En 1985, le canton Ahaly a réclamé et obtenu sa représentation au parlement monocaméral, précisément à l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, chambre unique, alors présidée par Henri Konan Bédié. Feu l’honorable Kouamé Kouamé, père du très respecté Général de Division Kouamé Julien, fut le premier député Ahaly.

Fait insolite et étonnant : huit législatures plus tard, soit 40 ans, le canton Ahaly n’a plus de représentant Ahaly à l’Assemblée nationale. En clair, le canton Ahaly est représenté à l’Assemblée nationale, mais son représentant n’est pas Ahaly.

À LIRE ÉGALEMENT : CIV/Repos biologique 2026 : le gouvernement décrète la fermeture saisonnière des pêches à partir du 1er juillet

Une décision politique controversée

Le drame, c'est que ce fait gravissime est ignoré du peuple Ahaly, y compris des cadres supposés savoir. Que s’est-il passé ?

Alors que tout le peuple Ahaly et les populations de Brobo, Bounda et Mamini s'étaient mobilisés pour la réélection du député PDCI-RDA sortant afin de laver l’affront du hold-up des municipales 2023, le parti octogénaire a décidé, contre toute attente, de faire la passe au RHDP.

En effet, plutôt que d’opter pour le choix évident et une victoire certaine avec le très charismatique Kouamé Yao Séraphin, un parfait inconnu, non militant des délégations de Brobo et non inscrit sur la liste électorale locale, fut, à la surprise générale, désigné candidat du PDCI-RDA.

Cette erreur fatale du parti présidé par Tidjane Thiam était du pain béni pour Louis Kouakou-Habonouan qui, flairant le bon coup, s'engouffra dans le boulevard laissé par l'absence de son redoutable adversaire. Il remporta facilement le scrutin et, alors qu'il était censé devenir député, préféra y renoncer pour l’alléchant poste de PCA, d’abord de l’ONEP et maintenant de l’Anader.

On se souvient du refus de l’homme de se présenter sur la liste RHDP avec la désormais vice-présidente Fatoumata Traoré épouse Diop, de sa velléité de candidature indépendante, de son spleen devant le grand risque politique et de son enthousiasme soudain dès qu’il apprit que son plus crédible adversaire n’était plus de la partie.

Une stratégie incomprise et ses conséquences

On peut se demander pourquoi Louis Kouakou-Habonouan, se sachant dans une situation d'incompatibilité, a tenu à briguer le poste. On veut bien croire qu'il voulait assurer ses arrières ou avait reçu l’ordre de son parti, comme certains membres du gouvernement ou présidents d'institution.

Mais ce qui est difficile à comprendre, c’est pourquoi a-t-il refusé de choisir comme suppléant, pour siéger en ses lieu et place en cas de renoncement, un Ahaly ? N’aurait-il pas trouvé un seul cadre Ahaly valable, ne serait-ce que parmi ses adjoints à la mairie ? Est-ce la crainte de se faire supplanter par le siégeant ?

Toujours est-il que la vérité est là, implacable : le député du canton Ahaly n’est pas Ahaly.

Un représentant sans lien avec le territoire

Le député qui siège actuellement au nom et pour le compte du peuple Ahaly et des populations de Brobo, Bouanda et Mamini est un authentique ressortissant de Bouaké, précisément fils du canton Pharis, et n’a aucun lien de parenté avec le peuple Ahaly.

Le plus risible dans cette histoire, c’est que le député Koffi Kouassi Raymond semble ignorer lui-même qu’il est représentant du peuple Ahaly et des populations de Brobo, Bounda et Mamini. En témoigne le titre de député-maire dont est affublé son candidat titulaire Louis Kouakou-Habonouan, qui n’est pourtant pas député.

C’est peut-être ce qui justifie l’absence du député Koffi Kouassi Raymond sur le territoire de Brobo depuis son élection. Sans doute n’a-t-il que trop conscience de l’arnaque morale !

Mémoire collective et avertissement pour l’avenir

En tout état de cause, cette information est révélatrice quand on sait que Louis Kouakou-Habonouan est de Bouaké de par sa mère. Est-ce une nième expression de son dédain pour les Ahaly ? Souvent, un acte vaut mille mots.

Le Ahaly doit réfléchir quand les prochaines échéances arriveront. Le Ahaly doit se souvenir de la lutte farouche menée par cet homme pour empêcher la construction de la Trésorerie locale et de la banque du Trésor, projet initié par le député-maire Kouamé Yao Séraphin et le ministre Jacques Assahoré alors directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique.

Le Ahaly doit se souvenir du sabotage du projet de bitumage de la commune de Brobo initié par le député-maire Kouamé Yao Séraphin.

Le Ahaly doit se souvenir du morcellement des réserves municipales, soigneusement préservées par les prédécesseurs maires de Louis Kouakou-Habonouan, devant servir à construire des écoles, des hôpitaux, des bureaux administratifs en vue de la création de la sous-préfecture et du développement de la commune.

Le Ahaly doit se réveiller, faire preuve de vigilance et tirer les leçons de cette forfaiture pour l’avenir.

L.V.R.