«Nomination de ministres-gouverneurs: Halte à la politique politicienne et pensons à nos populations!» (KOUAME Yao Séraphin, Député)

Voici un pays à la poursuite de l’émergence qui aurait dû être acquise dès 2020. Curieusement, pendant que son système éducatif brille par sa médiocrité, ses ménages sombrent dans la paupérisation, la pauvreté et la précarité, ses jeunes désœuvrés et livrés à eux-mêmes tombent dans la déchéance la plus laide, ses femmes désemparées et lasses d’attendre leur autonomisation promise urbi et orbi pleurent sans trouver de consolateur, pendant que le panier de la ménagère se ratatine, le prix du carburant à la pompe augmente sans cesse, les orpailleurs clandestins envahissent nos terres et les appauvrissent, la CIE et la SODECI continuent de se payer la tête de leurs abonnés – je vais m’arrêter ici ! – on se souvient tout d’un coup que ce qu’on aurait dû faire dès le début était si simple !

Voilà que, tout d’un coup, la décentralisation, pilier central du développement économique, social et durable dans tous les pays développés et sérieux du monde, revient au cœur du projet de société et du programme de gouvernement. Comme mieux vaut tard que jamais, on aurait tendance, en bon démocrate, à saluer ce réveil soudain. Sauf qu’il y a véritablement problème et se taire là-dessus serait se rendre complice de cette mort programmée de notre décentralisation et du sabordage du développement de nos localités.

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Nul n’a besoin d’être prophète pour comprendre que cette affaire de nomination de ministres-gouverneurs peut être à l’origine de ce qui pourrait être assimilé à un désordre dans nos collectivités territoriales. Si en ce dessein, se cache la reconnaissance publique de l’incapacité notoire à régler les problèmes des populations locales, il choque par son fort parfum de politisation de la vie de celles-ci. Car, pour le Rhdp, ce qui est en jeu ici, ce n’est pas le bien-être des populations, ce n’est pas leur santé, leur éducation, leur confort. De l’avis d’observateurs avertis, il s’agit, ni plus ni moins, pour le régime en place,de sauver l’unité du Rhdp, après la formation de son dernier gouvernement qui a fait tant grogner au sein de la case. Les dinosaures sortis ne sont pas contents et il faut rapidement les contenter pour ne pas perdre leurs électorats pourtant inexistants.

Il est vrai que les pratiques hors normes du Rhdp ne devraient plus choquer personne tellement il y est abonné. Mais tout de même, des ministres-gouverneurs en plein 2021, alors que les communes et les régions ont mal à leurs budgets qui représentent globalement moins de 0,5% du budget de l’Etat et rien du tout dans le PIB, c’est inqualifiable. Créer des postes supplémentaires, alors que les collectivités locales existantes n’arrivent pas à fonctionner correctement, notamment à cause des problèmes récurrents de trésorerie liés essentiellement aux difficultés de décaissement des subventions, dont le gel d’une partie en fin d’exercice budgétaire est devenu une pratique banale, c’est dire clairement aux populations locales qu’elles sont les sacrifiées du pouvoir. En prenant cette décision politicienneet non politique, jugée impopulaire par certains Ivoiriens, si elle vient faire de la place à des collaborateurs soi-disant ténors locaux incapables de se faire élire chez eux, ne veut-on pas dire clairement à ces pauvres femmes et hommes, enfants, jeunes et vieillards qui peuplent nos localités, qu’ils ont moins de prix aux yeux du Rhdp?

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Que pourront faire ces fameux ministres-gouverneurs face aux problèmes d’eau potable, d’électricité, de route, d’école, d’emplois, de santé, là où les maires et présidents de région,plus outillés et légitimes ont du mal, faute de moyens financiers et fiscaux conséquents ? Ce qu’il faut régler, c’est la décentralisation des projets de développement. Plutôt que de les concentrer dans les ministères, Institutions, voire à la Primature et à la Présidence, il faut faire confiance aux collectivités, en leur transférant concrètement les ressources à la mesure des nombreuses compétences à elles transférées sans financement.

Je ne veux point rentrer dans les considérations protocolaires ou les anomalies liées à la confusion des compétences. Je laisse ce débat aux juristes. De toute façon, on saura toujours trouver la place au super-ministre-gouverneur et de l’obsolète-gouverneur-préfet. Il reviendra au président de région de se débrouiller pour manœuvrer entre ces deux mastodontes, s’il ne veut pas périr. Mon inquiétude, c’est le peuple. En vérité, cette histoire de ministres-gouverneurs n’aura pour conséquence à notre avis, que de brimer nos populations locales et ainsi, de fragiliser encore plus le tissu social. C’est peut-être ce que veulent les experts en politologie machiavélique du RHDP. Mais certainement pas ce que veulent les populations locales.

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Alors de grâce, pour une fois, pensons au peuple. Ecoutons ce peuple paisible !

KOUAME Yao Séraphin

Député de la Nation et Maire de Brobo,

Secrétaire Exécutif chargé des Etudes et de la Prospective,

Porte-parole du Secrétariat Exécutif du PDCI-RDA,

Délégué départemental Bouaké 4 Brobo,

Chercheur en science politique.

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