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La bataille pour une plus grande représentativité des femmes dans les sphères de décision est loin d'être gagnée. C'est le principal enseignement du panel inaugural du colloque national organisé dans le cadre de la Semaine des femmes bâtisseuses de la nation, autour du thème : « De la Marche de Grand-Bassam à la parité : consolider la place de la femme dans la décision politique ».

Face à plusieurs personnalités politiques, institutionnelles et de la société civile, l'ancienne députée de Cocody, Yasmina Ouégnin, a lancé un appel pressant en faveur d'un engagement plus précoce des jeunes femmes en politique, estimant que leur faible présence aujourd'hui constitue une menace pour le renouvellement de la classe politique féminine.

S'appuyant sur l'héritage de la Marche des femmes de Grand-Bassam de décembre 1949, elle a rappelé que les acquis obtenus par les générations précédentes ne pourront être préservés sans une relève préparée.

« La politique ne veut pas forcément dire être élu », a insisté l'ancienne parlementaire, invitant les jeunes femmes à investir les partis politiques, les conseils municipaux, les collectivités territoriales et toutes les instances où se construit la décision publique.

Pour celle qui fut la plus jeune députée de Côte d'Ivoire lors des législatures 2011-2016 et 2016-2021, le véritable défi n'est plus seulement d'adopter des textes, mais de les faire appliquer.

Si elle s'est félicitée de l'inscription du principe d'égalité dans la Constitution de 2016 ainsi que de la loi de 2019 imposant un quota de 30 % de femmes sur les listes électorales, Yasmina Ouégnin a rappelé que les résultats demeurent modestes, les femmes ne représentant que 13,4 % des députés élus en 2025.

Selon elle, plusieurs obstacles continuent de freiner leur ascension : difficultés de financement des campagnes, stéréotypes persistants, déficit de formation au leadership, faible visibilité médiatique et poids des responsabilités familiales.

Pour inverser la tendance, elle a proposé le renforcement des mécanismes de contrôle de la loi sur les quotas, la création de programmes de mentorat destinés aux jeunes femmes, un meilleur accès au financement des candidatures féminines ainsi qu'une solidarité renforcée entre femmes engagées en politique.

Présente également sur le panel, la députée de Yopougon, Angèle Gueu, a appelé les femmes à dépasser leurs divisions.

« Ce sont les femmes qui combattent le plus les femmes », a-t-elle regretté, estimant qu'avant de mettre en cause les hommes, les femmes doivent apprendre à mieux se soutenir mutuellement.

Pour l'élue de Yopougon, une organisation plus efficace et une solidarité plus forte permettront aux femmes d'occuper davantage de postes de responsabilité.

La journaliste et conseillère technique au ministère de la Communication, Agnès Kraidy, a, quant à elle, dénoncé le décalage entre les principes d'égalité inscrits dans les textes et leur application.

« La Constitution proclame l'égalité de tous les citoyens. Pourtant, 66 ans après l'indépendance, beaucoup de femmes continuent de se sentir discriminées », a-t-elle fait observer.

Selon elle, les partis politiques, quelle que soit leur orientation, n'ont pas véritablement fait de la promotion des femmes une priorité.

Invitant les participantes à s'inspirer du courage des femmes de Grand-Bassam, Agnès Kraidy a lancé un appel à une mobilisation collective.

« Le pouvoir ne se donne pas. Il faut aller l'arracher », a-t-elle déclaré sous les applaudissements.

Initiée par Rebecca Yao, présidente de l'ONG Femmes ivoiriennes en politique, cette rencontre s'inscrit dans la Semaine nationale des femmes bâtisseuses de la nation organisée en prélude à la célébration du 66e anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire.

Le panel, modéré par Anifa Abou Zounon, a également enregistré la participation de Guillaume Gbagbo, Geneviève Bro Grébé et du vénérable Koffi Michel Benoît.

Au terme des échanges, un consensus s'est dégagé : les avancées législatives constituent une étape importante, mais seule une implication plus forte des femmes, particulièrement des jeunes générations, permettra de faire de la parité une réalité dans la gouvernance ivoirienne.

Jean Claude KOUDOU

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