Ségrégation raciale et violences aux Etats-Unis avec la mort de George Floyd: La haine n’a vraiment aucune frontière…

Ségrégation raciale et violences aux Etats-Unis avec la mort de George Floyd: La haine n’a vraiment aucune frontière…

Si la maladie en général n’a aucune limite, si le coronavirus d’aujourd’hui n’a aucune limite spatiale et raciale, n’allez pas demander à l’amour, le comportement premier recommandé par Dieu, de se donner des barrières, des limites. Que dire alors du sentiment opposé, le désamour et surtout la haine raciale ? Absolument pas !

Ces derniers temps, depuis les Etats-Unis d’Amérique, les Etats-Unis de Martin Luther King, de Malcolm X et autres noirs Américains leaders,il nous a est donné d’assister à des scènes plus qu’effroyables, que les sociologues appelleraient ségrégation raciste. 

Quelques jours après la mort d’un Noir américain étouffé sous le genou d’un policier blanc, les États-Unis s’embrasent de nouveau, protestant contre les violences policières à caractère raciste. Un phénomène récurrent indissociable de la violence de la société américaine, et davantage médiatisé en période électorale, selon un politologue du nom de Didier Combeau.

« Je ne peux plus respirer », « J’ai mal »

Les images vidéo de son interpellation ont fait le tour du monde et des réseaux sociaux depuis le mardi 26 mai, et relance ainsi la question des violences racistes commises par la police aux États-Unis.

Un petit coup d’œil dans le rétroviseur permet de voir Michael Brown à Ferguson (Missouri), TamirRice à Cleveland (Ohio),  Eric Gardner à New York, ou encore Stephon Clarke à Sacramento (Californie), et à travers eux l’indignation qui se concentre aujourd’hui autour de la mort de George Floyd lors de son arrestation par la police de Minneapolis (Minnesota).

Petite analyse

Depuis, manifestations et émeutes se multiplient à travers tout le pays. 

Ce risque de se trouver constamment face à une population potentiellement armée, a d’ailleurs mené à de nombreuses bavures policières : en 2016, Keith Lamont Scott a été tué par balle alors qu’il refusait, d’après la police, de lâcher son arme de poing, laquelle se révélait être, selon la famille de la victime, un livre qu’il tenait à la main en attendant pacifiquement son fils à l’arrêt de bus. 

Abattu par la police en 2012 à Cleveland, Tamir Rice, 12 ans, jouait quant à lui avec un pistolet factice ; pour ce qui est de Stephon Clarke, il a été tué par la police de Sacramento en 2018, son téléphone ayant été confondu avec une arme à feu.

Des erreurs d’appréciation qui, d’ailleurs, permettent souvent aux policiers d’être relaxés par la justice, grâce à l’invocation de la légitime défense.

Les quatre policiers impliqués dans l’arrestation de George Floyd ont été limogés mardi, mais laissés en liberté, alors qu’une enquête a été ouverte. Comme en témoignent les précédentes affaires de violences policières à l’égard d’Afro-Américains, les policiers ayant commis de tels faits ont souvent bénéficié d’un abandon des poursuites.

Dans le cas de l’affaire George Floyd, mort lundi, étouffé sous le genou d’un officier de police, les faits sont plus troublants, constate Didier Combeau. “Par rapport aux bavures bien plus fréquentes par arme à feu, il ne s’agit pas d’une réaction impulsive face à une menace”, poursuit-il. « Il sera peut-être plus difficile, dans ce cas, de plaider la légitime défense ». « Je veux que ces policiers soient inculpés pour meurtre, car c’est exactement ce qu’ils ont fait, ils ont commis un meurtre contre mon frère », a affirmé Bridgett Floyd, la sœur de la victime, sur NBC.

Le politologue prend notamment l’exemple des émeutes d’avril 2015 à Baltimore, au cours du deuxième mandat de Barack Obama, et à quelques mois de l’élection présidentielle de 2016. « Au moment de cette élection, on parlait beaucoup des violences policières, mais une fois Donald Trumpélu, et bien que les violences policières n’aient pas cessé, cela n’a plus beaucoup fait la une de la presse », poursuit-il, ajoutant que les médias se sont davantage emparés du phénomène.

