Lutte contre le Covid-19/L’écrivain Macaire ETTY, écœuré et indigné, s’adresse droit dans les yeux à Alassane Ouattara: «Je vous conseille d’ouvrir les oreilles…»

Lutte contre le Covid-19/L’écrivain Macaire ETTY, écœuré et indigné, s’adresse droit dans les yeux à Alassane Ouattara: «Je vous conseille d’ouvrir les oreilles…»

 

La gestion de la crise du coronavirus par le gouvernement Amadou Gon Coulibaly ne laisse personne dans l’indifférence. Mieux, les agissements de plusieurs membres du gouvernement, de présidents d’Institutions et d’élus porte à croire qu’en lieu et place d’une lutte solidaire nationale, on est passé sur le ring politique. Du coup, des frustrations se dévoilent avec les localités qui n’ont ni ministre ni président d’institution. La grogne qui monte en chandelle a poussé l’écrivain et critique littéraire, Macaire ETTY, à adresser cette lettre ouverte pleine de vérités implacables au président de la République, Alassane Ouattara. Cri du cœur du président des écrivains de Côte d’Ivoire, ci-dessous.

 

Au moment où une crise sanitaire planétaire sans précédent, due à l’invasion du COVID-19, s’acharne impitoyablement sur notre pays, je me permets, en tant que simple citoyen, de vous adresser cette lettre pour attirer votre attention sur un fait qui risque de rejaillir négativement sur votre mandat, et pour être précis, votre fin de mandat. Il s’agit des dons qui sont faits notamment par les membres du gouvernement à des populations.

Avant d’aller plus loin, je vous prie, Excellence, de me permettre de lever une équivoque. Autant je dénonce certaines dérives dans la gestion de cette crise, autant je soutiens les efforts du gouvernement et fais des propositions pour participer humblement à cette guerre commune contre ce virus cagoulé.

Ainsi, Je soutiens le travail qu’abat notre ministre de la Solidarité qui, au nom du gouvernement, fait des dons aux populations. Je soutiens les dons qui sont faits par des ONG et Partenaires (dont les noms ne sont pas toujours cités) au Ministre de la Santé pour renforcer l’arsenal de travail du corps médical. Je soutiens les dons faits au Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité afin que les forces de l’ordre soient efficacement outillées pour veiller sur les mesures afférentes à l’État d’urgence.

Je soutiens les dons faits par les institutions comme le Sénat et l’Assemblée nationale au gouvernement pour l’aider à contenir les ravages de l’obscur virus. Ces dons que je viens de mentionner sont faits, directement ou indirectement, au bénéfice de tous les Ivoiriens et Ivoiriennes. Ce que je dénonce ce sont les cérémonies de dons à relent politique que font les ministres à des populations ciblées, circonscrites, précises, notamment celles de leurs régions et communes ; lesquelles cérémonies sont couvertes et relayées par la RTI, notre télévision publique.

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Excellence monsieur le président,

Quoi de plus normal que des élus fassent des dons à leurs administrés ? Pourrait-on me rétorquer. On pourrait me rétorquer également que chacun est libre de faire le don qu’il veut et à qui il veut. Une telle réaction est normale et peut se comprendre. Mais, en toute chose, il faut tenir compte du contexte. Nous sommes en pleine crise sanitaire. Pis : nous sommes en guerre contre un ennemi commun : COVID 19 ! Et je continue de croire que nous sommes, face à cet ennemi, dans le même camp, le camp assiégé.

Que penseront les populations de certains départements et communes qui n’ont pas de fils et filles ministres et qui ne reçoivent pas ces dons dodus loués et chantés par les bénéficiaires ? Pourquoi une telle commune mérite-elle de recevoir des dons d’un ministre alors qu’une telle autre commune jusque-là semble avoir été oubliée ? Ne pas avoir de fils Ministre ou Président d’institution est-il un délit ? Les donateurs dont je parle ici ne sont pas des élus ordinaires mais des élus jouissant d’un statut particulier ; il s’agit des élus ministres ou Présidents d’institution. Un membre du gouvernement n’est-il pas un ministre de la République, de toute la Côte d’Ivoire donc ?

 

Excellence monsieur le président,

C’est ainsi que naissent, dans le silence et en marge du folklore, les frustrations et les rancœurs ; c’est ainsi que se creusent des blessures invisibles mais difficiles à soigner. C’est de cette façon que surgissent des actes désespérés, inexplicables, absurdes, «bêtes bêtes » (Yao Placide Konan).

