La maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées ne bénéficient pas d’un plan d’action national en particulier en Côte d'Ivoire. Le plan qui se rapproche du thème de l'Alzheimer est le Plan National de Santé Mentale (le PNSM). Or, le nombre de cas augmente en Côte d'Ivoire comme partout dans le monde. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que 57 millions de personnes vivaient avec une démence en 2021 dans le monde, dont plus de 60 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. La maladie d’Alzheimer représente environ 60 à 70 % de ces cas. Avec le vieillissement progressif de la population ivoirienne, le nombre de familles concernées augmente de plus en plus.

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La Côte d’Ivoire a besoin d’un plan national Alzheimer parce que les familles ivoiriennes font déjà face à la maladie, alors que le pays doit encore mieux organiser le repérage, le diagnostic, l’accompagnement et la connaissance de son ampleur. Un plan national donnerait des responsabilités, des moyens et des objectifs communs aux services de santé, aux services sociaux et aux collectivités.

Le retard au diagnostic est un premier motif d’action. Dans une étude menée à la clinique de la mémoire du CHU de Yopougon, les 36 patients atteints d’Alzheimer avaient attendu en moyenne 3,3 ans avant de consulter. Les auteurs signalent aussi le coût élevé des examens et appellent à une intervention publique. Cette étude hospitalière ne mesure pas la situation de toute la Côte d’Ivoire, mais elle révèle un obstacle concret auquel un plan peut répondre. 

À quoi répondrait ce plan ?

La mise en place d'un plan national de prévention et de prise en charge des malades atteints de la maladie d'Alzheimer et maladies apparentées donnerait à la Côte d’Ivoire une feuille de route commune pour prévenir, détecter, soigner, accompagner et protéger. Il permettra à l'Etat d’adopter une réponse coordonnée. Un plan national transformerait une difficulté encore largement vécue dans le silence des familles en une véritable priorité nationale de santé publique et de solidarité.

Un plan permettrait de :

  1. Former les professionnels de première ligne à reconnaître les signes préoccupants et à orienter les personnes vers une évaluation adaptée.

  2. Rendre le parcours de soins plus accessibleet examiner les moyens de réduire le coût du diagnostic.

  3. Soutenir les aidants familiaux par l’information, l’écoute, des formations pratiques et des possibilités de répit. L’OMS souligne que la démence touche aussi la santé et le bien-être des proches qui accompagnent la personne. 

  4. Combattre la stigmatisation et protéger les droits des personnes concernées : leur parler directement, respecter leurs préférences, préserverleur autonomie et garantir leur accès aux soins.

  5. Agir sur les facteurs de risque tout au long de la vie, notamment l’hypertension, le diabète, la perte auditive ou visuelle et l’inactivité physique, en reliant la santé cérébrale aux politiques de santé existantes. 

  6. Produire des données ivoiriennes fiables. L’étude d’Abidjan repose sur un petit groupe de patients ayant accédé à une consultation spécialisée ; ses auteurs demandent des études de plus grande ampleur. Sans données nationales solides, il est difficile de prévoir les services et les budgets nécessaires. 

L’OMS propose précisément ce type de réponse coordonnée, couvrant la sensibilisation, la réduction des risques, les soins, l’aide aux proches et la recherche. Son plan d’action mondial sur la démence a été prolongé jusqu’en 2031. Un plan ivoirien pourrait être autonome ou intégré aux politiques de santé existantes, à condition de prévoir des actions financées et mesurables. 

La politique nationale de protection et de promotion des personnes âgées que la Côte d’Ivoire développe actuellement constitue un cadre naturel pour agir contre Alzheimer. 

 

En juillet 2024, un atelier de finalisation et de validation de cette politique et de son plan d’action s’est tenu avec l’appui de l’OMS.

Le lien avec la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer est direct : promouvoir un vieillissement en bonne santé suppose de prendre en compte les troubles cognitifs, la perte d’autonomie et les besoins des proches. La maladie d’Alzheimer et les autres démences devraient donc apparaître explicitement dans la politique et son plan d’action.

Cette intégration aurait un avantage pratique : elle relierait les actions de santé à la protection sociale et aux services locaux, au lieu de laisser chaque famille chercher seule des solutions. L’OMS indique qu’une réponse à la démence peut prendre la forme d’un plan spécifique ou être intégrée à une politique existante, pourvu qu’elle soit effectivement mise en œuvre.

Pour la Fondation AFLÉ, l’élaboration de la politique nationale de protection et de promotion des personnes âgées offre à la Côte d’Ivoire l’occasion d’y inscrire un volet opérationnel consacré à la maladie d’Alzheimer et aux autres démences. Ce volet devrait prévoir des responsabilités institutionnelles, des ressources, un calendrier et des indicateurs de suivi, afin que le vieillissement en bonne santé inclue aussi les personnes vivant avec des troubles cognitifs et leurs aidants.

Ce plan doit prévoir des passerelles avec la politique de santé générale. En effet, la maladie d’Alzheimer peut également toucher des personnes de moins de 65 ans,or ceux-ci ne rentrent pasdans un dispositif réservé aux personnes âgées. Un cadre plus large et inclusif doit donc être défini.

En conclusion : un plan national Alzheimer permettrait à la Côte d’Ivoire de passer d’initiatives dispersées à une réponse durable, accessible et respectueuse de la dignité des personnes malades et de leurs familles.

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