Chute réelle et documentée dans le dernier Rapport sur l'investissement dans le monde 2026 de la CNUCED (publié début juillet 2026), elle ne vient pas d'un seul facteur — c'est la conjonction de quatre dynamiques qui se sont toutes aggravées en même temps.

Un effet de base énorme : la fin du cycle de construction pétro-gazier. 2024 était une année exceptionnelle précisément parce qu'elle correspondait au pic des chantiers Sangomar (pétrole) et Grand Tortue Ahmeyim/GTA (gaz), qui ont mobilisé plus de dix milliards de dollars d'investissements cumulés sur plusieurs années, avec une croissance du PIB de +12,1 % au premier trimestre 2025 tirée par l'entrée en production pétrolière elle-même, portée principalement par l'entrée en production du pétrole, avec une mise en production du champ offshore de Sangomar en 2024, suivie du démarrage du projet gazier GTA en 2025, l'aboutissement de plus de dix milliards de dollars d'investissements cumulés. Or une fois qu'un champ pétrolier ou gazier passe de la phase de construction à la phase de production, les dépenses cessent d'être comptabilisées comme IDE — elles deviennent des revenus d'exploitation. C'est un phénomène classique dans les économies pétrolières naissantes : le pic d'IDE coïncide avec le chantier, pas avec l'exploitation.

À LIRE ÉGALEMENT : Côte d’Ivoire/Réunion-bilan du Congrès constitutif du MIM-CI: adhésion croissante des Ivoiriens à la vision de transformation

La crise de la dette cachée et l'effondrement de la confiance financière. En février 2025, la Cour des comptes a révélé un endettement réel très supérieur au niveau officiellement déclaré par l'ancien gouvernement, ce que le FMI a ensuite confirmé et étendu en évoquant une dette invisible d'environ 7 milliards de dollars accumulée entre 2019 et 2024. Le FMI avait déjà gelé son programme d'aide de 1,8 milliard de dollars dès octobre 2024 face aux premières alertes, un plan conclu en mai 2023 qui devait permettre au pays de se financer à des taux avantageux en échange de réformes structurelles. Puis les agences de notation ont sanctionné le pays sèchement : Moody's a abaissé la note du Sénégal de deux crans en février 2025, suivie par Standard & Poor's en juillet — trois niveaux perdus en quatre mois, une dégringolade rare pour un État qui n'est pourtant ni en défaut ni en restructuration, provoquant une vente massive des eurobonds sénégalais. Pour un investisseur qui évalue un projet à moyen terme, ce type de signal pèse immédiatement.

Le désengagement direct des grands opérateurs pétroliers — le facteur le plus concret. Les compagnies mêmes qui avaient porté les IDE des années précédentes ont commencé à se retirer ou à contester leurs contrats en 2025. Woodside, opérateur de Sangomar, est en arbitrage devant le CIRDI (Centre du groupe de la Banque mondiale) depuis mai 2025, après une tentative de l'État sénégalais de modifier unilatéralement l'équilibre fiscal des contrats existants ; Kosmos Energy a annoncé son retrait du projet gazier Yakaar-Teranga, un projet estimé à environ 3 milliards de dollars — après y avoir pourtant porté sa participation à 90 %. De son côté, le groupe britannique BP a revu ses projections de production à la baisse et affiché des pertes considérables sur ses actifs sénégalo-mauritaniens fin 2025. Ce sont précisément les trois noms qui avaient fait du Sénégal un des principaux récipiendaires d'IDE ouest-africains.

Un contexte continental déjà baissier. Les IDE vers l'Afrique ont chuté de 26 % en 2025, retombant à 70 milliards de dollars — un niveau qui reste néanmoins un tiers au-dessus de la moyenne de long terme du continent, mais très inférieur au pic exceptionnel de 2024, lui-même gonflé par le mégaprojet égyptien de Ras El-Hekma. Le Sénégal n'échappe donc pas à une normalisation régionale, même si son recul est manifestement bien plus brutal que la moyenne continentale.

Une nuance importante : cet effondrement des flux d'IDE ne veut pas dire que l'économie réelle s'effondre — la croissance reste forte, portée par les recettes pétro-gazières elles-mêmes. Il s'agit surtout de la fin naturelle d'un cycle d'investissement, aggravée par une vraie crise de crédibilité budgétaire qui, elle, continue de peser sur le coût d'accès aux marchés financiers et sur les négociations avec le FMI.

Une réserve méthodologique à garder en tête : les statistiques d'IDE de la CNUCED pour le Sénégal ont été révisées de façon spectaculaire d'une édition à l'autre du rapport ces dernières années (le chiffre pour 2024, par exemple, est passé de 2,64 milliards à 4,79 milliards puis à 2,02 milliards selon les éditions successives avant votre chiffre de 3,319 milliards) — signe que pour un pays où les flux sont dominés par un ou deux méga-projets aux modalités de financement complexes, ces données restent difficiles à mesurer en temps réel et sujettes à correction importante.

Document officiel · Certificat d'authenticité inclus