Focus : «Des troubles multiples se préparent… dont la source inflammable demeure malcommode à cerner» (Opinion)

Focus : «Des troubles multiples se préparent… dont la source inflammable demeure malcommode à cerner» (Opinion)

Société et politique ivoiriennes-Si vous comprenez la politique ivoirienne, c’est qu’on vous a mal expliquée.

La Côte d’Ivoire – notre pays – est aujourd’hui fortement secouée et mouvementée. Plus par des tourments intérieurs que par des événements extérieurs.

Depuis le décès de celui que nous appelions tous affectueusement « le père de la nation », le président Félix Houphouët Boigny, différents régimes sont passés au pouvoir. Ils se ressemblent tous parfaitement  parce qu’ils sont si différents. Finalement, on peut dire avec moins de risque(s) de se tromper que tout se passe comme si, du capitaine aux moussaillons, chacun préfère les mots de division aux actes de réconciliation et d’union.  Jetons un regard analytique…

Le point de la situation…comme une analyse

Il convient que nous ayons le courage de dire quelques petites vérités. Il y a fort longtemps, un peu plus d’une dizaine d’années en moyenne,  que la Côte d’Ivoire n’était pas apparue si divisée, morcelée, incertaine et instable dans son quotidien. Ce pays qu’on appelait fièrement « le pays d’Houphouët Boigny », est tout aussi crispé qu’incertain depuis la fameuse crise postélectorale des années 2010-2011. Une situation qui fait plus peur maintenant parce que les élections présidentielles approchent encore. Et les candidatures se signalent et sont enregistrées.

Elle, cette élection présidentielle de cette année 2020, va-t-elle avoir lieu ? Avec les mêmes partis politiques acteurs que ceux des années de référence obscure et ténébreuse de 2010.  Puisque nous y sommes, citons-les : Le PDCI, le FPI et le RDR-RHDP. On devrait dire les trois coupables du même crime, Henri Konan Bédié, Gbagbo Laurent et Alassane Dramane Ouattara. .

Des troubles multiples se préparent à secouer la terre ivoire certainement, dont la source inflammable demeure malcommode à cerner.

Personne ne peut prétendre détenir la cause ultime de ce malaise généralisé.

Vouloir résoudre cette énigme à partir d’un seul registre – économique, social, politique, culturel… – serait illusoire.

Faute d’élucidation complète, on peut quand même tenter de décrire une impression d’ensemble. En recourant, par l’exemple du vocabulaire des linguistes et des orateurs de maîtrise de cérémonies, des termes d’usage fréquent, depuis toujours, pour parler de politique et d’histoire. Chacun a entendu dire des expressions du genre : « nous traversons des tempêtes », il faut « garder le cap » surtout « par ces gros temps », etc. Mieux vaut être plus précis.

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En parlant d’abord de tangage, cette oscillation périodique d’avant en arrière, le bateau ivoire monte, puis pique du nez. L’étrave vise le ciel, s’enfonce ensuite dans les vagues, avant de recommencer. Il est facile de constater combien, depuis des années, le navire national suit un semblable mouvement. 

Regardons la politique…

Nous ferons la petite révélation d’un échange de salon à partir duquel le quadrupède dira que l’homme politique de haut lieu affirmait avec beaucoup de fierté : « Tu vois, nous, quand on dit quelque chose, on ne change pas. Depuis hier, c’est officiel. Il a clairement désigné le candidat à la future présidentielle. Un homme de valeur, un homme de parole, c’est comme ça… » Sur place « L’Eléphant » a pu dire qu’il apprécie le passé récent mais qu’il attend certaines réalisations dans le futur pour se prononcer.

Parlons un peu plus clairement pour éviter les énigmes. Celui qui dit et qui ne change pas, c’est notre président de la république ivoirienne, monsieur Alassane Ouattara. Il a donc désigné Amadou Gon Coulibaly comme candidat du RHDP à la présidentielle de 2020.

Malheureusement, moins d’un trimestre plus tard, il a été rappelé par Dieu et conduit par toute la nation à sa sépulture. On ne peut que lui souhaiter qu’il repose en paix ! Le président s’est alors accordé un temps de réflexion et de récupération comme une sorte de veuvage doublé  d’observation. C’est ce moment précis que choisit le vice-président Daniel Kablan Duncan pour démissionner. S’il s’agit d’un bateau, il venait ainsi d’être frappé par une autre forte vague.    

 Côté économie…

L’économie de la Côte d’Ivoire repart puis s’enlise. En 2010, si un argument a pesé lourd dans la balance électorale, c’est bien celui selon lequel les pays africains ont un gros problème, le problème de l’économie. Et celui qui se présentait là est un docteur en économie. Il paraissait ou apparaissait donc comme la solution au mal ou une solution au mal du moment. Nous avons connu des moments où une certaine influence diplomatique s’est  ravivée avant de s’étioler. S’il y a un résumé qu’on peut en tirer, c’est que constamment tout repart à la hausse avant de retomber plus bas… à défaut de s’enfoncer.

