Le vendredi 25 septembre 2026, l’Université Polytechnique de Man (UP-Man) a célébré ses meilleurs étudiants. Derrière la cérémonie de l’Excellence et du Mérite 2026, organisée pour sa 10ᵉ édition, se lit une autre histoire : celle de la transformation progressive de la carte universitaire ivoirienne depuis 2011, et de la volonté affichée par le pouvoir exécutif en Côte d’Ivoire de rapprocher les formations supérieures des territoires et de leurs économies.
La cérémonie était placée sous le Haut-Patronage de Téné Birahima Ouattara, Vice-Premier ministre, ministre de la Défense, et sous le Patronage du professeur Adama Diawara, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Le thème retenu (« Innovation technologique et ancrage industriel : l’Université Polytechnique de Man, bâtisseur des talents de demain » ) résume l’ambition de faire de l’université autre chose qu’un lieu de transmission académique, en l’articulant davantage aux besoins économiques.
Débutée le 24 septembre 2026, avec une cérémonie officielle le 25 et un point d’orgue prévu le 26 septembre, la manifestation a notamment été consacrée à la collation des diplômés, aux Prix d’excellence et à la célébration des promus du CAMES.



De trois universités à une carte universitaire étendue
En 2010-2011, la Côte d’Ivoire ne comptait que trois universités publiques : Cocody, Abobo-Adjamé et Bouaké. Deux unités régionales d’enseignement supérieur existaient également à Korhogo et Daloa.
Quinze ans plus tard, la carte universitaire publique s’est considérablement élargie. Elle compte désormais dix établissements :l’Université Félix Houphouët-Boigny, l’Université Nangui Abrogoua, l’Université Alassane Ouattara, l’Université Péléforo Gon Coulibaly, l’Université Jean Lorougnon Guédé, l’Université virtuelle de Côte d’Ivoire, l’Université Polytechnique de Man, l’Université de San Pedro, l’Université de Bondoukou et l’Université d’Odienné, encore en construction.
Cette extension est un axe structurants de la politique conduite sous la présidence d’Alassane Ouattara. Le principe est de ne plus concentrer l’offre universitaire dans quelques grands centres urbains, mais de faire émerger des pôles de formation en lien avec les réalités économiques des régions.
Le portail officiel du gouvernement présente d’ailleurs le rééquilibrage géographique des centres du savoir comme un programme destiné à répondre à l’augmentation des effectifs, à diversifier les filières et à tenir compte des métiers d’avenir.
Derrière cette liste, il y a donc un bilan, mais aussi une méthode.
Au sortir de la crise post-électorale, les universités ont été réhabilitées puis rouvertes en 2012. La même année, les unités régionales de Korhogo et Daloa ont été transformées en universités de plein exercice. Entre 2013 et 2023, le nombre d’universités publiques a pratiquement doublé avec la création de l’Université virtuelle de Côte d’Ivoire et des établissements de Man, San Pedro et Bondoukou, ainsi que le développement des infrastructures d’accompagnement, notamment les résidences et restaurants universitaires.
Le mouvement ne s’est pas arrêté là.
La dixième université, celle d’Odienné, est en construction. Sa première pierre a été posée en août 2024 sur une réserve foncière de 402 hectares. Le coût global annoncé est de 114,7 milliards de FCFA. L’établissement doit notamment proposer des formations en sciences et technologies, sciences biologiques, agro-industrie, techniques alimentaires, médecine, sciences vétérinaires et commerce-gestion. (Gouv Côte d’Ivoire)
L’université doit accueillir à terme 3 000 étudiants. D’autres établissements sont annoncés à Adiaké, Abengourou, Dabou et Daoukro. La logique affichée est de rapprocher les étudiants du savoir, mais aussi rapprocher les formations des secteurs économiques susceptibles d’employer les diplômés.
Alassane Ouattara avait lui-même présenté cette évolution comme le passage de trois universités publiques en 2011 à dix à l’horizon 2025, notamment avec San Pedro, Bondoukou et Odienné.
