Décédé le 16 novembre 2025, les obsèques de Sahiri Agbohoun Jean, chef du village de Guessihio et du canton Niabré (sous-préfecture de Gagnoa), se sont déroulées du 3 au 8 mars 2026 à Guessihio, en présence de l’administration préfectorale, le Conseil régional, la mairie, la chefferie traditionnelle, la police nationale, la gendarmerie, les pompiers civils, la population villageoise, la famille, les amis et connaissances.

A Guessihio, le vendredi 06 mars 2026, à l’occasion de ces obsèques (veillée-hommage) de Sahiri Agbohoun Jean, M. Auguste Zoguéhi, préfet hors grade, Inspecteur général des services de l’Administration du territoire, a produit une communication sur le Thème: «Rôle du chef de village dans l’organisation administrative et le développement local». Africanewsquick.net, ayant relevé l’importance de cette communication dans la gestion des villages, la partage intégralement pour une large diffusion auprès des chefs traditionnels.

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HOMMAGE A L’ILLUSTRE DISPARU

Pour me souvenir, il y a de cela 22 ans, pour parler du Chef SAHIRI Agbohoun Jean, au moment de son intronisation, j'étais celui-là même que la population de Guessihio avait désigné pour mener une réflexion sur l'autorité dans toute communauté humaine. Un peu comme pour clore son mandat, me voici encore une fois invité par la population à faire une réflexion sur la chefferie.

L’honorable SAHIRI Agbohoun Jean a effectivement pris les rênes du pouvoir dans le village de Guessihio au début des années 2000. Et c'est exactement en avril 2004 que nous l'avons officiellement installé. Voilà qu'il nous quitte aujourd'hui. Et la même communauté villageoise de Guessihio m'invite à mener une réflexion.

La réflexion que je vais mener tournera autour de la chefferie traditionnelle,cette autorité que tout le monde prétend connaître et qu'en réalité, j'ai l'impression que nous ne savons pas. Autour de cette chefferie, il y a beaucoup d'impairs, beaucoup d'erreurs, et finalement, nous bafouons l'autorité et, par cela même, nous empêchons nos communautés de connaître le développement auquel nous sommes appelés.

C’est donc avec gravité, mais aussi avec un profond sens du devoir, que je m’adresse à vous en ma qualité de Président du Comité d’Organisation (PCO), en ce moment de recueillement du fait des funérailles de notre regretté Chef de Village et de Canton, SAHIRI Agbohoun Jean.

Au-delà de l’émotion légitime qui nous étreint, cette circonstance nous invite à la réflexion, à la responsabilité et au rassemblement.

En effet, dans nos contrées rurales et autres communautés, la question de la chefferie n’est pas toujours bien comprise. Et pourtant, tout le monde semble maîtriser le sujet, si bien que certains d’entre nous croient être chef plus que le Chef de Village ou au-dessus de lui en raison de la considération dont ils sont l’objet de la part de la population.

Inversement, certains Chefs de Village leur offrent parfois des opportunités qui les conduisent à leur manquer de respect.

Ce soir, comme une mission qu’il nous demande d’accomplir en son nom, parce qu’il souhaite que son départ soit une occasion de retrouver la quiétude, c’est-à-dire la tranquillité dans les villages du Canton qu’il a administré, je voudrais, au nom de l’illustre disparu, partager avec vous qui êtes venus vivre ce moment de recueillement, quelques règles qui régissent la chefferie traditionnelle dans notre pays.

De fait, lorsqu’un Chef disparaît, ce n’est pas seulement un parent ou un dirigeant que nous perdons : c’est une institution, un repère, une autorité morale et administrative qui nous quitte.Il nous appartient donc de nous rappeler, avec lucidité et maturité, le rôle fondamental du leader. Pour le Chef de Village, nous devons bien comprendre sa place et son rôle dans notre organisation territoriale et dans la dynamique de développement local.

I. Le village dans l’organisation administrative de l’État

L’architecture administrative de notre pays est clairement définie par la loi n° 2014-451 du 05 août 2014 portant orientation de l’organisation générale de l’Administration Territoriale. La place du village y est indiquée.

I.1.Le village : la circonscription administrative de base

L’article 31 de la loi précitée dispose sans équivoque : « Le village est la circonscription administrative de base du territoire national. »

Cela signifie que le village n’est pas une simple entité coutumière ou sociale. Il est une composante légale de l’Administration déconcentrée, au même titre que la Région, le Département et la Sous-Préfecture.

Le village fait donc partie intégrante de la chaîne administrative de l’État. De là découle la nature, la qualité du Chef de Village.

I.2.Le Chef de village, chef de circonscription

Toujours selon l’article 31 de la loi susmentionnée, « Le Village est administré par un Chef de Village assisté d’un Conseil de village ou d’une notabilité. ».

Le Chef de village est donc le premier maillon de l’Administration Territoriale.Il n’est pas uniquement le gardien des traditions ; il est aussi un acteur institutionnel établi et reconnu par l’État.

En d’autres termes, comme le Sous-Préfet, le Préfet de Département et le Préfet de Région, le Chef de Village est un chef de circonscription et, commeces supérieurs hiérarchiques, le Chef de Village est une autorité administrative.

Dès lors, il mérite le respect dû à sa qualité mais aussi à son rang. En effet, nous ne devons pas perdre de vue que comme chacun de ses supérieurs hiérarchiques dans sa circonscription, le Chef est la plus haute autorité administrative du village, même si en fonction des traditions locales, des instances de contrôle peuvent aider à recadrer son action.

Nous comprenons dès à présent que toute attitude irrévérencieuse, irrespectueuse à l’égard du Chef de Village dans l’exercice de ses fonctions, comme à l’égard de tout autre autorité administrative, peut être sanctionnée, soit par l’Administration, soit par les tribunaux.

En tant que chef de circonscription et autorité administrative, quelles sont les compétences du Chef de Village ?

La réponse à cette question résulte de l’arrêté de 1934 encore applicable dans nombre de ses dispositions à la chefferie traditionnelle en Côte d’Ivoire.

II. Le Chef de Village : garant de l’ordre, de la cohésion et de l’intérêt général

Les principes directeurs qui constituent le siège légal du statut du Chef de Village sont contenus dans l’arrêté n° 32061BP du 10 octobre 1934 portant création de l’Administration indigène en Côte d’ivoire.Ces principes font du Chef du Village l’intermédiaire indispensable entre l’Administration et les populations.

C’est donc par le canal du Chef de Village que l’exécutif entre en contact avec les populations, les rassure sur ses intentions et établit en définitive des rapports étroits qui favoriseront le progrès économique et social pour tous.

Les fonctions qu’exerce le Chef de Village lui confèrent, en droit et en fait, des attributions multiples inhérentes à ses activités qui, en définitive, sont celles d’un magistrat local.

Ainsi, aux termes de l’article 06 de l’arrêté précité, le Chef de Village doit, entre autres:

- maintenir l’ordre, empêcher les rixes et les disputes ainsi que tout tumulte dans les lieux d’assemblée publique ;

- prêter leur concours en cas d’incidents, d’événements graves, de calamités ou de sinistres ;

- veiller à la protection des cultures, notamment en empêchant qu’elles soient détruites par les feux de brousse et les bétails en transhumance ;

- empêcher la divagation des animaux ;

- veiller à la santé publique des populations ;

- maintenir le village et ses environs en état de propreté ;

- concilier les parties en cas de litige ;

- rendre compte au Sous-Préfet de tout fait tendant à troubler l’ordre public.

Il convient par ailleurs de souligner que le Chef de Village est toujours assisté d’un conseil de notables chargé d’éclairer son action et d’appuyer son autorité.

Au quotidien, le Chef de village prévient les conflits, arbitre les différends familiaux, assure la médiation communautaire, veille au respect des us et coutumes et favorise le vivre-ensemble.

C’est le lieu d’indiquer qu’en cas de litige, avant de saisir le Sous-Préfet, le Préfet et éventuellement les tribunaux, le recours que constitue le Chef de Village doit être absolument utilisé pour que le règlement des conflits soit suivi d’une véritable paix, la paix des cœurs et des esprits au sein de la communauté rurale.

Dans un contexte où les divisions peuvent fragiliser nos communautés, le Chef doit être rassembleur, impartial, juste et équitable pour un développement local réel.

III. Le Chef de Village et le développement local

L’article premier al. 2 de la loi n° 2014-451 du 05 août 2014 portant orientation de l’organisation générale de l’Administration Territoriale rappelle que l’Administration Territoriale est organisée en vue d'assurer l'encadrement des populations, de pourvoir à leurs besoins, de favoriser le développement économique, social et culturel ainsi que de réaliser l'unité et la cohésion nationales.

Le Chef de Village, acteur de l’Administration Territoriale, participe,à l’échelon du Village, à l’accomplissement de la mission de développement.

Tous les projets concernant les écoles, les centres de santé, les forages, l’électrification…, doivent se bâtir avec le Chef, autour du Chef et sous son autorité morale, en un mot, tout doit se faire sous sa responsabilité.

La mutuelle de développement, les associations féminines et de jeunesse, les sections de base de parti politique et toutes autres structures locales, sous l’autorité et la direction du Chef, prennent part au développement du Village. Je tiens à le rappeler, aucune de ces structures n’est au-dessus de lui car le Chef incarne la légitimité locale, garantit l’acceptation communautaire et assure la cohésion sociale. Le Chef est l’autorité suprême du Village. Nous devons donc nous rassembler autour de lui.

IV. Appel au rassemblement autour du Chef

En cette période sensible de transition et de succession à Guessihio comme certainement dans d’autresvillages du Département de Gagnoa, j’en appelle, au nom de l’illustre disparu, àla responsabilité des cadres, à la maturité des jeunes, à la sagesse des anciens età la solidarité de tous nos frères et sœurs d’ici et de la diaspora.

Ne perdons pas ceci de vue : se diviser à cause de la chefferie, c’est affaiblir le village ; s’unir autour du Chef, c’est assurer notre avenir commun.

Chers frères et sœurs, le départ d’un Chef vers nos ancêtres ne doit pas être source de division mais un moment de mémoire, un temps de réflexion, une opportunité de renouveau.Rassemblons-nous autour de l’institution de la chefferie.

A Guessihio, soutenons dès à présent le Chef intérimaire pour qu’il nous conduise paisiblement au choix d’un Chef titulaire et ce, dans le respect de nos us et coutumes comme le prescrit l’article 3 de la loi n° 2014-428 du 14 juillet 2014 portant statut desRois etChefs Traditionnels.

Car c’est ensemble, autour de notre Chef et sous la conduite de l’Administration Territoriale guidée par le Préfet de la Région du Gôh, Préfet du Département de Gagnoa, que nous construirons l’avenir.

Auguste G. ZOGUEHI

Préfet Hors Grade

Inspecteur Général des Services

de l’Administration du Territoire