Organisation des élections en Côte d’Ivoire: L’Ong ACI ‘’crucifie’’ la CEI et fait plusieurs propositions au gouvernement…

Organisation des élections en Côte d’Ivoire: L’Ong ACI ‘’crucifie’’ la CEI et fait plusieurs propositions au gouvernement…

 

Ce lundi 6 juillet 2020, Pulchérie Edith Gbalet, présidente de ACI, a lu une déclaration de son ONG pour dénoncer la CEI et faire des propositions.

DECLARATION DE ‘’ALTERNATIVE CITOYENNE IVOIRIENNE’’ (ACI) SUR L’IMCOMPETENCE DE LA CEI ET LES MENACES SUR LE SCRUTIN DU 31 OCTOBRE2020

  • LES FAITS

La Côte d’Ivoire s’est dotée d’une nouvelle CEI, suite à un dialogue politique sur la réforme de la Commission Electorale Indépendante (CEI), qui s’est achevé en juin 2019 par une recomposition et non une réforme de celle-ci. Il est important de relever que cette CEI a été composée sans l’opposition significative, notamment le Parti Démocratique de Côte-d’Ivoire (PDCI) et la plateforme Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté (EDS).

Dès l’annonce du calendrier électoral par la CEI, celui-ci a été rejeté par l’opposition ivoirienne, mais cela ne l’a pas empêchée de le mettre en œuvre. Dans ce calendrier, la période de révision de la liste électorale a été fixée du 10 au 24 juin 2020. Les difficultés liées à l’enrôlement constatées sur le terrain ont emmené ACI et l’opposition à demander une rallonge de la période de révision. ACI a transmis à la CEI un courrier le lundi 22 juin 2020, avec ampliation aux organisations internationales et aux chancelleries. Le mardi 23 juin, la CEI a annoncé un report jusqu’au 30 juin 2020. Nous avons encore écrit à la CEI le vendredi 26 juin pour demander un report au 15 juillet 2020.

Nous rappelons les raisons qui ont motivé les demandes de report :

  • Le temps imparti insuffisant, car des centaines de milliers de nouveaux majeurs n’ont pas d’extrait de naissance pour plusieurs raisons. Certains n’ont jamais été déclarés. D’autres ont des problèmes de déplacement dû à l’isolement du grand d’Abidjan qui ne facilite pas leur accès aux communes où ils ont été déclarés. Cet isolement pénalise un grand nombre parce que les ivoiriens sont habitués à se faire établir les pièces administratives en cas de besoin pour les examens et concours. La COVID s’étant déclenchée en Côte d’Ivoire au mois de mars, alors que la période des examens et concours est entre juin et septembre. La majorité a donc été surprise et se retrouve sans pièce et sans possibilité de voyager librement. Par ailleurs le circuit des demandes de pièces administratives est lent et met deux (2) semaines à vingt (20) jours ;
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Dans certaines localités autorités administratives chargées de la délivrance des pièces administratives ont des difficultés à respecter les délais parce qu’elles sont débordées par les demandes. Par ailleurs, certaines localités souffrent même de manque d’imprimés pour la délivrance des pièces administratives. Un exemple parmi tant d’autres, sur 30 000 dossiers déposés à la Sous-préfecture de Dabou par les nouveaux majeurs, seulement 200 ont été traités, pas même 1% ? et ce genre d’exemples sont légions !

  • La surenchère exercée dans certaines administrations pour la délivrance des pièces administratives dont le coût officiel n’est pas respecté, et cela freine les inscriptions ;
  • Les difficultés dans certains commissariats pour délivrer le certificat de résidence à ceux qui ne présentent pas de factures qui portent leur nom, alors qu’en Côte d’Ivoire, la majorité des factures ne portent pas le nom des locataires qui sont les plus nombreux. Par ailleurs, la gratuité du certificat de résidence n’est pas respectée dans certains commissariats ;
  • Enfin la communication insuffisante sur les centres d’enrôlement car plusieurs ne savaient pas où se trouvent les sites d’enrôlement alors que l’opération tirait à sa fin. Par ailleurs, l’application mise en ligne pour le contrôle des anciens inscrits ne marche pas, ce qui ne permet pas de désengorger les sites d’enrôlement.

Après avoir justifié le second report par le prétexte fallacieux des pluies et avoir menti sur le caractère consensuel de la décision de report au 05 juillet 2020, la CEI a répondu à ACI par un courrier en date du 02 juillet, en donnant les arguments suivants pour justifier son impossibilité de faire un 3ème report : « la collecte des données et leur traitement doivent aboutir à l’élaboration de la liste provisoire et à sa publication trois (3) mois avant les élections. Ainsi ce délai du 05 juillet est la date limite à laquelle nos techniciens peuvent produire in fine la liste provisoire à la date prescrite. Nous vous exhortons donc à vous conformer à ce délai afin de permettre à la CEI de garder sa crédibilité puisqu’elle tient au respect scrupuleux de la constitution de notre pays et du code électoral »

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  • NOTRE ANALYSE

De qui la CEI se moque-t-elle ? Pense-t-elle avoir affaire à des analphabètes ou est-elle tout simplement incompétente et de mauvaise foi ? Revenons sur ses éléments de réponse.