Cette politique ne se limite pas aux bâtiments. Le gouvernement indique également que le nombre d’enseignants du supérieur public est passé de 1 059 en 2011 à 6 082 en 2024, tandis que les crédits consacrés aux bourses et secours financiers sont passés de 11,48 milliards à 40,77 milliards de FCFA sur la même période.
Le palmarès de l’excellence
À Man, cette politique prend une dimension plus concrète : celle des étudiants et de leurs résultats.
Trente-deux prix ont été remis aux meilleurs étudiants de l’année universitaire 2025-2026 par les autorités universitaires, les donateurs et les invités. Les critères sont exigeants : 14/20 de moyenne au minimum, et 12/20 pour le Prix spécial genre.
Le Super prix, qui distingue le major des majors toutes filières confondues, revient à AUGOU Prince Othniel, étudiant en Master 2 Bioressources, Biotechnologies et Environnement, avec une moyenne de 16,38.
Les quatre Prix d’excellence, réservés aux majors ayant obtenu au moins 16 de moyenne, ont été attribués à AUGOU Prince Othniel (16,38), SILUÉ Gningnimin Maïmouna Désirée, major Ingénieur Mines et Énergie, option Mines (16,19), GNAGO Grah Marie-Fidèle, major du Master professionnel Géophysique appliquée (16,18), et KONÉ Fatoumata, major Ingénieur Mines et Énergie, option Énergie (16,04).
Trois de ces quatre lauréats sont des étudiantes. Une donnée qui donne une portée particulière aux Prix spéciaux genre.
Les dix-sept Prix de félicitations, attribués aux majors ayant obtenu entre 14 et 15,99, ont récompensé SIDIBÉ Haddy, GUEU Doua Tizié Moïse, KADJA Anicet Nanan Ayo, ATTA Yao Évariste, SINOU Tidji Victor, GONLI Zokagon Paulin, DIARRASSOUBA Allassane Asidik Alquamisse, OUATTARA Ahmad Bouhary Moustapha, TRAORÉ Ali, DAOUDA Kouamé Ismaël, SILUE N’Gana, N’GUESSAN Bla Audrey Grâce Divine, KASSI Ange Vital, GLOUGBE Minson Kévin Hugues Raoul, KONE Mariam, SANGARÉ Cheick Amhed et BAMBA Mah Oumou Dilly.
Dix Prix spéciaux genre sont venus compléter le palmarès. SILUÉ Gningnimin Maïmouna Désirée est sacrée Majore des filles toutes filières et meilleure fille du cycle ingénieur. GNAGO Grah Marie-Fidèle est distinguée comme meilleure fille Master, KOUAMÉ Oxane Yethrand Regina comme meilleure fille Ingénieur 2, TOURÉ Djeneba comme meilleure fille Licence, N’GUESSAN Bla Audrey Grâce Divine comme meilleure fille Licence 2, COULIBALY Mariam Noura comme meilleure fille Licence 1, KONÉ Mariam comme meilleure fille Ingénieur 1, BAMBA Mah Oumou Dilly comme meilleure fille Master 1 et IMRAN AFOLABI Amirat Abebi Abike Romoke Bamidele comme meilleure fille Prépa 1.
À Man, l’égalité dans les sciences ne se résume donc pas à une déclaration de principe. Elle se lit aussi dans le palmarès.
Une université qui veut tenir ses promesses
Créée en décembre 2015 et labellisée université d’excellence depuis février 2017, l’UP-Man affiche des taux de réussite élevés : 99,60 % en Master 2 et 99,80 % en dernière année d’ingénieur.
L’établissement revendique 1 449 licenciés, 470 masters, 202 ingénieurs de conception et quatre docteurs formés. Plus de 85 % de ses ingénieurs seraient en emploi six mois après leur diplôme. Quelque 135 étudiants issus des classes préparatoires ont par ailleurs intégré, par concours, d’autres écoles d’ingénieurs en Côte d’Ivoire et à l’étranger.
Avec un enseignant pour sept étudiants, l’établissement met également en avant son taux d’encadrement.
Cette orientation prend un relief particulier à Man. Dans une région où les activités minières et les ressources naturelles constituent des secteurs économiques importants, les formations en mines, énergie, géologie et matériaux cherchent à répondre directement aux besoins du territoire.