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Il y a une chose qui provoque l’étonnement aujourd’hui quand on observe la Côte d’Ivoire, c’est la conjugaison de plusieurs traits nouveaux et singuliers. Le dysfonctionnement actuel est d’abord interne au navire ivoire.

On s’y chamaille sur le cap à suivre. On doute un peu de l’autorité du commandant. On y entend cent rumeurs sur la Commission électorale indépendante (CEI), sur la Carte nationale d’identité (CNI), la liberté de la presse … Et le sentiment de désamour – à défaut de la haine – gagne du terrain au point que le basculement dans le vide n’est pas exclu. Comme si l’impression de l’émergence ne pouvait plus faire fonctionner les dispositifs anti-roulis, alors même que le journal de bord ne signale aucune avarie majeure.  Alors on tangue, véritablement !

Le carton jaune des USA à la politique ivoirienne 

Le sous-secrétaire d’État américain aux affaires politiques, David Hale, a créé la polémique, un lundi à Abidjan, en émettant des doutes sur la pertinence d’un éventuel troisième mandat d’Alassane Ouattara. Des propos qui sont intervenus alors que la diplomatie américaine, sur la réserve depuis la crise post-électorale, réinvestit de plus en plus le volet politique.

Le lieu choisi pour la déclaration est symbolique : l’École Nationale d’Administration (ENA), qui est le fleuron de la formation de l’élite intellectuelle ivoirienne. Abordant l’éventualité d’un troisième mandat d’Ado, le Diplomate a déclaré : « Je sais que le président Ouattara a fait une déclaration – je crois en août – dans laquelle il a appelé à une transition du leadership vers une nouvelle génération, et je pense que c’est une déclaration louable ». Conscient de la sensibilité du sujet, le service de la communication de l’ambassade a rapidement réagi, en envoyant aux médias une note d’information présentée comme la retranscription exacte des propos de l’émissaire du président Donald Trump. « Ce n’est pas une décision américaine. C’est au peuple ivoirien de faire ces choix, mais je dirai quelques mots. Je sais que le président Ouattara a fait une déclaration – je crois en août – dans laquelle il a appelé à une transition du leadership vers une nouvelle génération, et je pense que c’est une déclaration louable », lit-on dans cette note. Mais si les propos sont effectivement plus nuancés dans la retranscription délivrée par les services de l’ambassade américaine que dans celle publiée dans les médias ivoiriens, les propos du sous-secrétaire d’État américain aux affaires politiques renvoient à la même idée : l’opposition déclarée à un troisième mandat de Ouattara.

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Une structure américaine a même sorti ou publié une analyse pertinente récemment pour dire attention aux Ivoiriens qui se mettent ensemble pour se déchirer, pour se séparer… (Attention, nous y reviendrons très prochainement).

 Promouvoir un dialogue politique inclusif

Plusieurs organisations de la société civile ayant mené des missions d’observation des élections locales du 13 octobre 2018, ont été soutenues par l’ambassade des États-Unis.

Katherine Brucker, la chargée d’affaires américaines, a même été contactée directement par Henri Konan Bédié  – en même temps que Josephine Gauld, l’ambassadrice de Grande-Bretagne, ou encore Gilles Huberson, l’ambassadeur de France – au plus fort du duel que se sont livrés Jacques Ehouo et Fabrice Sawegnon pour remporter la mairie du Plateau, à Abidjan.

L’antenne ivoirienne du National democratic institute (NDI), un think-tank américain proche des démocrates – la présidente de son Conseil d’administration n’est autre Madeleine K. Albright, qui fut Secrétaire d’État américaine sous Bill Clinton -, a lancé début février un « Programme transition et inclusion politiques », soutenu par l’ambassade américaine et l’USAID. Parmi les missions que s’est donné ce programme, doté de 5 milliards de F CFA, promouvoir un dialogue politique inclusif. Pour le cas précis de la Côte d’Ivoire, il faut attendre encore.

 Qu’est-ce que la loi naturelle?

Le recours à une telle loi, héritée d’Aristote et de saint Thomas d’Aquin, remettrait-elle en cause le pluralisme qui fonde la démocratie ? La loi est aussi claire qu’indiscutable. « Quand on monte, il faut descendre ».

Nos trois leaders que sont Henri Konan Bédié du PDCI, Laurent Gbagbo du FPI et Alassane Dramane Ouattara du RDR-RHDP descendront bientôt. A un moment donné, leur âge ne leur permettra plus d’être sur terre. Le Quadrupède l’a déjà dit, ce qui nous intéresse, c’est la manière de descendre…

L’impopularité générale qui règne ces temps-ci au sujet de la volonté de Ouattara d’être candidat pour un troisième mandat du pouvoir RHDP se calmera d’une certaine façon. Ce que les Ivoiriens doivent comprendre et accepter, c’est que seul le Conseil constitutionnel tranchera. Le débat s’arrête là.  

ANTOINE EDO

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