Lettre ouverte: Urbain AMOA écrit à la France… française Pour une colonisation à rebours de la France française par la jeunesse africaine : un requiem pour les Sommets de la Francophonie. Et quand l’Intelligence africaine reprend sa place dans nos cœurs…
Tout projet ou toute politique de négation de la personnalité de l'Autre passe entre autres, inéluctablement, au moins par trois clés de négation : la négation de sa langue, la négation de sa culture et la négation de sa spiritualité dont le vecteur principal est l'éducation. Il en va ainsi de la balkanisation de l'Afrique qui, depuis la Conférence de Berlin, ne parvient ni à retrouver une voie linguistique concertée, ni à asseoir une stratégie de gouvernance commune ni à promouvoir une pratique spirituelle originelleaxée, par exemple, sur les valeurs ancestrales. Dès lors, se pose la question de savoir ce que peut une Afrique sans une logique de libération de Soi par Soi, déjà à court et moyen termes, sur un mode de gouvernance non autocratique et émiettée mais plutôt sur une gouvernance locale à puissance de fédération voire de confédération et portée dans les quartiers et les villages, par une Chefferie dite traditionnelle mais éclairée. Telle me semble être une des logiques dans lesquelles s'inscrit la tenue de cet autre Sommet de l’Organisation Internationale de la Francophonie mais aussi une conférence des professeurs de français du Nigeria par exemple, c’est-à-dire un pays qui a ses propres langues et qui aété soumise à une langue d’emprunt dans laquelle il est, souventes fois, produit des thèses et des mémoires dans une autre langue étrangère : la langue française dont le champ de prédilection est unepratique française, par tolérance, appelée le Français Langue Étrangère (FLE), dont l’une des saintes cathédrales aura été le Centre de Linguistique Appliquée de Besançon mais aussi des chapelles de pâles photocopies que sont les « villages français » d’Afrique à Badagry ( Nigeria) et à Lomé (Togo).
Et là, déjà, grande est l'interrogation qui consisterait dans l’énonciation de la typologie des langues d’emprunt, l’identification de la typologie des écosystèmes de leurs pratiques et la sélection des méthodes et des stratégies d'apprentissage soit de façon collégiale soit de façon conflictuelle avec nos langues fondamentales que sont nos langues maternelles. Que conflictuelles aussi n’auront pas été nos noms (l’onomastique) supplantés par des prénoms d’emprunt et, même aussi, nos pseudo dates d’anniversaires ! Et si dans ce commerce avec cet Autre le jeu du faux était un principe de vie pour tous les « nés vers… » !
En réalité de l’apprentissage de quelle langue française s’agirait-il aujourd’hui ? D’unfrançais de France et si oui, alors, quel serait ce français- là lorsque le Référent politique français lui-même, aux assises internationales par snobisme ou par souci de quête d’hégémonie, s’évertue à exceller plus dans la pratique de l’anglais que d’un français de plus en plus aphone ou cacophonique ? Là est la responsabilité du maître et là aussi est la responsabilité de l'Etat et des Institutions panafricaines de concertation et de prise de décision.
Là aussi est notre responsabilité de professeur de français en notre qualité de praticien des langues et cultures d'emprunt, en cette ère où pour retrouver ses repères, l'Afrique doit, tout en s'ouvrant sur le monde, concevoir et privilégier ce qui est encore bon pour elle et non pour autrui. Et si cette dynamique s'appelle « révolution culturelle », il faut, si nous le voulons, oser pour reconquérir ce qui de notre âme, se serait noyé en l'Autre, en d'autres. Et si c’est par l'éducation et la spiritualité que cette Afrique-là a été conquise jusqu'à être assujettie, voire avilie, c'est par ces mêmes armes qu’elle doit s'affirmer fièrement et dignement de par le monde sans aucun complexe d'infériorité etloin de toute mise en scène marionnettiste.
Et quand l’Intelligence Africaine reprend sa place dans nos corps… En guise de rappel, c’est l’esprit d’un plaidoyer et non un esprit de vengeance qui m’anime.
