Prorogation de la RLE en Côte d’Ivoire-Une ONG s’indigne: «La Côte d’Ivoire est arrivée à un tournant décisif de son histoire»

Prorogation de la RLE en Côte d’Ivoire-Une ONG s’indigne: «La Côte d’Ivoire est arrivée à un tournant décisif de son histoire»

DECLARATION DE ‘’ALTERNATIVE CITOYENNE IVOIRIENNE (ACI)’’ SUR LA PROROGATION DE LA PÉRIODE DE RÉVISION DE LA LISTE ÉLECTORALE AU 30 JUIN 2020

  1. LES FAITS

Suite à une requête de l’Action pour la Protection des Droits Humains (APDH) contre la composition de la Commission Électorale Indépendante (CEI) auprès de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), celle-ci a pris un arrêt le 18 novembre 2016, pour demander à l’Etat de Côte d’Ivoire de réformer la CEI. Ce n’est que le que l’Etat de Côte d’Ivoire s’est exécuté par une première rencontre avec l’opposition, puis le 24 janvier 2019, par une autre rencontre avec des organisations de la société civile. Le dialogue politique sur la réforme de la Commission Electorale Indépendante (CEI), s’est achevé en juin 2019 par une recomposition et non une réforme de celle-ci, mais surtout par de grandes divergences qui ont emmené le retrait de l’opposition significativ, notamment le Parti Démocratique de Côte-d’Ivoire (PDCI) et la plateforme Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté (EDS).

Après de multiples tractations, le conseil de Ministres du 25 septembre 2019, tenu à Dimbokro, a annoncé la liste des 15 membres de la nouvelle CEI. Le vendredi 27 septembre les nouveaux membres ont prêté serment et ont élu Mr Coulibaly Kuibert à leur tête.

Dès l’annonce du calendrier électoral par la CEI, celui-ci a été rejeté par l’opposition ivoirienne au motif d’«attitudes cavalières et méprisantes adoptées par le gouvernement et ses démembrements depuis le début des discussions relatives à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 ».

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Malgré la médiation du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), ledit calendrier est entrain d’être mis en œuvre et la période définie pour l’actualisation de la liste électorale prévue du 10 au 24 juin 2020, expirait donc aujourd’hui.

Les difficultés liées à l’enrôlement constatées sur le terrain ont emmené ACI à demander une rallonge de la période de révision, aussi bien dans des vidéos que par courrier transmis à la CEI le lundi 22 juin 2020 ; avec ampliation aux organisations internationales et aux chancelleries. À notre grande surprise, hier mardi 23 juin, la CEI a annoncé un report jusqu’au 30 juin 2020.

  1. NOTRE ANALYSE

La Côte d’Ivoire est arrivée à un tournant décisif de son histoire, parce qu’elle organise en 2020 les premières élections à enjeux, après la crise post-électorale de 2010. Ces élections sont organisées dans des conditions difficiles et non rassurantes pour espérer qu’elles soient transparentes et apaisées.

La Côte d’Ivoire à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2020 évolue dans un contexte tendu caractérisé par :

–          Une rupture du dialogue politique ;

–          Une CEI, une constitution et un code électoral non consensuels ;

–          Une gestion non concertée de la crise sanitaire due au coronavirus ;

–          Une justice ivoirienne en conflit avec les citoyens qui n’ont plus confiance en elle ;

–          Et l’usage des passages en force qui avait déjà entamé le recul démocratique.

Cette décision vient encore, dans la même logique de passage en force, mettre en exergue le mépris de la volonté des ivoiriens. Outre les problèmes techniques dû au caractère défectueux de certains appareils et à la lenteur des agents électoraux, ACI a demandé le report en accord avec le Mouvement des Nouveaux Majeurs de Côte d’Ivoire par rapport :

  • Au temps imparti insuffisant, car des centaines de milliers de nouveaux majeurs non pas d’extrait de naissance pour plusieurs raisons. Certains n’ont jamais été déclarés. D’autres ont des problèmes de déplacement dû à l’isolement du grand d’Abidjan qui ne facilite pas leur accès aux communes où ils ont été déclarés. Par ailleurs le circuit des demandes de pièces administratives met vingt (20) jours ;
  • Dans certaines localités autorités administratives chargées de la délivrance des pièces administratives ont des difficultés à respecter les délais parce qu’elles sont débordées par les demandes. Par ailleurs, certaines localités souffrent même de manque d’imprimés pour la délivrance des pièces administratives ;
  • La surenchère exercée dans certaines administrations pour la délivrance des pièces administratives dont le coût officiel n’est pas respecté, et cela freine les inscriptions ;
  • Les difficultés dans certains commissariats pour délivrer le certificat de résidence à ceux qui ne présentent pas de factures qui portent leur nom, alors qu’en Côte d’Ivoire, la majorité des factures ne portent pas le nom des locataires qui sont les plus nombreux. Par ailleurs, la gratuité du certificat de résidence n’est pas respectée dans certains commissariats ;
  • Enfin la communication est insuffisante sur les centres d’enrôlement car plusieurs ne savent pas où se trouvent les sites d’enrôlement alors que l’opération tire àsa fin. Par ailleurs, l’application mise en ligne ne marche pas, ce qui ne permet pas de désengorger les sites d’enrôlement.
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Eu égard à toutes les raisons évoquées ci-dessus, nous pensons que la moindre des choses serait que la CEI invite ceux qui ont demandé le report à échanger avec elle pour trouver la meilleure date de report. A défaut, elle aurait dû tenir compte des contraintes de temps liées à l’établissement des pièces administratives pour déterminer la meilleure date de report.

Six (6) jours, c’est vraiment insuffisant voire dérisoire par rapport aux objectifs du report.

Ainsi, nous venons par cette déclaration insister sur la nécessité de réviser cette décision qui ne permet pas à la majorité des ivoiriens de se faire enrôler, contrairement aux attributions de la CEI qui est de veiller à ce que tous les ivoiriens puissent jouir de leur droit de vote.

  1. NOTRE POSITION

Alternative Citoyenne Ivoirienne (ACI) ayant depuis sa création œuvré pour des élections apaisées, condamne avec fermeté cette façon cavalière de prendre des décisions sensibles et demande à la CEI de reconsidérer cette décision dans l’intérêt supérieur de tous les ivoiriens.

Le délai légal de production de la liste provisoire étant fixée au 31 juillet 2020, nous souhaitons que la révision de la liste se poursuive jusqu’au 15 juillet 2020.

ACI demande encore une fois au Président de la République d’engager un dialogue inclusif avec tous les acteurs politiques et sociaux, afin de trouver des solutions consensuelles pour des élections apaisées.

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Fait à Abidjan, le 24 juin 2020

Pour ACI,

La Présidente, Pulchérie GBALET.

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