Un constat est à faire dans le mélodrame culturel qui se joue dans l’espace public en Côte d’Ivoire. Le jargon ivoirien regorge d’assez d’ingéniosité linguistique gangreneuse pour traduire éloquemment la mendicité à laquelle l’on s’adonne sans vergogne.

Notre argot national, avec ses signes, ses codes et ses symboles, est fort éloquent quand il s’agit de tourner en dérision une situation ou de profiter d’une occasion. Situation ou occasion qui, en même temps qu’elles traduisent une certaine pauvreté sociale galopante, fait aussi ressortir une pauvre richesse d’esprit inquiétante. Il en est ainsi du terme « mangement » !

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Dans la culture publique dégradante, perverse et avilissanteque l’on côtoie généralement en milieu urbain ivoirien, le mot « mangement » ne passe pas pour banal encore moins inaperçu. Il se retrouve sur toutes les langues, des plus propres aux plus hideuses.

Chez nous en Côte d’Ivoire, on parle de culture du mangement telle que l’a relevé l’immense homme de savoir, le Professeur Barthélémy Kotchy (paix et salut soient sur lui) dans une de ses mémorables communications dans laquelle il fustigeait le culte de l’argent à tout prix.

Une attitude qui émane d’une calamiteuse catégorie d’individus sociaux qui n’ont que pour préoccupation de manger. Tout se résume à ça : manger !

Quelqu’un occupe un poste envieux, il mange. Un autre fait des mains et des pieds pour parvenir au sommet de la hiérarchie, on estime qu’il mange, souvent même, on dit qu’il mange seul. Des personnes travaillent pour faire avancer la campagne de leur candidat, les adeptes du « mangement » les voient avec les mains et les pieds dans une soupe, se noyant dans le « mangement ». Tous pensent que l’heure de manger a sonné !

Il faut conjuguer le verbe manger au présent de… l’actualité du mangement : je mange, tu manges, nous mangeons. Il, elles et vous sont des accessoires de qui on s’en souvient quand ils peuvent apporter le « mangement ». Pourtant, dans cette société en désuétude, il y a tant et tant de choses à discourir. La morale s’est enfuie dans la pénombre de la vertu assiégée.

Dans la campagne qui se joue aujourd’hui et dont les enjeux sont énormes, une grande catégorie d’Ivoiriens ne pense pas projet de société, programme de gouvernement ou justice, égalité, développement et paix, des thèmes chers à la Présidente Adjoua Henriette Lagou. Elle entend les développer pour faire comprendre et connaître son offre politique. Celui-ci repose essentiellement sur la paix, qui est le préalable au bonheur des populations.

Au lieu de cela, cette bande d’individus dont la date de naissance se discute avec l’arrivée sur terre de la honte et l’existence nie l’honneur, ont entamé, dans la visite à chaque état-major des candidats, la ronde très escroquant du mangement. Les plus adroits flagorneurs, flatteurs, encenseurs et glorificateurs s’en tireront à bon compte.

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