familles des victimes des tueries du 9 novembre 2004, survenues sur le boulevard de l’hôtel Ivoire, à Cocody, devraient réveiller cette affaire lugubre et funeste,et porter plainte contre la force Licorne. Mais nous allons y arriver, car nous y aiderons.

Interview réalisée par Michel Kouiti.

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