ENTRE-NOUS: CPI /Gbagbo: 2 acquittements, 2 passeports et pas un plan retour… qui ne veut pas de la réconciliation?

Par KONE Kobali, Libre auteur, créateur.

Autant que je sache, Laurent Gbagbo, c’est l’opposant historique de notre pays pré et post 1990. On dit opposant historique parce que c’est lui qui a recueilli la finalité de l’action politique qu’il a menée durant sa vie. Il est donc le seul opposant dont les arguments ont permis de se saisir du pouvoir et de l’exercer de 2000 à 2010. Faute de chance et peut-être pour trop de méthodes, les autres opposants n’y sont pas parvenus. Certains avaient prévu : « de prendre le pouvoir parcelle après parcelle » Zadi Zaourou (USD). Lui était plutôt un pragmatique. Quelqu’un qui avance en fonction du pas de l’adversaire. Il ne fait jamais l’erreur d’avancer le premier.

Mais il savait contraindre l’adversaire même dans le cadre d’une alliance, à faire d’abord le premier pas. Il n’induisait pas en erreur, il était lui-même une erreur (tactique) pour les autres mais pas une anomalie. Gbagbo était le meilleur élève (lointain), dirais-je, d’Houphouët-Boigny. En ce sens que leurs qualités étaient complémentaires. Je fais allusion aux qualités devant servir au développement harmonieux de notre beau pays et de le chérir.

Houphouët l’aimait et lui était fier d’avoir Houphouët comme devancier politique et modèle de LUXE. Peut-être qu’il ne serait jamais devenu homme politique de cette envergure (national), s’il n’avait pas Houphouët comme modèle de génie politique apprécié par la planète ENTIERE ? Gbagbo, c’est le créateur indiscuté et indiscutable du Front Populaire Ivoirien (FPI). C’est grâce à lui et à ses camarades que la démocratie a refleuri chez nous en 1990. C’est aussi grâce à lui que nous, nous avons découvert les beautés et les vertus de la démocratie.

On a aussi découvert à nos dépens, qu’il ne fallait pas trop en faire au point d’être inutilement insultant contre les grandes personnes et pas n’importe lesquelles. Gbagbo, c’est l’homme « du asseyons-nous et discutons et l’apôtre du dialogue direct ». Cette invitation au dialogue permanent est son premier instrument de conquête du pouvoir. C’est aussi une arme oratoire et jubilatoire. Mais il n’est pas au nom des intérêts de son pays, homme à discuter de tous les sujets. Gbagbo, c’est celui qui a, sous l’insistance tous-azimuts de ses homologues de l’époque, trouvé des arrangements sur la base de notre Constitution d’alors (2000), pour que certaines personnes puissent candidater pour la première fois en 2010.

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Gbagbo, c’est ce patriote qui s’est battu avec son armée régulière contre la rébellion de 2002. Gbagbo, c’est ce Président de la République qui a puisé au risque de sa carrière personnelle, dans les caisses de la BCEAO pour faire bouillir les casseroles des ménages ivoiriens. On lui doit beaucoup pour la noblesse de ce geste ! Gbagbo, c’est cet homme à l’allure altière qui a été transféré à la prison de La Haye en 2011. Gbagbo, c’est l’homme de deux acquittements, janvier 2019 et mars 2021. C’est à l’heure actuelle, dans le domaine très sélect du record Guinness, le meilleur collectionneur d’actes d’acquittements au monde ! Gbagbo, c’est cet élégant détenteur de deux passeports. L’un dit ordinaire et l’autre diplomatique.

Gbagbo, c’est l’exilé ivoirien certainement le plus craint et le plus célèbre. Gbagbo, c’est aussi cet homme dont la simple vie suscite des procès à n’en plus finir. Car, il en a un qui l’attendrait dans son pays s’il commettait l’erreur d’y entrer sans passer par le « péage » gardé par les autorités. Enfin Gbagbo, c’est cet Homme aux mille destins qui bénéficie de deux acquittements en règle et qui ne dispose pas d’un seul plan d’entrée dans son pays natal ! Quel gâchis comme dirait l’autre ! A ce stade de mon propos du jour, on peut se demander bêtement, est-ce que finalement, on ne lui a pas remis ces deux passeports (l’année dernière) pour mieux contrôler ses va et vient ?

