L'une des actualités du moment en Côte d'ivoire reste la condamnation du cyber activiste Zigui Ibrahim à 05 ans de prison ferme, assorti d'une amende de 20 millions de FCFA, une condamnation qui a crée un vif émoi dans le pays, et qui est intervenue après que l'ex- président Gbagbo eût dénoncé le cas du jeune homme comme le symbole d'une justice aux ordres, et d'une dérive autoritaire du régime.

En Septembre dernier, peu avant la publication de la liste des candidats retenus pour la présidentielle par le Conseil Constitutionnel, l'activiste avait publié une vidéo où il appelait la population à descendre dans les rues si le président Gbagbo n'était pas retenu. Il avait été interpellé suite à cet "appel", vu sa forte audience sur les réseaux sociaux. Après quelque 08 mois d'incarcération, et un jugement qui a pris environ quatre semaines, il était dans l'attente du verdict, mais avait fait publier le 01 Mars dernier par son avocat une déclaration où il s'excusait et demandait pardon.

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"Aujourd'hui, avec beaucoup de recul, je réalise que cette vidéo était très déplacée et même irrespectueuse à l'égard de la Présidente du Conseil Constitutionnel et n'avait pas lieu d'être faite. Je viens présenter mes excuses au Conseil Constitutionnel et surtout demander pardon à sa Présidente, Mémé Chantal Camara. Je présente également mes sincères excuses aux autorités ivoiriennes ainsi qu'à toute la population ivoirienne que j'ai blessée avec mes publications. En cette période de pénitence chrétienne et musulmane, je prie Dieu que Mémé Chantal Camara accorde son pardon à son petit-fils que je suis." Un appel à l'apaisement qui a ému l'opinion, et dont les juges auraient certainement tenu compte dans le verdict final.

C'est dans ce contexte que le président qui a certainement voulu aider tous les militants de son parti présentement détenus, a insisté sur son cas lors du vaste meeting de clôture du premier congrès du PPA-CI devant des milliers de partisans et des journalistes de tous horizons. Deux jours après sa prise de parole, la sentence tombait pour le jour homme comme un couperet.
Le PPA-CI a produit un communiqué pour dénoncer le fait que la condamnation soit intervenue au lendemain de la prise de parole du président Gbagbo sur ce cas, preuve que la justice est bien aux ordres du pouvoir. Il faut faire remarquer au PPA-CI que le débat sur l'indépendance de la justice est récurrent dans tous les pays. Il n'est pas propre à la Côte d'Ivoire ou aux pays africains. En Amérique Latine, En Europe, En Asie, partout la question fait l'objet de débats plus ou moins passionnés.

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D'autre part, ici comme ailleurs, il n'est pas approprié de se prononcer sur une affaire dont l'instruction est en cours, une affaire en délibéré, toujours pendante devant la justice. Cela est toujours perçu comme une tentative d'immixtion dans le processus judiciaire, une tentative de forcer la main des juges. Cela reste valable partout dans le monde. Il y a plusieurs détenus dont le président Gbagbo a parlé dans son meeting. Ceux-ci n'ont pas encore été jugés, certains l'ont déjà été. Mais pour le cas spécifique du jeune Zigui Ibrahim dont le verdict était en attente, le président Gbagbo aurait dû s'abstenir dans la mesure où la justice ne l'avait pas encore déclaré coupable à ce moment.

Intervenir publiquement sur une affaire toujours pendante devant la justice est très souvent préjudiciable au mis en cause. L'intervention sur Tout portait à croire que ce jeune aurait écopé d'une peine assez clémente, vu qu'il avait déjà passé quelque 08 mois en détention. Le fait d'avoir particulièrement insisté sur son cas durant ce meeting fut tout simplement une initiative malheureuse du président Gbagbo. Avait-il la connaissance que ce jeune homme n'avait pas encore été condamné mais était en attente du verdict ? Peut-être pas.

Douglas Mountain
oceanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales