Une nouvelle controverse secoue le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI-RDA). À l'origine de la polémique, un communiqué daté du 1er juin 2026 et signé par Alain Cocauthrey, Directeur de Cabinet du président Tidjane Thiam. Un document qui, loin de passer inaperçu, provoque une vague de contestations au sein de plusieurs instances du parti et ravive un débat devenu récurrent depuis l'arrivée de Tidjane Thiam à la tête de la formation politique : celui du respect des Statuts et du Règlement intérieur.

Dans ce communiqué, le Directeur de Cabinet demande aux Hauts Représentants du Président (HRD) de transmettre leurs propositions relatives à la restructuration des délégations départementales et communales à Georges Philippe Ezaley, Vice-Président du parti et Conseiller spécial chargé des Délégations et des Sections, avant le 10 juin 2026.

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Présentée comme une initiative du Cabinet du Président, cette démarche suscite de nombreuses interrogations parmi les responsables du PDCI-RDA. Plusieurs cadres estiment en effet que la procédure retenue contournerait les mécanismes institutionnels prévus par les textes qui régissent le fonctionnement du parti.

Les critiques s'appuient notamment sur les Articles 26 à 31 des Statuts et du Règlement intérieur.

L'Article 26 précise que le Délégué départemental ou communal est désigné par le Président du Parti sur proposition du Secrétariat Exécutif après consultation de la base.

L'Article 29 du Règlement intérieur rappelle que le Président du Parti nomme ou relève de ses fonctions un Délégué départemental ou communal sur proposition du Secrétariat Exécutif.

L'Article 30 prévoit que le Bureau proposé par le Délégué doit être soumis à la validation du Secrétariat Exécutif dans les quinze jours suivant sa nomination.

Enfin, l'Article 31 dispose que le Délégué rend compte périodiquement de ses activités au Secrétariat Exécutif.

Pour plusieurs responsables du parti, ces dispositions confèrent au Secrétariat Exécutif un rôle central et incontournable dans la gestion des délégations. Or, soulignent-ils, les textes ne prévoient aucun rôle spécifique pour le Directeur de Cabinet du Président ni pour un Conseiller spécial dans la réception ou la coordination des propositions de restructuration.

« Ce dossier relève directement du Secrétariat Exécutif. Les textes sont pourtant très clairs. Lorsque des circuits parallèles se mettent en place, cela crée forcément des interrogations », confie un responsable du parti sous couvert d'anonymat.

Au sein du Secrétariat Exécutif, certains cadres parlent ouvertement d'un contournement de leurs prérogatives.

Pour eux, le problème ne réside pas seulement dans la restructuration des délégations mais dans la méthode employée et dans ce qu'elle révèle de l'évolution du fonctionnement interne du parti.

« Nous avons des Statuts et un Règlement intérieur précisément pour éviter les interprétations personnelles. Si chacun crée sa propre procédure, les textes perdent leur raison d'être », estime un membre influent du Secrétariat Exécutif.

D'autres responsables dénoncent ce qu'ils considèrent comme une marginalisation progressive des organes statutaires au profit du Cabinet présidentiel.

Selon eux, plusieurs décisions importantes auraient, ces derniers mois, été prises ou préparées en dehors des cadres traditionnels de consultation prévus par les textes.

« Les Vice-Présidents, le Secrétariat Exécutif et plusieurs structures du parti ont parfois le sentiment d'être placés devant le fait accompli. Cela nourrit les frustrations et fragilise la cohésion interne », affirme un cadre du parti.

Dans plusieurs délégations, le malaise est désormais perceptible.

Des militants et responsables locaux expriment leurs inquiétudes quant aux conséquences politiques que pourrait avoir une restructuration conduite sans consultation approfondie des acteurs concernés.

Certains évoquent notamment des risques de tensions liées à des redécoupages ou à des nominations qui pourraient être perçus comme favorisant certains groupes au détriment d'autres.

« Beaucoup craignent que certaines restructurations soient interprétées comme des règlements de comptes politiques ou des tentatives de repositionnement. Même lorsque ce n'est pas l'intention, la perception devient un problème politique à part entière », explique un élu local.

Le district du Goh-Djiboua est régulièrement cité parmi les zones où les inquiétudes seraient les plus fortes.

Selon plusieurs observateurs internes, cette région historique du PDCI-RDA pourrait devenir un foyer de contestation si les cadres locaux, les élus et les militants ne sont pas pleinement associés au processus en cours.

Pour ces responsables, toute réforme organisationnelle durable doit reposer sur le dialogue, la concertation et le respect scrupuleux des procédures statutaires.

Au-delà du cas spécifique des délégations, cette nouvelle polémique remet sur la table une question plus large : celle de la gouvernance interne du parti depuis l'élection de Tidjane Thiam à sa présidence.

Depuis plusieurs mois, des voix s'élèvent régulièrement pour dénoncer ce qu'elles considèrent comme des entorses répétées aux textes du parti.

Des militants, des responsables de délégations et certains cadres historiques estiment que plusieurs décisions importantes ont donné lieu à des interprétations extensives des Statuts ou à des procédures jugées contestables.

Ces critiques, qu'elles soient fondées ou non, alimentent aujourd'hui un débat de fond sur le fonctionnement démocratique du PDCI-RDA.

Pour nombre de militants, l'enjeu dépasse les rivalités de personnes et les querelles de positionnement.

La véritable question est celle de la crédibilité politique.

Comment un parti qui ambitionne de gouverner la Côte d'Ivoire peut-il convaincre les citoyens de son attachement à l'État de droit, à la transparence et à la bonne gouvernance s'il est lui-même confronté à des contestations récurrentes concernant l'application de ses propres règles internes ?

Cette interrogation revient désormais avec insistance dans plusieurs structures du parti.

Pour de nombreux observateurs, la force d'une organisation politique réside d'abord dans sa capacité à respecter les principes qu'elle défend publiquement.

« Un parti qui aspire à diriger un État doit être exemplaire dans sa propre gouvernance. Le respect des textes n'est pas une option. C'est une exigence de crédibilité », souligne un ancien responsable du PDCI-RDA.

Face à la montée des critiques, plusieurs militants appellent le président Tidjane Thiam à clarifier les rôles respectifs du Cabinet, du Secrétariat Exécutif et des autres organes du parti afin d'éviter toute confusion institutionnelle.

Ils souhaitent également que les restructurations en cours soient conduites dans un climat d'apaisement, de transparence et de concertation avec l'ensemble des acteurs concernés.

Car au-delà de l'affaire Alain Cocauthrey, c'est désormais la question du respect des textes, de l'équilibre des pouvoirs internes et de la cohésion du parti qui se trouve au cœur du débat.

À quelques années des prochaines échéances politiques majeures, le PDCI-RDA se retrouve confronté à un défi essentiel : préserver son unité tout en garantissant le fonctionnement régulier de ses institutions internes.

Pour beaucoup de militants, la réponse passe par un retour strict à la lettre et à l'esprit des Statuts.

Car sans respect des règles communes, préviennent-ils, aucun projet politique ne peut durablement rassembler ni prétendre incarner une alternative crédible pour la Côte d'Ivoire.

CKL