Quelque chose aux apparences d’une malversation financière révélée sur la place publique s’est passée le week-end dernier dans le Zanzan, aux obsèques du ministre Yaya Ouattara, ex-figure emblématique du PDCI-RDA dans la région. Il s’agit de l’annonce faite par le Haut Représentant du président du président du parti (HRD) de la participation des cadres et militants aux funérailles de l’illustre disparu. Alors que le montant total des cotisations faites, selon la liste à laquelle notre correspondant local a eu accès donne le montant de 1 345 000 FCFA, c’est seulement la somme de 800 000 FCFA qui est déclarée à la table des dons, à la grande stupéfaction des contributeurs. Soit une différence de 545 000 F qui interpellent aussitôt les militants ayant pour la plupart le montant total cotisé et la liste.

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Cette affaire particulièrement sensible et honteuse suscite colère et incompréhension au sein du PDCI-RDA dans le District du Zanzan. Des militants demandent des comptes à leur Haut Représentant. Ils réclament transparence et justificatifs dans la gestion des fonds mis à sa disposition par l’ensemble des responsables, cadres et militants, qui se sont mobilisés pour manifester leur solidarité à travers la collecte financière effectuée. La liste des contributions qui a circulé, et que notre correspondant a pu consulter sur place, comporterait, en effet, 76 cotisants. L’addition des montants qui y figurent donne le total effectif de 1 345 000 FCFA. A la différence des 800 000 FCFA déclarés au titre de cette mobilisation.

Pour les plaignants, que akwabanews.ci a contacté, la différence est considérable eu égard au montant total cotisé pour soutenir la famille du défunt. Comment expliquer cet écart ? Pour les témoins de la scène, avant toute accusation définitive, une clarification s’impose. Les militants veulent savoir combien a réellement été encaissé ? Existe-t-il des contributions annoncées mais finalement non versées ? Des dépenses ont-elles été effectuées sur la collecte ? Si oui, lesquelles et sur quelle autorisation ? Quels en sont les justificatifs ? Et surtout, quel montant exact a été remis à la famille ou aux responsables des obsèques ? Ces questions interpellent directement la responsabilité de ceux qui avaient la charge de collecter, conserver, superviser ou rendre compte des fonds, mais spécifiquement le Haut Représentant du président du parti.

Le Haut Représentant interpellé

Au centre des interrogations figure, en effet M. Appoh Laurent, Haut Représentant du PDCI-RDA pour le District du Zanzan. Des militants lui demandent désormais de s’expliquer publiquement et de produire un état détaillé de la collecte. Il ne s’agit pas de condamner sans preuve. Il s’agit précisément d’obtenir les preuves permettant d’établir la vérité. « Lorsqu’une liste fait apparaître 1 345 000 FCFA et qu’un montant de 800 000 FCFA aurait été déclaré, la différence de 545 000 FCFA ne peut rester sans explication », confirme un cadre de la région interrogé qui s’offusque de ce qu’il soupçonne être une « malversation ».

Un précédent lors des obsèques du Président Bédié

La controverse prend une dimension supplémentaire parce que certains militants affirment avoir déjà dénoncé des comportements comparables à l’occasion des obsèques du Président Henri Konan Bédié. Pour eux, ces accusations antérieures doivent, elles aussi, être documentées avant toute conclusion. Mais, leur résurgence montre surtout que le problème dépasse désormais une simple question comptable : c’est la confiance entre les militants et certains de leurs responsables qui est en jeu.

Des militants qui ont cotisé se disent d’autant indignés que ces sommes ne constituent pas une caisse ordinaire. Elles représentent un geste de solidarité envers un compagnon politique disparu et sa famille. Toucher à la confiance entourant une telle contribution serait donc moralement extrêmement grave. « On ne joue pas avec l’argent du deuil », s’irrite l’un de nos interlocuteurs, témoins des faits pour qui les militants du Zanzan qui s’interrogent aujourd’hui considèrent que de telles pratiques, si elles étaient confirmées, seraient indignes des valeurs que doit porter le PDCI-RDA. « Ils refusent que la générosité des militants puisse être entourée du moindre soupçon d’opacité ». Aussi, exigent-ils des comptes de leurs hauts responsables, en l’occurrence le HRD qui est le porteur de la collecte faite. « Il faut ramener la sérénité dans la maison. Pour ce faire, il faudra que la confiance soit rétablie », suggère un responsable de base joint pour en savoir davantage sur la question.

A en croire ces interlocuteurs, la sortie de ce qui se profile comme une crise dans la représentation du District du Zanzan est aussi simple que logique. Il s’agira de publier les comptes, un état contradictoire qui devrait permettre d’établir clairement le montant annoncé sur la liste des 76 contributeurs, le montant effectivement encaissé, les dépenses éventuellement effectuées et leurs justificatifs, le montant effectivement remis pour les obsèques, ainsi que le solde éventuel de la collecte. Cette reddition des comptes permettrait ainsi de dissiper les soupçons, ou d’établir d’éventuelles responsabilités.

Et si les faits étaient établis ?

A cette question, les militants interrogés vont plus loin et sont formels. « Si c’est avéré, nous réclamons la démission immédiate du Haut Représentant ». Une exigence qui traduit la profondeur de la crise de confiance. « Si les explications et justificatifs démontrent une gestion régulière, ils devront être portés à la connaissance des militants. En revanche, si l’absence injustifiée d’une partie des fonds était formellement établie, les responsables concernés devraient en tirer toutes les conséquences politiques et, le cas échéant, juridiques. Le PDCI-RDA ne peut exiger la bonne gouvernance pour la Côte d’Ivoire tout en tolérant l’opacité dans la gestion des contributions de ses propres militants. L’exemplarité commence à l’intérieur du parti, et nous ne devrons pas tolérer un tel revers », martèle formel, un cadre proche de la direction actuelle du PDCI-RDA joint, qui nous est revenu après avoir pris le pool de la situation avec les responsables locaux dans le Zanzan. Toutefois, ce dernier estimes que cette affaire peut et devra être réglée avec élégance, sans invectives, sans règlement de comptes et sans manipulation, mais juste en répondant, documents à l’appui, à la question sur le gap entre le montant de 1 345 000 FCFA figurant sur la liste des cotisations pour les obsèques du ministre Yaya Ouattara et les 800 000 FCFA déclarés, ainsi que ce qui est advenu de l’écart de 545 000 FCFA. Un préalable qui permettra de lever tous soupçons et restaurer la confiance entre la base et la hiérarchie. « Lorsqu’il s’agit de l’argent collecté au nom d’un défunt, la transparence n’est pas une option, elle est une obligation morale. Tant que cette question restera sans réponse documentée, le malaise persistera. La direction va s’en saisir », promet notre interlocuteur perplexe devant de une telle situation qui en rajoutent à la période trouble que traverse l’ancien parti au pouvoir.

JPN

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