Le temps du prix bord champ du kilogramme de fèves de cacao à 2.800 FCFA est désormais un vieux souvenir chez les planteurs ivoiriens. La campagne 2026/2027 a reconduit le prix du kilogramme de 1.200 de l'intersaison. Soit une chute brutale de 57% du prix garanti aux producteurs en début de campagne 2025-2026. Du coup, c’est la porte ouverte au trafic transfrontalier, compte tenu des cours pratiqués chez les voisins de la Côte d’Ivoire.



Après avoir culminé à plus de 12 000 dollars la tonne sur le marché international en 2024, le cours du cacao s'est effondré pour s’établir à 6.000 dollars la tonne en 2025. Ce retournement a contraint Abidjan à réviser fortement à la baisse son prix plancher, alors que les stocks invendus s'accumulaient déjà.
Une première mesure d'urgence avait été prise en mars, mais elle n'avait pas suffi à enrayer la méfiance des planteurs. Le Conseil café cacao avait alors confié l’enlèvement des stocks résiduels l’Organisation professionnelle agricole de ce secteur. Ce qui avait provoqué des mécontentements.
Au moment où le prix plancher est fixé à 1.200 Fcfa chez le leader mondial, les pays limitrophes offrent des rémunérations bien plus attractives. Au Ghana, le kilogramme est payé aux planteurs à environ 2 000 FCFA/kg, en Guinée, 1 900 FCFA/kg, et même 4 000 à 5 000 FCFA par le passé et au Liberia, le prix peut atteindre deux à trois fois le montant ivoirien.
Cette différence crée un appel d'air : alors que, traditionnellement, les fèves entraient en Côte d'Ivoire pour profiter de ses infrastructures, le flux s'est désormais inversé. Les sacs de cacao quittent désormais massivement le pays vers les États voisins. Ce trafic est massivement alimenté par les planteurs des régions voisins aux différentes frontières de la Côte d’Ivoire.
Ainsi, des volumes importants fuient les ports d’Abidjan et de San Pedro. En 2024, le volume de cette fuite du cacao ivoirien volumes sortis illicitement en direction de la Guinée est estimé à 50.000 tonnes, avec des pointes hebdomadaires d'environ 4 000 tonnes. La ville de N'Zérékoré située à la frontière avec la Côte d’Ivoire est devenue un hub illicite, où l'écart de prix atteint 700 FCFA par kilo.

Pour ne rien arranger, le prix officiel de 1.200 FCFA concédé aux planteurs n’est pas toujours respecté. Ils sont parfois obligés d’accepter des rabais proposés par des acheteurs véreux ou de simple reçu en échange de leur production. Le recouvrement de cette créance est un véritable chemin de croix.
Au-delà des pertes fiscales et de la concurrence déloyale, ce trafic compromet les exigences de traçabilité imposées par l'Union européenne et d'autres marchés importateurs. Il devient alors difficile de certifier l'origine des fèves, ce qui menace la réputation de toute la filière ouest-africaine.
L’autre conséquence de cette chute du prix du cacao et parfois sa mévente est que certains planteurs se tournent vers l’exploitation illégale de l’or. Ce qui met non seulement le secteur du cacao en péril, mais accentue la pression sur les écosystèmes et les cours d’eau.
Théodore Sinzé
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