Dans l’intérêt du consommateur et de l’économie ivoirienne, les acteurs du secteur du foncier et de l’immobilier doivent s’obliger à créer les conditions d’une coexistence pacifique qui est la condition indispensable du développement durable de la Cote d’Ivoire. C’est le cri de cœur de Monsieur Arnaud Essoh, Administrateur général de Victoire Immobilier. Fort de vingt années d’expérience dans le secteur immobilier, il défend cette vision avec des propositions solides tirées d’une connaissance approfondie des réalités du terrain. Interview.

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*Monsieur l’Administrateur Général de Victoire immobilier, quel regard portez-vous sur la récente réorganisation opérée au sein du Ministère de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de Vie (MULCV) ?*

Cela me conforte dans ma conviction : l’immobilier et le foncier sont plus que jamais au cœur des priorités du gouvernement. Enjeu majeur du développement urbain et économique, ce secteur est aussi intimement lié à la paix sociale.

Après les réformes audacieuses engagées sous le Ministre Bruno Koné, une nouvelle dynamique se dessine avec Monsieur Moussa Sanogo, ministre chargé de la Construction. Réputé pour sa compétence, sa rigueur et son sens de la méthode, son action s’inscrit à son tour dans le sillage de la vision du Président Alassane Ouattara : poursuivre la dématérialisation, l’assainissement, la modernisation et la sécurisation du secteur.

Car derrière chaque parcelle, chaque maison et chaque projet immobilier, se trouvent des familles, des investissements et souvent une vie d’épargne. Sécuriser le foncier, c’est donc protéger les patrimoines et préserver la paix sociale.

L’ambition du gouvernement, me semble-t-il, est claire : tourner la page des incertitudes pour faire de l’immobilier et du foncier des espaces de transparence, de confiance et de stabilité.

*Faut-il pour autant dire que votre secteur d’activité est presque assaini ?*

Force est de constater que beaucoup a été fait dans ce sens par les différentes autorités qui se sont succédé à la tête du ministère de la Construction. Le secteur a connu de profondes mutations et plusieurs actions ont été initiées pour mettre de l’ordre dans un environnement longtemps marqué par des pratiques difficiles à maîtriser.

Nous remercions pour cela le Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara et toutes les autorités qui y ont travaillé.

Mais vous savez, la perfection n’est pas de ce monde. En matière de foncier et de construction, il reste encore des zones d’ombre à éclairer et des mécanismes à renforcer.

Ce qu’il faut surtout saluer, c’est la volonté des autorités de prendre le taureau par les cornes et de s’attaquer réellement aux problèmes qui préoccupent aussi bien les professionnels du secteur que les consommateurs. C’est un grand chantier.

*De votre analyse, quelles sont les causes profondes des problèmes qui perturbent ce secteur ?*

Les causes sont multiples et souvent complexes. Tout d’abord, on rencontre les premiers soucis dans certaines Chefferies villageoises où il arrive que des attestations multiples soient signées pour un même site. Une telle situation amène souvent le Ministère de l’Urbanisme à traiter plusieurs dossiers de demande d’ACD ou d’approbations sur le même site et il est arrivé que l'ACD et l'approbation aboutissent.

Dans d’autres cas, des chefs de villages signent des attestations coutumières en guise de demande d'approbation sur des sites déjà approuvés par arrêté ministériel. Il nous est arrivé de nous retrouver en procès, alors que nous étions muni d’un arrêté d'approbation, contre une structure qui venait fraîchement d'obtenir une attestation coutumière qu’elle comptait utiliser pour établir un nouveau lotissement sur notre site déjà approuvé.

Du côté de l’administration, l'un des phénomènes auxquels nous sommes confrontés, c’est celui des annulations de lotissements. Nous avons connu une telle déconvenue sur des lots acquis depuis plusieurs années. C’est le cas notamment des lotissements de M'BATTO BOUAKE, DANHOKRO et KOFFIKRO où nous disposons de centaines de lots, mais pour lesquels nous ne pouvons pas établir de documentation. Ce qui n’est pas sans conséquence, car nous avons dû procéder à des remboursements de nos clients à la suite de ces annulations, alors que nous noe pouvons malheureusement pas exiger des remboursements auprès des propriétaires terriens avec qui nous avions effectué la transaction depuis plusieurs années.

A MOTOBE, par exemple, une entreprise s’est vue attribuer des ACD hors lotissement sur une bonne partie de nos lots, alors même que nous étions déjà en possession des arrêtés d'approbation sur certains de nos lotissements. Ce qui a entraîné des sursis et des procès dont certains sont encore pendants devant les tribunaux.

