Lorsqu’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer répète la même question, il faut se rappeler qu’elle ne se souvient généralement ni de l’avoir posée ni de la réponse reçue. Pour elle, la question est souvent nouvelle à chaque fois. La maladie altère progressivement sa capacité à enregistrer et conserver les informations nouvelles.

Les personnes malades peuvent entendre et comprendre la réponse, mais l’oublier quelques minutes, parfois quelques secondes, plus tard. N’ayant plus le souvenir d’avoir posé la question, elles la reposent comme si c’était la première fois. Ce comportement n’est ni volontaire ni destiné à agacer l’entourage.

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Comment réagir ?

  1. Répondre avec calme et douceur : donner une réponse courte, avec les mêmes mots si possible.

  2. Chercher le besoin caché derrière la question : une question répétée comme « À quelle heure partons-nous ? » peut signifier : « J’ai peur d’être en retard » ou « Je veux savoir ce qui va se passer ».
    On peut répondre : « Nous partirons à 15 heures. Tout est prêt, je serai avec vous. »

  3. Rassurer avant d’expliquer : le sentiment de sécurité compte parfois davantage que l’information : « Ne vous inquiétez pas, je m’en occupe. Vous êtes en sécurité. »

  4. Utiliser des repères visuels : écrire la réponse sur une fiche bien visible, un tableau ou un calendrier : « Rendez-vous chez le médecin : mardi à 10 heures. Marie vous accompagne. »

  5. Rediriger doucement l’attention : après avoir répondu, proposer une activité agréable : musique, promenade, boisson, photos, pliage du linge ou jardinage. Il ne s’agit pas d’ignorer la personne, mais de l’aider à sortir de la boucle d’inquiétude.

  6. Repérer les déclencheurs : observer si les répétitions augmentent à certains moments : fatigue, bruit, solitude, faim, douleur, besoin d’aller aux toilettes ou changement de routine.

  7. Prendre une pause si l’aidant s’épuise : si l’irritation monte, mieux vaut s’éloigner quelques instants ou demander le relais d’un proche.

Ce qu’il vaut mieux éviter

  • « Je viens de te le dire ! »

  • « Combien de fois dois-je le répéter ? »

  • « Essaie de tesouvenir. »

  • Interroger la personne pour tester sa mémoire.

  • Se fâcher, argumenter longuement ou lui prouver qu’elle se répète.

Ces réactions risquent de provoquer honte, peur ou agitation sans empêcher la répétition.

La répétition peut aussi traduire un besoin ou un inconfort, tels que :

  • L’inquiétude : la personne oublie la réponse, mais conserve l’émotion associée à la question.

  • Le besoin d’être rassurée : « Quand rentrons-nous ? » peut vouloir dire « Suis-je en sécurité ? »

  • La désorientation : elle ne sait plus où elle se trouve, quel jour nous sommes ou ce qui va se passer.

  • La difficulté à comprendre une réponse trop longue ou complexe.

  • La solitude ou le besoin de contact : répéter une question peut devenir une manière d’engager la conversation.

  • Un inconfort : faim, douleur, fatigue, envie d’aller aux toilettes, bruit ou agitation autour d’elle.

C’est pourquoi il ne faut pas seulement chercher à répondre à la question mais aussi à apaiser l’émotion qui la fait revenir.

En effet, pour les personnes touchées par la maladie d’Alzheimer, la mémoire des faits et le ressenti émotionnel ne fonctionnent pas exactement de la même manière dans le cerveau.

Dans la maladie d’Alzheimer, l’hippocampe, essentiel pour enregistrer les souvenirs récents, est souvent atteint précocement. La personnepeutdoncoublier :

  • ce qui vient de se passer ;

  • ce qu’on lui a expliqué ;

  • pourquoi elle est inquiète ou heureuse.

Cependant, les réseaux qui participent au ressenti émotionnel, notamment l’amygdale et d’autres régions cérébrales, peuvent continuer à fonctionner normalement, parfois plus longtemps. De plus, une émotion déclenchée dans le corps et le cerveau ne disparaît pas immédiatement lorsque le souvenir de l’événement s’efface.

Par exemple, après une parole brusque, la personne peut oublier la discussion mais rester anxieuse ou méfiante. À l’inverse, elle peut oublier une visite agréable tout en conservant pendant un certain temps une sensation de calme et de bien-être.

