Nomination de ministres-gouverneurs: Un rétropédalage impopulaire et suspicieux

A l’issue du Conseil des ministres du 09 Juin 2021, un communiqué avait annoncé la création de 12 autres districts autonomes en plus de ceux d’Abidjan et de Yamoussoukro. Et pourtant, lesdits districts avaient déjà été créés depuis 2011, dès la prise du pouvoir d’Alassane Ouattara. Après les législatives de 2001, on s’attendait à organiser les élections départementales des Conseils généraux quand un décret est pris pour fusionner les départements et mettre fin aux conseils généraux pour organiser des régionales couplées avec les municipales en 2013. Le gouvernement avait argué en son temps qu’il y avait trop de structures budgétivores et qu’il fallait les réduire et créer 31 régions. On avait alors mis les nouveaux districts dans les tiroirs du Palais d’Abidjan. A quoi répond donc la résurgence, aux allures de rétropédalage, des districts qui vont côtoyer les Conseils régionaux?

Pour le régime qui est à son troisième mandat, ce nouveau découpage territorial par la création d’entités suprarégionales (alors qu’elles avaient déjà été créées en 2011 et mis aux oubliettes), vise “le développement et le progrès social dans des aires géographiques beaucoup plus étendues” ; c’est-à-dire : l’aménagement de l’application des investissements de l’Etat, la réduction des disparités régionales, la promotion du potentiel économique et culturel.

Le président de la République avaient-ils promis aux ministres sortis du gouvernement qu’ils seraient nommés ministres-gouverneurs de district?

Depuis le vendredi 18 Juin 2021, un décret présidentiel a été signé pour respecter sans doute cette promesse faite à ces autorités toutes issues du RHDP.

Ce lundi 21 juin 2021, le PDCI-RDA, après analyse de la situation, a réagi et donné sa position sur cette décision qui selon lui, n’est «indéniablement pas en adéquation avec les aspirations actuelles des populations qui subissent depuis le mois d’Avril 2021, une inquiétante crise énergétique qui perturbe profondément la vie quotidienne, l’inflation des prix des denrées alimentaires et des produits de consommation.»

En outre, la déclaration du premier parti de l’opposition a relevé que « notre pays sort d’une grave crise politique suite à une élection présidentielle controversée en violation flagrante de notre Constitution. Les Ivoiriens et les Ivoiriennes avaient clairement exprimés, avec détermination et au prix de la vie d’une centaine d’entre eux, leur refus d’un troisième mandant anticonstitutionnel par le Chef de l’État actuel.

Le Président Aimé Henri Konan Bédié, ancien Président de la République a appelé à l’apaisement, malgré les violences qu’il a lui-même subies avec sa famille, en acceptant une rencontre avec le Chef de l’État pour briser le mur de la méfiance et amorcer les prémisses d’un dialogue franc dans le seul intérêt du retour de la paix pour notre pays.

Nos compatriotes sont par conséquent également en attente de la réponse à la main tendue du Président du PDCI-RDA pour un Dialogue National qui aboutisse à des réformes structurelles profondes de la Nation au profit de toutes nos populations profondément marquées par une vingtaine d’années de crises profondes et sanglantes à répétitions.

En lieu et place d’un traitement d’urgence de toutes ces questions d’une extrême importance pour améliorer le bien- être de toutes nos familles et pour engager ensemble une vraie réconciliation entre toutes les composantes de notre Nation, le Chef de l’État a fait malheureusement le choix de la nomination à des postes de Ministres-Gouverneurs, des personnalités récemment sorties de son Gouvernement

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Cette réforme est-elle une urgence ?

La déclaration du PDCI-RDA suscite plusieurs interrogations dont la première est de savoir si ces nominations constituent une urgence pour la survie du pays.

Apparemment, la réponse à cette interrogation est la négative puisque les deux premiers ministres-gouverneurs nommés sont en fonction depuis 10 ans et le ciel n’est pas tombé sur les autres régions ou districts de la Côte d’Ivoire.

Avec la présence des élus locaux (les présidents des Conseils régionaux, les mairies) et les préfectures de région et de département, l’on croyait que les postes de ministres-gouverneurs allaient être supprimés au profit de ceux-ci, afin d’éviter qu’ils se marchent sur les pieds.

Mais, à la surprise générale, 12 autres sont nommés portant le nombre total à 14, alors qu’aucune urgence n’impose cela à la Côte d’Ivoire.

De probables motivations de ces nominations

En analysant en profondeur et à froid, le RHDP prépare déjà 2025. Il ne veut rien lâcher surtout avec le retour de Laurent Gbagbo et son alliance avec le PDCI-RDA qui pourrait faire mouche lors des futures échéances électorales.

Les ministres sortis du gouvernement étaient en fait, mécontents d’être ‘’au garage’’, selon des indiscrétions.

Alors, il fallait les apaiser par un ‘’cadeau’’ pour sauver l’unité au sein du RHDP et préserver l’électorat, au mépris de la Santé, de l’Education, du Confort, …des Ivoiriens.

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Selon la déclaration du PDCI-RDA, les gouvernants actuels préfèrent faire plaisir aux siens, en ignorant les difficultés que rencontrent les communes et régions qui croulent sous le poids de la misère avec des budgets qui représentent globalement moins de 0,5% du budget de l’Etat.

Ces dix dernières années, les modifications de lois, les réformes, … sont passées comme une lettre à la poste, sans que le peuple et les opposants ne puissent véritablement donner de la voix pour les contester.

La nomination des 12 nouveaux ministres-gouverneurs illégitimes de districts s’inscrit dans le même cadre.

Aussi, la nomination de ces ministres pourra-t-elle permettre au pouvoir en place de contrôler toutes les régions du pays afin de réduire à néant tous les élus locaux de l’opposition.

Car bien que nommés, ils chapeauteront les élus que sont les maires et les présidents de conseils régionaux.

Ainsi, des anciens ministres tels que Jean Claude Kouassi (Bouaké) et Raymonde Goudou (Toumodi) qui n’ont pas une véritable assise politique chez eux, pourront aisément affûter leurs armes, (avec le pouvoir d’achat) pour les prochaines batailles, surtout que le président de la République compte, selon des indiscrétions, reporter toutes les élections locales de 2023 en 2025.

Les non-dits, c’est que les missions de développement et d’investissements pourraient rapprocher ces ministres-gouverneurs RHDP des populations, surtout celles des bastions de l’opposition.

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Ce qui pourrait, selon l’objectif caché du RHDP, faire basculer les électorats.

En dehors des missions visibles des ministres-gouverneurs, peuvent se cacher des stratégies pour anéantir les autres partis politiques.

En tout ce rétropédalage d’Alassane Ouattara et le gouvernement ressemble fort à une tournée casaque, un rétropédalage impopulaire et suspicieux.

Gilles Richard OMAEL et Nathanael YAO

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