La maladie d’Alzheimer affecte les femmes de manière disproportionnée. Elles sont davantage touchées comme personnes malades, mais aussi comme aidantes familiales. Cette double réalité en fait un enjeu majeur de santé publique, d’égalité et de droits humains.En Côte d’Ivoire,le manque de données épidémiologiques nationales ventilées par sexe ne permet pas encore de mesurer précisément combien de femmes vivent avec la maladie d’Alzheimer. Cependant, la responsabilité des soins aux personnes âgées repose traditionnellement en grande partie sur les femmes.

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1.    L’impact sur la santé physique et mentale

Les femmes sont plus nombreuses à vivre avec la maladie

Selon Alzheimer’s Disease International (ADI), à l’échelle mondiale, près de deux personnes vivant avec une démence sur trois sont des femmes. Elles connaissent également une mortalité et une perte d’autonomie liées à la démence plus importantes que les hommes. 

Cette différence s’explique par :

  • leur espérance de vie généralement plus longue, l’âge étant le principal facteur de risque de la maladie d’Alzheimer ;

  • de possibles différences biologiques et hormonales, encore étudiées, autour de la ménopause et des œstrogènes ;

  • une exposition différente à certains facteurs de risque au cours de la vie ;

  • des inégalités historiques dans l’accès à l’éducation, aux revenus, aux soins et à la prévention.

Il serait toutefois réducteur d’affirmer que les femmes sont davantage touchées uniquement parce qu’elles vivent plus longtemps. Les interactions entre le sexe biologique, le parcours de vie et les inégalités sociales jouent également un rôle.

La maladie d’Alzheimer peut entraîner une charge émotionnelle considérable chez les femmes.

-       Chez la femme vivant avec la maladie

Au début de la maladie, la femme peut rester consciente de ses difficultés. Les oublis, la perte progressive de ses capacités et la peur de devenir dépendante peuvent provoquer :

  • de l’anxiété face à l’avenir ;

  • de la tristesse ou un sentiment de deuil de la vie d’avant ;

  • de la honte et une baisse de l’estime de soi ;

  • de la frustration lorsqu’elle ne parvient plus à accomplir certaines tâches ;

  • la peur d’être abandonnée, jugée ou considérée comme incapable ;

  • un sentiment de perte de contrôle sur sa propre vie ;

  • un repli sur soi et un isolement social.

À mesure que la maladie progresse, les modifications du cerveau peuvent aussi affecter l’humeur, le comportement et la régulation des émotions. La femme peut devenir plus anxieuse, irritable, méfiante ou apathique. Ces réactions ne sont ni volontaires ni dirigées contre son entourage : elles peuvent traduire une peur, une confusion, une douleur ou un besoin qu’elle ne réussit plus à exprimer.

Même lorsque les mots et les souvenirs s’effacent, les émotions demeurent. La femme peut oublier ce qui s’est passé, mais conserver pendant longtemps le sentiment de sécurité, de peur, de joie ou d’humiliation éprouvé pendant l’échange.

-       Chez la femme aidante

La majorité de l’accompagnement familial repose sur les femmes. Elles assument l’essentiel de l’aide familiale.Selon l’OMS, les femmes fournissent environ 70 % des heures de soins et de surveillance apportées aux personnes vivant avec une démence.

Épouses, filles, belles-filles ou petites-filles prennent souvent en charge :

  • la toilette, l’alimentation et l’habillage ;

  • les rendez-vous médicaux et les médicaments ;

  • la surveillance et la sécurité ;

  • les tâches ménagères ;

  • le soutien émotionnel et la gestion des comportements difficiles.

De plus, l’aidante doit souvent concilier l’accompagnement du proche avec son travail, ses enfants, son couple, ses responsabilités domestiques et parfois ses propres problèmes de santé. Elle peut alors éprouver :

  • une fatigue physique et mentale persistante ;

  • une inquiétude permanente et un état d’hypervigilance ;

  • de la tristesse devant la transformation progressive de son proche ;

  • un sentiment d’impuissance face à une maladie qu’elle ne peut arrêter ;

  • de la culpabilité lorsqu’elle se fatigue, s’impatiente ou souhaite se reposer ;

  • de la colère, suivie parfois de honte ;

  • un sentiment de solitude ou d’incompréhension ;

  • la peur de ne pas être à la hauteur ;

  • un conflit entre son rôle d’aidante et ses autres responsabilités.