Une étude a ainsi montré que des personnes atteintes d’Alzheimer continuaient à ressentir de la tristesse ou de la joieaprès avoir oublié les images qui avaient provoqué ces émotions. Elle peut oublier l’information tout en conservant l’émotion. C’est pourquoi une réponse courte, calme et rassurante est généralement plus efficace qu’un long raisonnement.

À retenir :Une personne malade d’Alzheimer ne répète pas pour provoquer. Son cerveau ne parvient plus à conserver la réponse, tandis que son inquiétude, elle, peut rester présente.La personne peut oublier ce qui s’est passé, mais continuer à ressentir l’émotion provoquée par ce moment.

C’est pourquoi le ton de la voix, l’expression du visage, la douceur des gestes et le sentiment de sécurité restent essentiels, même lorsque la personne semble ne plus se souvenir de l’échange.

 

14 Facteurs de risque de la démence :

#1 l’inactivité physique

#2 le tabagisme

#3 la consommation excessive d’alcool

#4 la pollution atmosphérique

#5 les lésions cérébrales

#6 la faible interaction sociale

#7 le faible niveau d’éducation

#8 l’obésité

#9 l’hypertension

#10 le diabète

Le diabète, surtout le diabète de type 2 lorsqu’il est mal équilibré, augmente le risque de déclin cognitif et de démence, notamment parce qu’il fragilise progressivement les vaisseaux sanguins et le fonctionnement du cerveau.

Le diabète de type 2 est une maladie chronique dans laquelle le taux de sucre dans le sang devient trop élevé.

Normalement, l’insuline, une hormone produite par le pancréas, permet au glucose présent dans le sang d’entrer dans les cellules pour leur fournir de l’énergie. Dans le diabète de type 2

  1. les cellules répondent moins bien à l’insuline : c’est la résistance à l’insuline ;

  2. le pancréas produit d’abord davantage d’insuline pour compenser ;

  3. avec le temps, il ne parvient plus à en produire suffisamment ;

  4. le glucose s’accumule alors dans le sang : c’est l’hyperglycémie.

La maladie évolue souvent silencieusement pendant plusieurs années. Lorsqu’ils existent, les signes peuvent comprendre une soif importante, des urines fréquentes, une fatigue inhabituelle, une vision trouble ou une cicatrisation lente. Seule une analyse sanguine permet de confirmer le diagnostic.

Le diabète de type 2 est favorisé par plusieurs facteurs : antécédents familiaux, âge, surpoids abdominal, alimentation déséquilibrée et manque d’activité physique. Il peut toutefois également toucher une personne qui n’est pas en surpoids. Il ne résulte donc pas simplement du fait d’avoir « mangé trop de sucre ».

Il est facteur de risque de démence car il peut agir par plusieurs mécanismes :

  • Atteinte des vaisseaux cérébraux : l’excès chronique de sucre endommage les artères et les petits vaisseaux qui alimentent le cerveau, augmentant notamment le risque d’AVC et de démence vasculaire.

  • Inflammation et stress oxydatif : l’hyperglycémie prolongée favorise des réactions susceptibles d’endommager les cellules nerveuses.

  • Résistance à l’insuline : le cerveau utilise aussi l’insuline pour certaines fonctions liées à l’énergie, à la mémoire et à la communication entre les neurones. Unemauvaiseréponse à l’insulinepeutperturbercesmécanismes.

  • Facteurs associés : le diabète s’accompagne fréquemment d’hypertension, d’obésité, d’inactivité physique ou d’un cholestérol élevé, qui accentuent ensemble le risque cérébral.

  • Hypoglycémies sévères répétées : elles peuvent également priver temporairement le cerveau du glucose dont il a besoin et contribuer aux troubles cognitifs.

 

Appel à l’action: Le diabète est un facteur de risque modifiable, et non une cause directe : une personne diabétique ne développera pas nécessairement la maladie d’Alzheimer. Un bon suivi de la glycémie, de la tension artérielle et du cholestérol, associé à l’activité physique et à une alimentation équilibrée, contribue à protéger aussi bien le cœur que le cerveau.

Demain nous aborderons la question : comment préserver l’autonomie d’une personne touchée par la maladie d’Alzheimer ? Nous présenterons aussi le onzième facteur de risque : #11 la dépression.

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