Depuis plusieurs mois, la Fédération ivoirienne de taekwondo traverse une période de tensions. C’est dans ce climat déjà délicat que Cheick Cissé a choisi, le 11 octobre 2026, de monter sur le devant de la scène. Lors d’une conférence de presse au Centre ivoiro-coréen d’Abidjan, l’ancien champion olympique a annoncé sa retraite sportive et, dans la foulée, son intention de briguer la présidence de la FITKD. À 33 ans seulement, il s’est ainsi placé en contradiction ouverte avec les textes qui régissent l’institution. Cette initiative, loin d’apaiser les esprits, révèle une volonté de forcer le destin au mépris des règles communes et risque d’aggraver une crise dont il est lui-même l’un des acteurs.

Le Règlement intérieur consolidé, adopté par l’Assemblée générale du 28 décembre 2025, fixe à l’article 22 des conditions d’éligibilité claires et strictes pour le poste de président. L’âge minimum est fixé à 40 ans, le maximum à 75 ans au 1er janvier de l’année de l’élection. S’y ajoutent l’exigence d’une résidence continue en Côte d’Ivoire depuis au moins cinq ans, l’interdiction d’avoir participé à toute activité visant à déstabiliser la Fédération, et une obligation de bonne moralité : n’avoir jamais commis de faute grave ni terni l’image de la FITKD, de son président ou de la World Taekwondo. Même la version antérieure du règlement, issue de l’Assemblée générale de décembre 2020, imposait déjà un seuil de 35 ans. Né le 19 septembre 1993, Cheick Cissé ne satisfait à aucune de ces exigences. Annoncer une candidature dans ces conditions n’est pas un acte de leadership. C’est une tentative de s’affranchir des textes que l’Assemblée générale a souverainement votés.
Cette attitude s’inscrit dans une trajectoire déjà entachée de non-respect des instances. Cheick Cissé a été débouté après avoir communiqué de fausses informations au comité international du taekwondo. Cette affaire a porté atteinte à la crédibilité de la représentation ivoirienne auprès de la World Taekwondo. Un athlète qui, en pleine carrière, a choisi de déformer les faits destinés aux autorités internationales se trouve aujourd’hui en totale contradiction avec l’exigence de moralité posée par l’article 22. Plus encore, il apparaît comme l’un des principaux artisans de la crise qui secoue actuellement la FITKD. Cette crise n’est pas née d’un désaccord technique ordinaire. Elle a été alimentée par des déclarations publiques de défiance, des annonces unilatérales et une stratégie de polarisation. Un président de fédération doit garantir la cohésion. Celui qui a contribué à la fracture ne peut prétendre la réparer sans perdre toute crédibilité.
Ses résultats sportifs ne sont pas contestés. Médaillé d’or olympique et multiple champion d’Afrique, Cheick Cissé a apporté un rayonnement indéniable au taekwondo ivoirien. Le rapport moral 2022-2023 de la Fédération consigne d’ailleurs ses performances parmi les succès collectifs de la période. Mais diriger une fédération nationale ne se résume pas à un palmarès. Cela exige le respect des règles, la capacité à rassembler et une autorité morale qui dépasse les médailles. Présenter comme un modèle pour les jeunes générations un champion qui a violé les textes et nourri les divisions revient à enseigner que la performance sportive autorise à s’exonérer des obligations institutionnelles. C’est précisément l’inverse du message que doit porter le mouvement olympique.
Les conséquences de ce non-respect des statuts sont déjà perceptibles et menacent de s’aggraver. Sur le plan institutionnel, une candidature hors conditions crée une irrégularité manifeste. Elle expose l’Assemblée générale à des contentieux et affaiblit durablement l’autorité des textes. Si les critères d’éligibilité peuvent être contournés par la pression médiatique, ils perdent toute force. Les élections futures risquent alors de devenir le théâtre de contestations permanentes. À l’intérieur de la Fédération, cette annonce intervient dans un contexte encore fragile : le rapport moral 2022-2023 rappelait que 80 % des ligues avaient souffert de divisions lors de la précédente crise de fin de mandat. Elle transforme un débat de gouvernance en affrontement de personnes, détourne l’énergie des projets de fond – formation des professeurs à l’INJS, couverture sociale via la CNPS, promotion du taekwondo féminin, structuration des ligues – et place les commissions techniques, les arbitres et les présidents de ligues sous une pression stérile.
Extérieurement, le signal envoyé est tout aussi préoccupant. La World Taekwondo, le ministère des Sports, le Comité national olympique et les partenaires financiers attendent des fédérations une gouvernance exemplaire. Un non-respect public des règles internes érode la confiance et peut freiner les financements, alors que le rapport financier 2022-2023 montre que l’action de la FITKD repose largement sur les subventions et le mécénat. Enfin, le message adressé aux jeunes pratiquants est profondément ambigu : la notoriété individuelle primerait-elle sur le respect collectif des textes ? Ce modèle contredit les efforts de professionnalisation engagés ces dernières années et affaiblit le travail des commissions.
En annonçant sa candidature sans remplir les conditions d’âge, en s’étant déjà exposé à des critiques auprès des instances internationales et en s’imposant comme acteur de la crise fédérale, Cheick Cissé ne propose pas une alternative démocratique. Il propose un contournement des règles. La démocratie au sein d’une fédération commence par le respect des statuts votés en Assemblée générale. La FITKD a besoin de dirigeants qui consolident l’institution, non de personnalités qui la mettent sous tension pour y accéder. Les conditions d’éligibilité existent précisément pour prévenir ce type de dérive. Les ignorer, c’est déjà commencer à les vider de leur sens. Cette candidature est irrecevable.
Joël ETTIEN
Directeur de publication
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