Au cours d'une interview qu'il a accordée à plusieurs médias le mardi 12 mai 2026, dans un édifice hôtelier à Cocody, Magloire Delcros-Varaud est revenu sur le tournage en Côte d’Ivoire de la saison 5 de Rassemblance, la série documentaire de TV5MONDE. Entre exploration des trajectoires migratoires inversées et réflexion intime sur l’identité, l’animateur livre un regard sensible sur la richesse des cultures croisées. Entretien.
Pourquoi avoir choisi la Côte d’Ivoire pour cette nouvelle saison, après plusieurs tournages en Europe et en Amérique du Nord ?

La raison pour laquelle nous avons choisi TV5 MONDE, mon producteur Broadster, et Océane Goanec, la réalisatrice, la Côte d’Ivoire, c’est une furieuse envie de découvrir au travers des trois personnes que nous sommes venus interviewer ce pays si dynamique et la volonté qu’il y a aujourd’hui d’aborder un avenir meilleur. Il m’apparaît qu'en Côte d’Ivoire il y a un bouillonnement, une envie, une volonté de créer un futur radieux.
Comment les lieux de tournage – Abidjan, Grand-Bassam et la forêt du Banco – s’inscrivent-ils dans le récit que vous construisez ?
Rassemblance est une série documentaire qui, depuis quatre saisons, fait des interviews de personnes qui ont connu une histoire de migration vers des pays francophones comme le Canada, Monaco, la Suisse, la Belgique et la France. Aujourd’hui, avec ce voyage, nous innovons une nouvelle façon d’envisager l’émission. Nous parlons du parcours migratoire de Français venus s’installer en Côte d’Ivoire. Les lieux ont été choisis en fonction des histoires des personnalités interviewées : David Marty nous a amenés à Grand-Bassam, et Emmanuelle Normand, primatologue, nous a conduits dans la forêt du Banco où elle œuvre pour la préservation de la faune et de la flore avec son ONG.
En quoi votre propre histoire personnelle éclaire-t-elle votre regard sur la double culture ?
Depuis que j’incarne Rassemblance, il m’apparaît que la double, voire la triple culture est une richesse. Le mot dualité est au cœur du sujet, surtout quand on est enfant ou adolescent. Avec le temps et peut-être la sagesse, on comprend qu’il n’y a pas opposition entre le Togo et la France, mais coexistence. Je vis cela avec bonheur et je m’en sers pour devenir l’homme que j’essaie d’être.
Parmi toutes les rencontres déjà réalisées, lesquelles vous ont particulièrement marqué ?
Parmi les 80 émissions tournées, certaines sont plus marquantes que d’autres, mais je ne peux pas en choisir une seule. Je pense notamment à une émission à Montreuil avec une association de femmes maliennes. Elles m’ont bouleversé par leur résilience. Nous avons filmé une émission presque muette, mais d’une force incroyable. Leur silence disait plus que de longs discours.
Comment passez-vous du ton décalé du Morning Live à l’approche intime de Rassemblance ?
Grâce à Michael Youn, j’ai connu la notoriété avec le Morning Live. Rassemblance est sur un autre registre, mais il me ressemble tout autant. Le Magloire du Morning Live est le petit frère de celui d’aujourd’hui. J’ai évolué, réfléchi sur moi-même, sur l’Afrique, sur ma place. À 56 ans, je peux réconcilier les différentes parts de mon identité.
Comment parvenez-vous à instaurer une relation de confiance avec vos invités ?
Je crois que l’art de l’interview relève de l’écoute et de l’intuition. Amener quelqu’un à se confier en quelques minutes, sans le connaître avant, tient presque du don. J’aime profondément les gens, j’aime les écouter. Il n’y a pas de méthode, seulement une attention sincère portée à l’autre.
Quels types de profils avez-vous voulu mettre en lumière en Côte d’Ivoire ?
Je suis venu rencontrer des personnes venues d’ailleurs – de France, d’Espagne ou d’autres pays – qui ont choisi de devenir ivoiriennes. Elles sont juristes, scientifiques ou productrices, mais surtout, elles ont construit une identité ivoirienne au fil des années.
Avez-vous été particulièrement surpris par certains parcours rencontrés sur place ?


La surprise est constante. À Abidjan, j’ai été marqué par une femme blanche ayant totalement adopté la vie ivoirienne, jusqu’à adopter une petite fille et vivre comme une mère ivoirienne. Ce type de parcours est bouleversant et très inspirant.
Quel message souhaitez-vous transmettre à travers cette saison ivoirienne ?
La double culture est une richesse, mais elle ne va pas dans un seul sens. La migration peut aussi se faire du Nord vers le Sud, et elle peut être une réussite, comme le montrent les parcours que nous avons filmés ici.
Ce tournage en Afrique ouvre-t-il de nouvelles perspectives pour la série ?
Les liens entre l’Afrique et TV5MONDE sont forts et essentiels. Pour moi, ce tournage à Abidjan marque le début d’une série de projets sur le continent.
Ce retour en Afrique de l’Ouest a-t-il une dimension intime pour vous ?
Être à une heure et demie de Lomé, où vit ma mère, est bouleversant. Cela ravive des souvenirs, des sensations, une part de mon histoire. Rassemblance se confond parfois avec ma vie personnelle. C’est une quête permanente.
Si vous deviez résumer cette saison en un mot ?
Je pense à ma mère, mais aussi à mon beau-père, un homme de grande valeur. Ce mot serait sans doute lié à la famille, à ce qui nous construit profondément, même dans l’absence.
.
Entretien réalisé par Vagoné Dry-Bi





Espace Discussion Réservé aux Abonnés Premium
Participez aux analyses de notre communauté de lecteurs. Cet espace est exclusivement accessible aux abonnés de l'offre Premium d'Africanewsquick.
Déjà abonné ? Se connecter