Une réalité sociale empreinte de racisme individuel, mais aussi d’un racisme institutionnel, qui, tel que l’ont conceptualisé Stokely Carmichael et Charles V. Hamilton, en 1967, continuerait de structurer l’ordre social américain, malgré les lois proclamant l’égalité.

« Les Afro-Américains, malgré la fin de l’esclavage, les droits civiques et l’Affirmative action (discrimination positive), sont beaucoup plus pauvres que la majorité de la population, beaucoup moins formés… », énumère Didier Combeau, dressant le portrait d’une minorité davantage frappée par les effets conjoints de la misère, de la délinquance et de « la politique zéro-tolérance de la justice » conduisant une proportion conséquente de jeunes Afro-Américains en prison pour des délits mineurs.

Des manifestants blancs dans les cortèges

« Depuis que je suis enfant, on nous répète à l’école que la situation des Noirs s’est améliorée depuis l’esclavage, mais plus on grandit, plus on se rend compte que les discriminations persistent », souligne Kevin Blackwood, un autre manifestant. Lui aussi a eu son lot d’interpellations « abusives » de la part de la police : « Ça ne s’arrête jamais. Nous sommes fatigués. »

À New York comme ailleurs dans le pays, les Blancs, en particulier les jeunes, sont bien représentés dans les rassemblements antiracistes. «Nous pouvons commencer par écouter ce que vit la communauté noire et se mettre à son service. Nous devons reconnaître le fait que notre couleur de peau nous donne certains privilèges », abonde Jessica Moore, une jeune femme blanche présente, dimanche 31 mai, à Union Square, place publique qui sert de point de ralliement à de nombreuses manifestations à New York. Elle a perdu son père dans les attentats du 11-Septembre. « Quand on n’obtient pas justice pour la mort d’un proche, c’est du terrorisme. C’est ce qu’il s’est passé avec George Floyd », estime-t-elle. Elle aimerait que les quatre policiers impliqués dans sa mort soient tous arrêtés, et pas seulement Derek Chauvin, l’officier qui s’est agenouillé sur son cou.

Impunité policière

Plusieurs figures de la communauté noire et des militants antiracistes appellent désormais les mairies à couper les financements des départements de police au profit de programmes sociaux destinés à aider les plus fragiles. Aux États-Unis, ce sont essentiellement les municipalités et les États fédérés – et non le gouvernement national – qui financent les forces de l’ordre. Ils veulent aussi que les officiers impliqués dans des affaires de violence raciste soient punis.

Selon une étude du Cato Institute, seul un tiers des affaires criminelles visant la police fait l’objet de poursuites. « Ils sont protégés par des syndicats très influents. Tout candidat politique à un siège local ou national veut pouvoir dire, comme Donald Trump, qu’il est le candidat de l’ordre et de la loi », pointe l’universitaire Khalil Muhammad.

 « Il faut que la police recrute plus de non-Blancs et que les bons flics dénoncent les mauvais », avance Anthony Ortiz, 23 ans. Ce Portoricain est réconforté par la présence de jeunes Noirs et Blancs dans les rangs des manifestants. « Notre génération voit des choses sur les réseaux sociaux que nos parents ne voyaient pas, ajoute-t-il. On est très motivé et enthousiaste. Heureusement, car nous avons beaucoup de travail à faire. »

Racisme ordinaire

« Colère », « tristesse », « ras-le-bol » : avec ce nouveau cas de violence policière, la communauté noire américaine est à bout. Depuis la mort de George Floyd, les manifestations qui tournent parfois à l’émeute se sont étendues dans une trentaine de grandes villes américaines et à l’étranger. New York, pourtant toujours sous confinement, en accueille plusieurs chaque jour dans ses rues largement vides. Ici comme ailleurs, des portes de la Maison-Blanche à Los Angeles en passant par Chicago, il n’y a pas que George Floyd que l’on pleure.

Depuis trois mois, les États-Unis connaissent une triste succession de meurtres de Noirs commis par des Blancs.

ANTOINE EDO

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