L’aidante vit parfois un deuil ambigu : la personne qu’elle aime est toujours présente physiquement, mais certains aspects de sa personnalité, de ses souvenirs ou de leur relation se transforment progressivement.

Lorsque le stress devient chronique, prolongé, il peut entraîner :

  • des troubles du sommeil ;

  • des maux de tête ou des douleurs corporelles ;

  • une irritabilité inhabituelle ;

  • des difficultés de concentration ;

  • une perte d’appétit ou une alimentation déséquilibrée ;

  • de l’anxiété ou une dépression ;

  • un épuisement physique et émotionnel ;

  • une diminution de l’immunité et une aggravation de problèmes de santé existants.

Ces manifestations ne signifient pas que la femme est faible ou qu’elle aime moins son proche. Elles indiquent que la charge d’accompagnement est devenue trop importante pour être assumée seule.

 

Comment protéger la santé émotionnelle des femmes ?

Il est essentiel de :

  • répartir les responsabilités entre plusieurs membres de la famille, y compris les hommes ;

  • prévoir des périodes régulières de repos et de répit ;

  • permettre à l’aidante de parler sans jugement de ses émotions ;

  • maintenir, autant que possible, ses activités personnelles et ses relations sociales ;

  • rejoindre un groupe de parole ou un Café Alzheimer ;

  • consulter un professionnel en cas d’anxiété, de dépression ou d’épuisement ;

  • mettre en place des accueils de jour et des services d’aide à domicile ;

  • respecter les choix, la dignité et l’autonomie de la femme malade.

2.    L’impact économique et social

La perte d’autonomie liée à la progression de la maladie peut entraîner des difficultés à :

  • gérer l’argent et les démarches administratives ;

  • prendre des décisions concernant sa santé ou son patrimoine ;

  • se déplacer seule ;

  • assurer les activités quotidiennes ;

  • exprimer clairement ses besoins ou signaler une situation de maltraitance.

Les femmes âgées disposant de peu de ressources ou dépendant financièrement de leur entourage peuvent devenir particulièrement vulnérables à l’isolement, à la négligence, aux abus économiques ou aux violences.

Pour ce groupe de femme, la stigmatisation est encore plus forte. Dans certains contextes, les troubles de mémoire, la désorientation ou les changements de comportement peuvent être interprétés comme de la folie, de la sorcellerie ou un manque de volonté.Les femmes âgées peuvent être plus durement jugées et plus facilement exclues. Cette stigmatisation retarde la consultation, le diagnostic et l’accès à unaccompagnement adapté.

Pour les plus jeunes, le travail d’aidantes, généralement non rémunéré et insuffisamment reconnu, peut provoquer fatigue chronique, stress, isolement, dépression, problèmes de santé et perte de revenus. Certaines aidantes réduisent leur temps de travail ou abandonnent leur activité professionnelle, avec des conséquences durables sur leur autonomie financière et leur retraite.

Que faut-il faire ?

Une réponse adaptée et équitable devrait :

  • développer la recherche et produire des données ventilées par sexe et par âge ;

  • améliorer le repérage et le diagnostic précoce chez les femmes ;

  • garantir un accès équitable aux soins et à l’accompagnement ;

  • former et soutenir les aidantes familiales ;

  • créer des services de répit, des accueils de jour et des groupes de parole ;

  • prévenir la maltraitance et les abus économiques ;

  • reconnaître socialement et économiquement le travail des aidantes ;

  • associer les femmes vivant avec la maladie aux décisions qui les concernent.

La Maison de nos Parents constitue un début de réponse à cette problématique.

À retenir : les femmes portent un double poids : elles sont les plus nombreuses à vivre avec la démence et elles assurent la majorité de l’accompagnement. Protéger leur santé, leur dignité et leur autonomie doit être une priorité.