Lors de votre dernier discours, vous avez dit que nous sommes tous égaux devant la maladie. Cette adresse a-t-elle été entendue comme il le faut par nos ministres dans toute sa profondeur sémantique ? Et ce n’est pas tout : il y a des dons estampillés du logo d’un parti, le RHDP, qui regroupe d’ailleurs tous les ministres (la plupart?) de notre gouvernement. Et le comble est que certains de ces dons ministériels et militants sont plus importants que les dons du gouvernement que fait le ministre de la Solidarité.

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Excellence monsieur le président,

Le Premier ministre a certes fait des dons en dehors de sa sphère géographique, mais en tant que candidat du RHDP (s’il n’y a pas de changement plus tard) à la prochaine élection présidentielle, tout le territoire ivoirien devient donc son aire électorale, et du coup, son magnanime geste est frappé de suspicion.

Ce que je dénonce donc ce sont les calculs politiciens qui sous-tendent ces dons financés par l’argent du contribuable. Ce que je dénonce c’est cette insensibilité dont font preuve certains membres du gouvernement dont la seule soif est de se maintenir à leur poste ou être réélus au mépris de la crise sanitaire? Ce que je dénonce, c’est l’exploitation politicienne et honteuse de la détresse publique.

Ce que je dénonce, c’est…

Il suffit d’écouter les discours de ces désintéressés bienfaiteurs qui souvent poussent leur bonté jusqu’à révéler la somme d’argent qu’ils ont déboursée pour acheter ces charitables kits, pour comprendre l’esprit qui les guide. Un bienfaiteur sincère ne donne pas la valeur du don qu’il fait s’il est en nature !

Je propose que nos ministres ainsi que nos Présidents d’institutions qui aiment tant les Ivoiriens fassent leurs dons au Ministère de la Solidarité, qui va, au nom du gouvernement, les redistribuer, les repartir, aux communes en tenant évidemment compte de leur poids démographique. Ce serait, à mon humble avis, une formule responsable, structurée et transparente !

Si les donateurs ne supportent pas l’anonymat (cela se comprend pour des politiciens), la liste des donateurs pourrait être publiée selon une périodicité dans les journaux ou même par la télévision nationale et les réseaux sociaux. Mais au moins leur geste sera au bénéfice de tous. La population ivoirienne dans son ensemble n’oubliera jamais ce geste de grande libéralité. Et s’en souviendra à jamais. Une telle répartition des dons sans couleur, sans étiquette, sans discrimination, sera versée « dans les bons points » de la gestion de la crise du COVID 19.

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Cependant, si malgré tous les arguments suscités, nos bienfaisants donateurs insistent pour offrir des kits uniquement à leurs militants ou aux seules populations de leurs sphères électorales, alors, je vous en prie, genoux à terre, qu’ils le fassent loin des caméras publiques, loin de l’espace audio-visuel public.

Que de douleurs au cœur, que de palpitations lorsque nous suivons le compte rendu de ces cérémonies sur la RTI 1 !

 

Excellence monsieur le président de la république,

La pandémie du Coronavirus n’ayant pas été précédée par des signes annonciateurs, sa gestion évidemment donne lieu à des improvisations, des tâtonnements, des hésitations, des erreurs. Ce qui est inévitable d’autant plus que notre pays, comme la plupart des pays du Tiers-Monde, n’a pas un système sanitaire solide, équipé et préparé à faire face à une telle catastrophe.

Je me garde de rappeler ici la gestion approximative de la mise en quarantaine qui a eu lieu à l’INJS et le report inexplicable de la date du « verrouillage » d’Abidjan. Je reconnais qu’un travail énorme est abattu par le gouvernement pour contrer l’avancée du monstre viral sur notre territoire. Je reconnais qu’un plan de riposte sanitaire a été mis sur place pour freiner la contamination.

 

Excellence monsieur le président,

Je vous conseille d’ouvrir les oreilles aussi bien aux plaintes et qu’aux propositions des Ivoiriens et Ivoiriennes ; et même de ceux qui ne sont pas de votre bord. A quelques mois de votre retrait de la vie publique, ne permettez pas que les flagorneurs et autres zélateurs ternissent par leurs malingres calculs politiciens, leur silence, leurs ovations assourdissantes, votre mandat. Je vous souhaite un grand courage face à cette épreuve que nous traversons. Que Dieu vous garde au creux de sa Puissante Main !

 

Macaire ETTY

Citoyen ivoirien

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