L'ESSENTIEL EN 3 POINTS
- Le 28 juillet 1990, la Côte d'Ivoire perdait l'un des derniers grands bâtisseurs de ses institutions. À l'Institut de cardiologie de Treichville s'éteignait...
- Sujet d'actualité majeur décrypté par notre rédaction.
- Analyse des retombées et perspectives pour les acteurs concernés.
Le 28 juillet 1990, la Côte d'Ivoire perdait l'un des derniers grands bâtisseurs de ses institutions. À l'Institut de cardiologie de Treichville s'éteignait Gon Coulibaly, vice-président de l'Assemblée nationale depuis les premières années de l'indépendance. À 61 ans, disparaissait un homme dont le parcours se confond avec l'histoire politique de la jeune République.
À Korhogo, où il naît le 6 avril 1929, on le connaît sous le surnom affectueux de « Gbonblé », « Petit Gon ». Petit-fils du patriarche Péléforo Gon Coulibaly, il grandit dans une famille profondément enracinée dans les traditions sénoufo et appelée à jouer un rôle majeur dans la vie publique ivoirienne.
Avant de se consacrer à la politique, Gon Coulibaly choisit la voie de la technique. Titulaire d'un CAP de serrurier, il poursuit ensuite des études d'ingénieur des travaux publics en France. Cette solide formation lui ouvre les portes de l'administration. En 1957, à son retour en Côte d'Ivoire, il est nommé chef de cabinet du ministre Alcide Kacou, alors que le pays prépare son accession à l'indépendance.
Deux ans plus tard, à seulement 30 ans, il est élu député de Korhogo. Dès 1960, il prend part aux travaux législatifs qui posent les fondements institutionnels de la République. Vice-président de l'Assemblée nationale, il accompagne durant plusieurs décennies l'évolution du Parlement ivoirien, devenant l'un de ses visages les plus respectés.
En 1980, à l'occasion de l'ouverture des élections démocratiques au sein du parti unique, Gon Coulibaly confirme son poids politique en remportant les élections législatives face à son propre oncle, Lanciné Gon, fils de Péléforo Gon Coulibaly. Cette victoire renforce son statut de doyen politique de Korhogo.
Parallèlement à sa carrière parlementaire, il préside plusieurs importantes institutions publiques, notamment les Jeux et Loisirs de Côte d'Ivoire, l'Office pour le Soutien de l'Habitat Économique et la Banque Nationale d'Épargne et de Crédit (BNEC). Grand ami de Philippe Grégoire Yacé, il appartient au cercle des artisans de la stabilité institutionnelle des premières décennies de la Côte d'Ivoire indépendante.
Son héritage ne se limite pas à son action politique. Gon Coulibaly est également le père d'Amadou Gon Coulibaly, qui, plusieurs décennies plus tard, deviendra Premier ministre de Côte d'Ivoire et l'une des figures majeures de la gouvernance sous la présidence d'Alassane Ouattara.
Au début de l'année 1990, conscient de l'usure du temps, Gon Coulibaly envisage de ne pas solliciter un nouveau mandat aux élections législatives. Le mercredi 25 juillet, lors de ce qui restera sa dernière apparition dans l'hémicycle, ses collègues remarquent un homme visiblement affaibli. Trois jours plus tard, le 28 juillet 1990, il rend son dernier souffle à Treichville.
Avec sa disparition s'éteint une génération de dirigeants qui avaient accompagné la naissance de l'État ivoirien moderne. Trente-six ans plus tard, Gon Coulibaly demeure une figure de référence dans la mémoire politique nationale. Son parcours illustre celui d'un homme de devoir, discret mais influent, dont l'engagement au service de la République continue d'inspirer les générations suivantes.
Moustapha OUATTARA
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