Soutenir une femme touchée par Alzheimer, c’est prendre soin à la fois de la personne malade et de celle qui l’accompagne. Aucune femme ne devrait affronter seule le poids émotionnel de la maladie.

 

14 Facteurs de risque de la démence :

#1 l’inactivité physique

#2 le tabagisme

#3 la consommation excessive d’alcool

#4 la pollution atmosphérique

#5 les lésions cérébrales

#6 la faible interaction sociale

#7 le faible niveau d’éducation

#8 l’obésité

#9 l’hypertension

#10 le diabète

#11 la dépression

#12 la déficience auditive

#13 le cholestérol LDL élevé

Pourquoi le cholestérol LDL élevé est un facteur de risque ?

Le cholestérol LDL (Low-Density Lipoproteins, lipoprotéine de basse densité) est une particule qui transporte le cholestérol du foie vers les tissus. Lorsque sa concentration sanguine reste trop élevée, le cholestérol peut s’accumuler dans la paroi des artères. C’est pourquoi le LDL est souvent appelé « mauvais cholestérol».

Un LDL élevé, surtout au milieu de la vie, approximativement entre 40 et 65 ans, est associé à un risque accru de démence plusieurs décennies plus tard. En 2024, la Commission du Lancet l’a ajouté aux facteurs de risque modifiables de la démence.

1. Il endommage progressivement les artères cérébrales

L’excès de LDL pénètre dans la paroi des artères et favorise la formation de plaques d’athérome. Les vaisseaux deviennent alors plus étroits, plus rigides et parfois partiellement obstrués.Le cerveau peut recevoir moins efficacement le sang, l’oxygène, le glucose et les autres nutriments nécessaires à son fonctionnement.Avec le temps, cette insuffisance vasculaire fragilise les neurones et réduit la capacité du cerveau à résister aux lésions liées au vieillissement.

2. Il augmente le risque d’AVC et de lésions silencieuses

Un LDL élevé favorise les accidents vasculaires cérébraux, mais également de très petites lésions vasculaires qui peuvent passer inaperçues. Leur accumulation peut progressivement altérer la mémoire, l’attention, la vitesse de réflexion, les capacités de planification.Ce mécanisme est directement impliqué dans la démence vasculaire. Il peut aussi aggraver une maladie d’Alzheimer déjà présente : les lésions vasculaires et les lésions Alzheimer coexistent fréquemment chez les personnes âgées.

3. Il favorise l’inflammation et fragilise les petits vaisseaux

L’excès de LDL, notamment lorsqu’il est oxydé, entretient une inflammation chronique dans les parois vasculaires. Cette inflammation peut endommager l’endothélium, c’est-à-dire la couche interne des vaisseaux, et perturber la régulation du débit sanguin cérébral.

Quelle est l’importance de ce risque ?

La Commission du Lancet estime qu’environ 7 % des cas mondiaux de démence pourraient être associés à un LDL élevé au milieu de la vie. Il s’agit d’une estimation statistique à l’échelle des populations : cela ne signifie ni que le LDL cause directement chaque cas, ni que sa diminution empêchera toutes les démences.

La majorité des preuves provient d’études observationnelles. Elles établissent une association solide, mais ne prouvent pas à elles seules qu’un LDL élevé provoque directement Alzheimer.

Appel à l’action :

Pour protéger à la fois le cœur et le cerveau, il est recommandé de :

  • faire contrôler son bilan lipidique, particulièrement à partir du milieu de la vie ;

  • réduire les graisses saturées et les produits ultra transformés ;

  • privilégier légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, noix, poissons et huiles végétales ;

  • pratiquer régulièrement une activité physique ;

  • éviter le tabac ;

  • contrôler également l’hypertension, le diabète et le poids ;

  • prendre les médicaments prescrits, notamment les statines, sans les arrêter de sa propre initiative.

Un LDL élevé fragilise surtout le cerveau en endommageant ses vaisseaux. Le contrôler dès le milieu de la vie contribue à préserver la circulation cérébrale et à réduire le risque global de démence.

Demain nous aborderons la question de la dignité et des droits humains des personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer. Nous présenterons le quatorzième et dernier facteur de risque : #14 la déficience visuelle non corrigée.

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