Les débats sur le franc CFA reviennent régulièrement au cœur de l'actualité économique et politique en Afrique de l'Ouest. Parmi les sujets les plus discutés figure celui de la fabrication des billets, souvent présentée comme une preuve de dépendance monétaire. Pourtant, cette affirmation repose fréquemment sur une confusion entre deux notions pourtant distinctes : fabriquer une monnaie et battre monnaie.

Cette distinction, loin d'être un simple débat sémantique, relève du droit monétaire, de l'économie et de la souveraineté des États. Comprendre cette différence permet d'éclairer avec davantage de rigueur les enjeux entourant le franc CFA et, plus largement, le fonctionnement des banques centrales modernes.

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Fabriquer la monnaie : une opération industrielle

La fabrication de la monnaie correspond à la production matérielle des billets et des pièces. Elle englobe l'ensemble des opérations techniques nécessaires à leur conception : choix des supports, impression, gravure, intégration des éléments de sécurité, découpe, numérotation, contrôle qualité, conditionnement et, pour les pièces, frappe métallique.

Cette activité relève avant tout de l'industrie de haute sécurité. Dans le monde, seules quelques entreprises disposent des technologies et des infrastructures permettant de produire des billets répondant aux standards internationaux de lutte contre la contrefaçon.

Pour cette raison, de nombreux pays, y compris des économies développées, choisissent de faire imprimer tout ou partie de leur monnaie à l'étranger ou auprès d'entreprises spécialisées. Ce choix répond à des considérations techniques, économiques ou sécuritaires et ne remet pas en cause leur souveraineté monétaire.UEMOA: La BCEAO ouvre les comptes en FCFA à la diaspora et cible les flux  extérieurs - DIRECTION GÉNÉRALE DU TRÉSOR ET DE LA COMPTABILITÉ PUBLIQUE

Autrement dit, le lieu où un billet est fabriqué ne détermine pas l'autorité qui contrôle cette monnaie.

Battre monnaie : un attribut de la souveraineté

À l'inverse, battre monnaie désigne le pouvoir d'émettre une monnaie ayant cours légal. Historiquement, cette expression faisait référence au droit régalien des souverains de frapper des pièces portant leur effigie. Aujourd'hui, elle recouvre les prérogatives exercées par les banques centrales.

  • Battre monnaie signifie notamment :

  • décider de l'émission de nouveaux billets et pièces ;

  • déterminer la quantité de monnaie en circulation selon les besoins de l'économie ;

  • conduire la politique monétaire à travers les taux directeurs et les instruments de refinancement ;

  • préserver la stabilité des prix ;

  • garantir la valeur légale de la monnaie.

Ces décisions relèvent exclusivement de l'autorité monétaire compétente. Une imprimerie, quelle que soit sa localisation, ne possède aucun pouvoir de création monétaire. Elle agit comme un prestataire industriel exécutant une commande passée par la banque centrale.

En économie, la souveraineté monétaire se mesure donc au pouvoir de décision, et non au lieu de production physique des billets.

Le fonctionnement du franc CFA

Dans l'espace de l'Union économique et monétaire ouest-africaine, cette compétence appartient à la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest.

Institution d'émission commune aux États membres de l'Union, la BCEAO décide de la création des billets et des pièces, fixe les modalités de leur mise en circulation et conduit la politique monétaire applicable à l'ensemble de la zone.

Lorsque la Banque centrale décide d'émettre une nouvelle série de billets ou de renouveler les coupures existantes, elle peut confier leur fabrication à une imprimerie spécialisée répondant aux exigences techniques et sécuritaires requises. Cette relation est de nature contractuelle et industrielle.

En conséquence, le fait que certains billets soient imprimés hors du territoire des États membres ne signifie pas que la décision de créer cette monnaie appartienne au pays où ils sont produits. L'autorité d'émission demeure celle de la BCEAO.

Une confusion fréquente dans le débat public

La confusion entre fabrication et émission de la monnaie nourrit régulièrement les débats publics sur le franc CFA.

Deux questions distinctes sont en réalité souvent mélangées.

  • La première est technique : où les billets sont-ils fabriqués ?

  • La seconde est institutionnelle : qui décide de leur création, de leur quantité et de leur circulation ?

La première concerne l'organisation industrielle de la production monétaire. La seconde relève de la gouvernance monétaire et de la souveraineté.

Confondre ces deux dimensions conduit à attribuer au lieu de fabrication une portée juridique et économique qu'il n'a pas nécessairement.

Cela ne signifie pas que les interrogations sur la souveraineté monétaire de la zone franc soient dépourvues de fondement. Elles portent toutefois sur d'autres aspects, tels que les règles de gouvernance des banques centrales, les mécanismes de change, les accords monétaires ou encore l'autonomie des politiques économiques des États membres.

Les billets en francs CFA (ici la coupure de 2.000 francs) représentent entre un quart et un tiers de la production annuelle. © Jean-Louis GORCEUne distinction essentielle

En définitive, fabriquer une monnaie consiste à produire un support matériel sécurisé ; battre monnaie consiste à exercer le pouvoir souverain de l'émettre et d'en assurer la gestion.

Dans le cas du franc CFA, la BCEAO exerce cette mission d'émission pour les États membres de l'UEMOA. La fabrication des billets, qu'elle soit réalisée en Afrique ou à l'étranger par un prestataire spécialisé, ne modifie pas cette compétence.

Pour analyser avec rigueur les enjeux du franc CFA, il est donc indispensable de distinguer la production matérielle des billets de l'exercice de l'autorité monétaire. Cette nuance, souvent négligée dans le débat public, constitue pourtant l'un des fondements de la compréhension des mécanismes monétaires contemporains.

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