En 2024, des voix se présentant comme celles de « libres penseurs » avaient déjà tenté, sans succès, d’introduire dans le débat public l’idée d’une suppression de la commune du Plateau. Deux ans plus tard, cette même question refait surface. Une fois encore, l’existence de notre commune se trouve mise en cause, sur la base d’arguments qu’il convient d’examiner avec rigueur.



La faible population résidente, la prétendue transhumance électorale et les ressources financières jugées excessives constituent les principaux griefs. En tant que résident de la rue du Commerce depuis quarante-cinq ans, je ne saurais rester indifférent. Il est de mon devoir de rétablir certaines vérités.
Présenter le Plateau comme le théâtre d’une transhumance électorale relève d’une erreur d’analyse. Sur les près de 2 000 000 de visiteurs et usagers quotidiens, environ 80 000 personnes (fonctionnaires, salariés du privé, opérateurs économiques, étudiants etc.) sont inscrites sur les listes électorales en raison d’intérêts économiques, professionnels ou sociaux réels. Tout ceci conformément aux dispositions de la Loi n° 2000-514 du 1er août 2000, révisée et modernisée par l’Ordonnance n° 2020-356 du 8 avril 2020 portant modification du Code électoral, qui stipule que « tout Ivoirien remplissant les conditions pour être électeur peut s’inscrire sur la liste électorale de la circonscription électorale de son choix, à condition d’y avoir son domicile, sa résidence ou des intérêts économiques ou sociaux ». Le ratio de 80 000 sur 2 000 000 se justifie. On parlerait de transhumance si des citoyens s’inscrivaient dans une circonscription sans aucun lien avec celle-ci, dans le seul but d’influencer un scrutin. Tel n’est pas le cas ici.
À cela s’ajoute un fait trop souvent ignoré : l’administration de l’état civil de la commune du Plateau gère les dossiers de près d’un million de personnes. Cette charge, qui dépasse largement le cadre de la seule population résidente, illustre le poids réel des responsabilités municipales et confirme que le Plateau n’est pas une collectivité ordinaire.
Réduire ensuite le Plateau à ses 7 186 habitants, c’est ignorer sa réalité quotidienne. Des millions d’Abidjanais y convergent chaque jour pour travailler, entreprendre ou accomplir des démarches administratives. Cette fréquentation impose des responsabilités considérables en matière de sécurité, de mobilité, de stationnement et de salubrité, que les services municipaux assument. Si l’existence d’une commune devait être conditionnée à la seule taille de sa population résidente, comment justifier alors celles de Gbélégban et Seydougou dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, qui comptent respectivement 4 507 et 4 397 habitants, selon le RGPH 2021. L’argument ne tient donc pas.
Concernant les 14 milliards de francs CFA, présentés par certains comme disproportionnés, il convient de rappeler qu’un budget communal ne se construit pas au hasard. Il repose sur le dynamisme économique de la localité, les recettes mobilisées, les charges de fonctionnement, les investissements nécessaires et les actions sociales. Il est ensuite soumis à la validation de la tutelle. Ce budget n’est pas tombé du ciel : il est passé de 8 à 14 milliards en cinq ans grâce à une politique volontariste et hardie du Maire Jacques EHOUO et de son Conseil municipal. Cela est à encourager et à féliciter. Une évaluation sérieuse devrait comparer les objectifs annoncés, les crédits votés, les dépenses exécutées et les résultats obtenus, tout en tenant compte des contraintes particulières d’une commune qui accueille quotidiennement une population d’usagers bien supérieure à sa population résidente. Le Plateau est d’ailleurs l’une des rares communes qui ne bénéficient pas d’une subvention de l’Etat, son budget étant entièrement financé par des ressources fiscales propres. Assistant régulièrement aux séances publiques de réunions du Conseil municipal, auxquelles j’invite nos « libres penseurs » à prendre part, j’ai appris que la Cité des affaires est la plus grande contributrice au titre des subventions apportées aux autres communes moins nanties sur toute l’étendue du territoire national. Le débat ne saurait se réduire à une simple division du budget par le nombre d’habitants. Il doit porter sur les compétences exercées, les charges supportées, les recettes mobilisées et les services effectivement rendus aux populations.
Au-delà de ces arguments, une interrogation demeure : pourquoi le débat sur la suppression du Plateau ne refait-il surface, de manière si singulière, que lorsque des tensions apparaissent avec le District autonome d’Abidjan ? Pourquoi cela se fait-il curieusement à deux ans des prochaines élections municipales ? Cette question serait-elle évoquée avec la même insistance si les rênes de la cité des affaires étaient aux mains du parti au pouvoir, et si celui-ci n’échouait pas, depuis plusieurs années, à conquérir par les urnes ce bastion ?
Toute modification du statut du Plateau, commune créée le 30 avril 1959 par le Président Félix Houphouët-Boigny qui en fut le premier Maire, aurait des conséquences dépassant largement ses limites géographiques. Une réforme territoriale crédible ne saurait reposer sur la situation d’une seule municipalité ou sur son appartenance politique. Elle devrait s’appuyer sur des critères transparents, applicables à l’ensemble du territoire national.
Nous, résidents, n’avons pas besoin que l’on remette sans cesse en cause notre collectivité. Nous avons besoin que l’on reconnaisse une commune qui fonctionne, qui assume ses responsabilités. Assez de ces polémiques répétées. Sortons de ce faux débat.
Gustave Konadjé
Résident de la rue du Commerce
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