Abidjan, 24 octobre 2026 – Par courrier officiel du 20 octobre 2026 (N° 1129/MS/CAB/DGS/tg), le ministère des Sports a donné son accord à l’organisation de deux assemblées générales au sein de la Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD). La première, fixée au dimanche 15 novembre 2026, devra dresser le bilan du comité directeur sortant, réviser les textes – « notamment la reprise du vote sur la condition d’âge » – et élire le comité électoral. La seconde, dont la date sera fixée par ce même comité électoral, devra se tenir au plus tard le 15 décembre 2026 pour procéder aux élections des instances dirigeantes. Le président en exercice est invité à demeurer en fonction jusqu’à la fin du processus.

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Cette décision, présentée comme une sortie de crise par le dialogue inclusif, soulève d’emblée des interrogations dans l’opinion publique et parmi les athlètes. Pourquoi la tutelle insiste-t-elle sur une révision des textes, et particulièrement sur la condition d’âge, à quelques semaines seulement d’un scrutin ? Les textes de la FITKD sont pourtant clairs et récents.

L’Assemblée générale de décembre 2020 avait déjà fixé l’âge minimum d’éligibilité à la présidence à 35 ans. L’Assemblée générale du 28 décembre 2025 a consolidé le Règlement intérieur et porté ce seuil à 40 ans à l’article 22, tout en maintenant un maximum de 75 ans au 1er janvier de l’année de l’élection. S’y ajoutent des exigences de résidence continue en Côte d’Ivoire depuis au moins cinq ans, d’absence de participation à toute activité de déstabilisation de la Fédération et de bonne moralité. Né le 19 septembre 1993, Cheick Cissé, qui a annoncé le 11 octobre 2026 son intention de briguer la présidence, a 33 ans. Il ne remplit ni la condition de 2020 ni celle de 2025.

La question qui circule désormais parmi les pratiquants et les dirigeants de ligues est simple : le ministère invite-t-il la FITKD à « toiletter » ses textes pour permettre la candidature d’une personnalité qui, en l’état actuel des règles, est inéligible ? Une révision de dernière minute de la condition d’âge, dictée par la pression d’un calendrier électoral accéléré, constituerait une violation grave de la souveraineté de l’Assemblée générale. Les statuts et le règlement intérieur ne sont pas des documents ajustables au gré des ambitions individuelles. Ils constituent le socle de la légitimité institutionnelle. Les modifier dans l’urgence, à la demande implicite ou explicite de la tutelle, pour accommoder un candidat hors conditions, reviendrait à vider de leur sens les décisions démocratiquement prises en 2020 et 2025.

Les athlètes, en particulier, s’insurgent. Plusieurs voix, sous couvert d’anonymat ou dans des échanges privés, dénoncent un risque de « texte à géométrie variable ». « Si l’âge peut être changé aujourd’hui pour l’un, il pourra l’être demain pour un autre. Où s’arrête alors la règle ? », interroge un cadre technique. D’autres rappellent que la crédibilité de la Fédération auprès de la World Taekwondo, du Comité national olympique et des partenaires financiers repose précisément sur le respect strict des normes internes. Une révision précipitée exposerait la FITKD à des contentieux, affaiblirait l’autorité de ses organes et transformerait l’élection en un terrain de contestations permanentes.

La lettre ministérielle insiste sur la continuité du service public délégué et sur le suivi par le directeur général des Sports. Elle salue la volonté de dialogue. Mais en plaçant explicitement la « reprise du vote sur la condition d’âge » au cœur de la première assemblée générale, elle ouvre la porte à une interprétation problématique : celle d’une tutelle qui, sous couvert d’apaisement, pousserait à une adaptation des règles pour un candidat déterminé. Or la démocratie fédérale commence par le respect des textes votés, non par leur contournement au nom de la notoriété sportive.

Les conséquences d’une telle dérive seraient lourdes. Institutionnellement, elle fragiliserait durablement l’Assemblée générale et le comité électoral. Sportivement, elle enverrait aux jeunes générations le message que la performance individuelle peut primer sur les règles collectives. Politiquement, elle placerait le ministère des Sports en position de garant d’une exception plutôt que de défenseur de la norme. Les ivoiriens, et particulièrement les acteurs du taekwondo, attendent désormais des clarifications. Les textes existent. Ils ont été votés. Les appliquer, sans exception de circonstance, reste la seule voie compatible avec l’intégrité institutionnelle.

Joël ETTIEN

Directeur de publication

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