  • La CEI dit qu’elle a une contrainte de production de la liste électorale trois (3) mois avant le vote: Nous aimerions lui demander si elle a été surprise par cette disposition ? C’est elle qui n’a pas organisé la révision plus tôt, tout en sachant qu’elle avait cette contrainte. Elle est donc seule responsable de cette situation où nous nous retrouvons avec des milliers de nouveaux majeurs non-inscrits sur la liste électorale.

Par ailleurs, c’est 2018 que la loi N°2018-863 du 19 novembre 2018 instituant une procédure spéciale de déclaration de naissance, de rétablissement d’identité et de transcription d’acte de naissance a été adopté et promulgué, mais sans communication autour. Pourquoi depuis 2018, n’a-t-on pas fait une campagne sur l’établissement des pièces ?

Enfin, nous n’en sommes qu’à l’inscription et cela se fait via un système informatisé, donc même à 5 jours de la date butoir, on peut produire une liste à moins d’avoir des techniciens incompétents.

  • La CEI dit vouloir respecter la constitution et le code électoral: et c’est là son plus gros problème. Depuis quand sait-elle qu’il faut respecter la constitution et le code électoral ? Nous allons nous en tenir à seulement deux (2) exemples :Le premier est relatif au droit de vote qui est le premier droit politique qui permet à tout citoyen d’élire le Président de la République. Si la CEI était respectueuse de la constitution, elle aurait pris des dispositions pour garantir qu’aucun ivoirien ne soit privé de son droit de vote, encore moins la jeunesse qui constitue le gros de l’électorat parce qu’elle représente 77% de la population.

La seconde preuve de non-respect du code électoral par la CEI réside dans le fait qu’elle ne respecte la révision annuelle de la liste électorale. Si elle avait fait une révision électorale en 2019, nous ne serions pas dans cette situation embarrassante.

En conclusion, la CEI ne respecte, ni la constitution, ni le code électoral, ni les ivoiriens. En outre, elle a décidé des derniers reports sans respecter non plus tous les acteurs qui ont demandé le report et en mentant sur le caractère consensuel de ces décisions. Elle est donc méprisante, mythomane et incompétente.

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  • NOTRE POSITION

Alternative Citoyenne Ivoirienne (ACI) ayant depuis sa création œuvré pour des élections apaisées, condamne avec fermeté cette façon cavalière de prendre des décisions sensibles et demande au Chef de l’Etat de prendre ses responsabilités en prenant les dispositions suivantes :

Par rapport à la révision de la liste électorale, pour garantir que l’élection présidentielle ne souffre d’aucune légitimité, le Chef de l’Etat devrait prendre une ordonnance pour autoriser que la liste provisoire soit produite deux (2) mois avant le vote. Cela permettra de prendre le temps qu’il faut pour achever sans frustrations l’actualisation de la liste électorale, mais aussi de garantir la stabilité institutionnelle et sociale avant, pendant et après le scrutin. Si cette ordonnance est acquise, il faudra lever l’isolement du grand Abidjan pour faciliter les déplacements en vue d’établir les pièces administratives.

Par rapport à l’environnement électoral général :

  • Reprendre le dialogue politique avec tous les leaders politiques et la société civile pour trouver un consensus relatif à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 ;
  • Permettre le retour du Président Gbagbo en Côte d’Ivoire dont la demande de retour attend la réponse du Président Ouattara depuis 1 mois ;
  • Permettre le retour du Président Soro Guillaume pour apaiser le climat politique ;
  • Faire grâce des vingt (20) ans de prison donné aux différents leaders politiques, toujours dans un souci de décrispation du climat politique ;
  • Favoriser le retour des exilés et libérer les prisonniers politiques et militaires ;
  • Enfin, organiser une journée nationale de repentance incluant toute la population Ivoirienne pour remettre tout le processus et la future élection présidentielle à Dieu.

ACI demande encore une fois au Président de la République d’engager un dialogue inclusif avec tous les acteurs politiques et sociaux, afin de trouver des solutions consensuelles pour des élections apaisées et décider ensemble de l’opportunité d’un report du scrutin afin de conduire sans précipitation le processus électoral.

Fait à Abidjan, le 06 juillet 2020

Pour ACI,

La Présidente,

Pulchérie GBALET.

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