Quand les enfants d’Afrique auront élu domicile dans les égouts d’une France vêtue de jaune et dite aussi française, une vraie colonisation à rebours aura eu non plus des duvets, mais des ailes et des serresd’aigle.
Quand dans la Seine auront germé nos poissons d’eau douce, sonnera l’ère de la colonisation à rebours de la France par l’Afrique noire.
Quand sur les Champs-Élysées les bêtes sauvages des forêts tropicales d’Afrique noire auront, un 14 juillet, blanchi La Marseillaise au rythme de nos mélodies d’Angeline Kidjo et d’Aya Nakamura, l’air de nos mélodies cacophoniques, se seront tues les belles mélodies d’humain qu’auront été celles de Mireille Mathieu, Nana Mouskouri et bien d’autres encore, déjà silencieuses.
Quand les communes et les régions de France auront cédé leurs trônes aux Princes et aux jeunes Roissavants d’Afrique élus en France, les crêtes rouges des coqs blancs noieront des becs nauséabonds dans des « égouts- pour- peau noire ».
Quand sur les clochers de Notre-Dame de Paris, siégeront prêtresses et prêtres vaudou ou Komians, glorieuses sera la cadence de l’Ascension et l’Assomption pour la célébration d’un Nouvel Ordre desspiritualités nègres.
Et quand le Trône blanc sera devenu aussi noir que le trône séculaire de la célébration de nos fêtes del’Igname, tout aura été sens dessus dessous et alors tout aura été accompli pour une foire voire des manifestations grandioses d’une colonisation à rebours sans fin.
Quand sur tous leurs terrains de sports, la Couleur noire aura coloré les façades blanches des aires dejeux divers même en hiver, une colonisation à rebours aura déjà remis le fanion de la victoire à la racenoire.
Quand, enfin, les naufragés de Ceuta seront, à la nage, ressuscités dans les veines et dans les pores des racismes empuantis, belle ou peut-être plus triste encore sera, non plus la Françafrique ou laFrancophonie mais surtout une France pâle à la face noire, Francophonie, Francocratie, Francophonie, francophobie ou francofolie… peu importent toutes ces sonorités à radical grammatical d’un même mot !
Et quand l’intelligentsia africaine reprend sa place en nos rêves… Son âme parfume écoles et cités éducatives meurtrières d’antan
Ainsi, la langue de l’Autre ne sera plus que ma langue
Ainsi la culture de l’Autre ne sera plus que ma CultureAinsi la religion de l’Autre, ne sera plus que ma religionAinsi aura été entamée une divine colonisation de la race blanche par une lumière noire
Et ainsi… retentiront alors et peut-être à jamais en Afrique les douces des suaves mais envoûtantes mélodies des psaumes pour le requiem des Sommets d’une francophonie en déliquescence
De Son Altesse royale Dame Francophonie elle-même aux allures simiesques
D’une francophonie peut-être même déjà perforés, en haillons ou vitrifiés par le Génie des mânes de nos Ancêtres
D’une francophonie vêtue d'un cache-sexe rouge, à nouveau hélas ! Sur les pistes honteuses des traites négrières,
De nouvelles traites négrières revues et corrigées aussi.
Et ainsi, d’une fière lumière noire sur les vestiges des trônes sacrés de notre préhistoire,
Aura jailli une autre Afrique
Une Afrique qui ose
Une Afrique qui gagne
Une Afrique qui Ose et qui Gagne.
Ainsi il en aura été ainsi.
Ainsi soit-il.
Amoa-City (N’Douci- Côte d’Ivoire), le 21 août 2026
Urbain AMOA
Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres
Titulaire de la Chaire Virtuelle de la Diplomatie Coutumière Africaine
Ancien Vice-président de la Fédération Internationale des Professeurs de Français (F.I.P.F)
Ancien Président de l’Association des Professeurs de Français pour l’Afrique et l’Océan Indien ( APFA-OI)
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