La table ronde animée par PETROCI et le partenariat avec Nimba University du Liberia témoignent de cette volonté d’articuler formation, industrie et ouverture sous-régionale.
Téné Birahima Ouattara, un soutien politique et financier affiché
C’est dans ce cadre que s’inscrit la présence, même par représentation, de Téné Birahima Ouattara.
Haut patron de la cérémonie, le Vice-Premier ministre, ministre de la Défense, suit les activités de l’Université Polytechnique de Man et lui apporte son soutien. Pour cette édition 2026, il a consenti un don important destiné à accompagner la Cérémonie de l’Excellence et du Mérite.
Son engagement est présenté autour de deux axes : soutenir la culture du mérite et favoriser l’accès des filles comme des garçons aux formations scientifiques et technologiques.
Le choix de Man n’est pas anodin. L’UP-Man constitue précisément l’un des nouveaux pôles universitaires construits dans le cadre du redéploiement territorial de l’enseignement supérieur ivoirien. Le soutien du Vice-Premier ministre vient ainsi accompagner, à l’échelle locale, une politique nationale dont l’objectif affiché est de multiplier les pôles de compétences et de rapprocher les formations des besoins des territoires.
Téné Birahima Ouattara était représenté à la cérémonie du 25 septembre 2026 par le député de la commune de Man, Bamba Mamadou, dit Momo Bamba. Celui-ci a souligné l’action du Chef de l’État en matière d’enseignement supérieur et de recherche scientifique, tout en réaffirmant le soutien du Vice-Premier ministre à la promotion du mérite.
Ce positionnement prolonge une implication déjà visible dans plusieurs rendez-vous liés à l’enseignement supérieur. En septembre 2026, Téné Birahima Ouattara était encore représenté à la rentrée solennelle de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, cérémonie consacrée notamment au lien entre formation, innovation et industrialisation.
À Man, son soutien donne donc une dimension supplémentaire à une cérémonie qui se veut d’abord universitaire : celle de la traduction locale d’une politique nationale.
Alassane Ouattara : la carte universitaire comme marqueur de politique publique
Depuis 2011, la question universitaire est devenue l’un des terrains où le pouvoir ivoirien entend mesurer la transformation du pays. Le changement se voit d’abord dans la carte : trois universités publiques au début de la décennie précédente, dix établissements aujourd’hui, avec une volonté affichée de poursuivre le mouvement.
Mais le chantier est plus large. Il touche les infrastructures, les ressources humaines, les bourses, les filières et désormais l’articulation avec le monde économique.
Le gouvernement présente cette politique comme une réponse à deux problèmes : l’augmentation de la demande d’enseignement supérieur et la nécessité d’améliorer l’employabilité des diplômés. Les nouvelles universités sont ainsi pensées comme des pôles spécialisés, en lien avec les caractéristiques économiques des territoires.
C’est précisément ce que cherche à incarner l’Université Polytechnique de Man : une université implantée loin d’Abidjan, spécialisée dans des domaines directement liés à son environnement économique et capable de produire des ingénieurs, des scientifiques et des techniciens.
À Man, les résultats affichés par l’UP-Man fournissent un récit favorable. L’expérience de cette université permet surtout de mesurer ce que signifie, concrètement, le passage d’une politique de construction d’établissements à une politique de pôles universitaires spécialisés.
Le soutien de Téné Birahima Ouattara et celui du ministre Adama Diawara s’inscrivent dans cette séquence. Le premier, par son appui à la cérémonie et à la promotion du mérite ; le second, par la politique sectorielle de transformation de l’enseignement supérieur.
Dix ans après sa création, l’UP-Man se trouve ainsi au croisement de ces deux dynamiques : celle d’une université qui cherche à démontrer ses performances et celle d’un État qui veut redessiner sa carte universitaire.
Sa devise , « Aujourd’hui, déjà demain », prend alors un sens particulier : elle résume l’ambition affichée, mais elle place aussi l’établissement devant l’exigence de transformer les promesses d’aujourd’hui en résultats durables demain.
CK
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