Côte d’Ivoire-Francis Wodié révèle enfin les raisons de son départ: Comment Alassane Ouattara manipule et met à ses ordres le pouvoir judiciaire

Côte d’Ivoire-Francis Wodié révèle enfin les raisons de son départ: Comment Alassane Ouattara manipule et met à ses ordres le pouvoir judiciaire

Francis Wodié a finalement révélé les raisons de son départ de la présidence de la Cour constitutionnelle Ivoirienne. L’éminent juriste accuse le président de la république, Alassane Ouattara d’être à la base de sa démission. Il a affirmé que Dramane Ouattara interférait dans les décisions prises par le Cour Constitutionnelle.
En Côte d’Ivoire, le principe de la séparation des pouvoirs entre l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire n’est qu’une vue de l’esprit. C’est du moins ce qu’a révélé le Professeur Francis Wodié pour justifier sa démission, le 5 février 2015, de la présidence du Conseil constitutionnel. Foulant aux pieds le devoir de réserve auquel il est astreint, l’éminent juriste a édité un livre dans lequel il retrace les régulières immixtions Dramane Ouattara dans les délibérations du Conseil constitutionnel.
Lors de la présentation de son ouvrage intitulé « Côte d’Ivoire/ Le Conseil constitutionnel: 2010-2015/ Regards croisés », le 12 octobre dernier, au Centre international pour le développement du droit (CIDD), le Professeur Wodié s’est voulu très incisif contre le chef de l’Exécutif ivoirien. Entre autres exemples d’interférence du chef de l’État dans les décisions de l’institution dont il était le président, le fondateur du Parti ivoirien des travailleurs (PIT) a évoqué le cas de la saisine du Conseil constitutionnel (le 16 décembre 2014) à l’effet d’examiner la conformité avec la Constitution de deux textes: d’une part, le Protocole relatif aux amendements à l’Acte constitutif de l’Union africaine adopté le 3 février 2003 à Addis-Abeba ( Éthiopie) et le 11 juillet 2003 à Maputo (Mozambique) et le protocole lui-même; d’autre part, la loi d’autorisation (qui autorise le chef de l’État à ratifier ce Protocole).
Après un premier refus des conseillers eu égard à la trajectoire suivie par le texte à ratifier, Francis Vangah Wodié a surpris une réunion à huis clos de tous ses collaborateurs sans qu’il n’y soit invité, encore moins être préalablement informé. C’est donc à juste titre qu’il dit avoir refusé de signer le texte qui est sorti de ce conclave avec une volte-face flagrante de l’un de ses conseillers.
Le Professeur Wodié indique donc qu’il a été « convoqué » par Dramane Ouattara pour « s’entendre intimer l’ordre, à brûle-pourpoint, de signer la décision ». Surpris par une telle réaction du Président de la République, le président du Conseil constitutionnel n’a eu d’autre choix que de démissionner pour, dit-il, rester logique avec lui-même.
« Le président du Conseil constitutionnel, tout comme Francis Wodié, était abasourdi et comme interdit, lorsqu’il s’entendait, à nouveau, ordonner de signer. La coupe était pleine et je ne pouvais boire le calice jusqu’à la lie », a-t-il déclaré à la page 122 de son ouvrage. Poursuivant, il ajoute : « Le président de la République se plaçait ainsi, fort malencontreusement, dans la position d’un supérieur hiérarchique ayant pouvoir pour donner des instructions et adresser des injonctions aux membres du Conseil constitutionnel, en l’espèce au président du Conseil constitutionnel ; ce qui est inacceptable.»
Aussi, refusant d’admettre que le domaine du judiciaire soit inféodé à celui du politique, Wodié a-t- préféré se mettre à la touche. « Pour ne pas manquer aux devoirs de ma charge et pour rester en accord avec moi-même, j’ai donc pris la décision, en mon âme et conscience, de remettre ma lettre de démission, déjà prête, au président de la République », justifie-t-il sa démission qui a aussitôt été acceptée par Dramane Ouattara.
Notons que Francis Wodié avait été nommé Président du Conseil constitutionnel, le 25 juillet 2011, pour un mandat de six ans. Mais un peu plus de trois ans et demi après, il a dû partir pour protester contre le fonctionnement de l’Institution.
Quelle sera donc la conséquence d’une telle révélation de l’éminent constitutionnaliste sur le paysage politique ivoirien à l’orée de la présidentielle de 2020, lorsque l’on sait que le Conseil constitutionnel est le juge des élections en Côte d’Ivoire ?
Source: correspondance particulière

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