On imagine mal comment une jeune entreprise ivoirienne fonctionnant avec des prêts bancaires peut survivre à de telles situations. Évidemment, toutes ces déconvenues nous ont profondément désorganisés, ont retardé les livraisons a nos clients sur l’ensemble de ces sites, et impacté négativement notre réputation.

Ce sont là quelques réalités qui sont vécues par les acteurs du secteur, et pour lesquelles des solutions idoines doivent être trouvées.

*Comment ces difficultés ont-elles affecté les activités de Victoire Immobilier ?*

Ces difficultés ont, à un moment donné, jeté un voile d’incompréhension entre nos souscripteurs et nous. Certains ont pu penser, à tort, que Victoire Immobilier était à l’origine des blocages et des complications rencontrés dans leurs dossiers. Or, il n’en était rien.

Face à ces vents contraires, Victoire Immobilier n’a jamais baissé les bras. Nous avons continué à avancer avec constance, en respectant scrupuleusement les orientations de notre ministère de Tutelle et les différentes étapes des procédures destinées à sécuriser l’acquisition de parcelles et à prévenir les litiges.

Cette démarche nous a permis de bénéficier, à plusieurs reprises, de l’accompagnement précieux du ministère de la Construction dans le règlement de certains conflits et procédures judiciaires. Plusieurs de ces dossiers ont d’ailleurs connu une issue favorable, avec des procès remportés, même si nous continuons encore aujourd’hui à défendre certains dossiers devant les tribunaux.

Je voudrais donc profiter de votre tribune pour adresser un grand merci au ministère de la Construction, pour son écoute, sa disponibilité et son attention constante à l’égard de Victoire Immobilier. Dans les moments difficiles où le chemin était semé d’embûches, son accompagnement nous a permis de garder le cap et de poursuivre notre mission avec sérénité et détermination.

*Finalement que faut-il faire pour une coexistence pacifique entre tous les acteurs du secteur ?*

Une coexistence pacifique entre les partenaires du secteur immobilier en Côte d’Ivoire est une condition incontournable du développement durable de notre pays, qui exige un effort de dépassement citoyen de la part de l’ensemble des partenaires du secteur.

Pour rappel, les problèmes liés à l’accès à la propriété sont multiples et multiformes.

Tout part même de la chefferie villageoise. Quand un chef terrien signe et accorde ainsi plusieurs attestations à différentes entreprises sur les mêmes sites, c’est le début des problèmes. Ensuite, on en arrive au Ministère de la construction, puis au Cadastre, un acteur important du processus.

C’est pourquoi un renforcement de la collaboration entre l’État et les partenaires du secteur s’avère nécessaire.

A l’endroit du Ministère de la Construction, je plaide en faveur de l’établissement de guichets spéciaux pour permettre aux entreprises immobilières agréés de bénéficier d’un traitement particulier en vue de l’obtention de titre de propriété.

Je plaide également en faveur d’un assouplissement de la procédure d’obtention de la documentation. Une telle mesure pourrait faciliter les transactions entre opérateurs et consommateurs.

Les sociétés immobilières doivent également jouer leur partition. Pour assurer une meilleure protection des consommateurs, je leur recommande de cesser de vendre des terrains sans ACD ou approbations. Car il est évident pour tous à présent qu'il y a des risques élevés qu'un projet d'approbation ou d'ACD n'aboutisse pas.

Nous devons éviter de partager ces risques avec les consommateurs. De plus, les sociétés immobilières doivent se garder de vendre des terrains censés être urbains, alors que le site détient un certificat foncier.

Enfin, à l’endroit du Conseil d'Etat, je plaide en faveur d’une accélération des procédures de traitement des dossiers. Nous avons constaté que ces délais s’ils sont long, pouvaient entrainer à la faillite.

*Avez-vous un mot à l'endroit de votre ministre de tutelle ?*

Je souhaite la bienvenue au Ministre Moussa Sanogo, en qui nous plaçons beaucoup d'espoir. La gestion du secteur immobilier en Côte d’Ivoire n’est pas une tâche aisée. Mais nous sommes convaincu qu’il est la personne la mieux indiquée pour mettre en œuvre la vision du Chef de l’Etat en vue d’assainir ce secteur, et d’améliorer et rendre plus fluide la documentation.

Nous sommes à sa disposition et il peut compter sur notre soutien dans l’exécution de ce mandat.

SERCOM

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