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En effet, si les passeports des autres servent à passer effectivement des ports, il semble que ceux de Gbagbo visent à l’empêcher de passer ce pour quoi ils ont été établis et remis de façon officielle et si médiatique ? ! C’est-à-dire, passer tous les ports jusqu’à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny ! C’est à Abidjan. On veut aussi utiliser le procès du casse de la Bceao ou du moins, qu’il serve de STOP géant au clan Gbagbo, de sorte à les maintenir loin de l’action politique directe. C’est un piège qui va donner à moudre à l’intérieur même du parti (FPI) ! C’est comme si les GOR et autres admirateurs devaient, armés de ces deux records d’acquittements, avoir honte de leur victoire et se considérer comme les jouisseurs d’une victoire (judiciaire) volée ?! A la tire au moyen d’une arme blanche (certainement) ! On a eu affaire à la justice dite des vainqueurs, maintenant on devrait presque parler de :« la justice mal acquise » !

Qu’est-ce qu’il est renversant notre beau pays ! Maintenant, si vous le voulez bien, venons-en au chapitre des victimes. « Nul ne peut se faire justice à soi-même». Cette formule-là, personne ne peut prétendre ne l’avoir jamais entendue ! Mais visiblement entendre seul ne suffirait pas, il faut l’introjecter, la garder présente au plus profond de soi. Avec ce désaveu qui frappe bruyamment à la porte de sortie de la procureure générale de la CPI, Mme Bensouda (16 juin 2021), j’entends et je comprends la souffrance de justice des victimes et parents de victimes de la crise postélectorale de 2011.

Mais il faut que les victimes et tous ceux qui ont ce statut ouvrent les yeux. Si nous en sommes-là aujourd’hui, il faut regarder du côté des avocats de la Côte d’Ivoire, peut-être ont-ils eux aussi failli ? Car contrairement aux avocats à décharge (camp Gbagbo) qui ont fait le boulot, on ne peut pas en dire autant pour ceux qui avaient des charges en « béton » ? Et puis comme je disais tantôt, dans un procès à la CPI ou ailleurs, il ne revient pas aux victimes de décider qui sont les coupables. De désigner les bourreaux dont les actes isolés ou croisés ont causé le malheur des leurs ? Non, il ne faut pas que les victimes pensent qu’avec la fin du procès de Gbagbo à la CPI, c’est la clôture des condamnations sur ce dossier ?

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En réalité, il va ouvrir une autre page. Car si la CPI n’a pas d’éléments matériels palpables pour accuser de crimes humanitaires Monsieur Gbagbo et son Ministre Blé, il pourrait s’exercer et s’enclencher « la justice des vaincus » ! La question sort de sa complexité d’autrefois pour se poser sous ces termes, si la CPI, en 10 ans, n’a pas réussi à mettre la main sur des coupables vivants, c’est que les vrais criminels courent toujours et à compter d’aujourd’hui, la justice a le devoir moral et juridique de les traquer jusqu’au dernier. Lorsque nous allons faire le tour de toutes les parties prenantes, on pourra se faire un jugement dernier. Pour l’instant, croisons les doigts et laissons la justice poursuivre ce qu’elle a commencé ! La symphonie ne sera pas inachevée ! D’ici-là, posons-nous cette question, quand on dispose de deux passeports en règle et de deux acquittements également en règle, comment fait-on pour être toujours en exil ? Surtout lorsque la Constitution qui est impersonnelle par principe, plaide pour nous ? ! Qui ne veut pas de la réconciliation dans ce pays? Ce BEAU Pays ! ?

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