Daniel Aka Ahizi (Pdt du PIT): «Le RHDP, c’est du passé, bientôt une lueur d’espoir… L’expérience de Bédié manque à ce régime»

Daniel Aka Ahizi (Pdt du PIT) : «Le RHDP, c’est du passé, bientôt une lueur d’espoir… L’expérience de Bédié manque à ce régime»

Docteur en Economie, ancien Ministre, Daniel Aka Ahizi est le  Président du Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT). Dans cette interview, il parle de la marche en avant de son parti malgré la dissidence, de la candidature du président Bédié qui incarne la stabilité et interpelle le président Ouattara sur les risques d’un troisième mandat.    

Président, comment se porte votre parti le PIT ?

Le Parti Ivoirien des Travailleurs a traversé des difficultés. Nous avons eu une dissidence au sein de notre parti. Heureusement aujourd’hui, le parti se porte très bien et la dissidence est allée se perdre dans le RHDP. Nous sommes donc recentrés sur nous-mêmes et nous essayons de faire avancer le Parti difficilement mais sûrement.

Nous sommes à trois mois de la présidentielle de 2020, est-ce que le PIT présentera un candidat à cette échéance ?

Le PIT aura un candidat. Ça sera soit un membre actif du Parti, ou bien un leader qui n’est pas du parti mais qui sera soutenu par le PIT.

L’actualité politique est marquée par la victoire du Président Henri Konan Bédié à la candidature du PDCI RDA pour la prochaine présidentielle.  En tant membre  de la CDRP, qu’est-ce que vous en pensez ?

Il a le droit d’être candidat comme tout ivoirien dès lors qu’on a fait sauter le verrou de l’âge par la constitution. Il n’y a pas autre chose à dire par rapport à sa candidature.

Et qu’est-ce que vous  répondez à ceux qui évoquent son âge comme un handicap ? Mieux, pensez-vous qu’à 86 ans, on est capable de diriger un pays comme le nôtre ?

D’abord ce n’est pas lui qui a fait supprimer la limite d’âge. C’est le pouvoir en place qui a choisi de faire disparaitre cette disposition de la constitution de 2000 qui avait bien fixé la limite d’âge à 75 ans. Donc le président Bédié peut se présenter sans problème dès lors qu’on a fait sauter ce verrou. Maintenant, vous me demandez s’il est capable de diriger, je pense que pour le temps que nous avons connu et la nécessité d’aller à la réconciliation nationale, il faut un monsieur d’une grande sagesse et d’une grande expérience pour diriger ce pays. Et je pense qu’il peut être l’homme de la situation.

Pensez-vous vraiment qu’il est celui qui peut fédérer toutes les énergies pour asseoir une vraie réconciliation entre les Ivoiriens ?

Déjà, il a fait cette démonstration au niveau de son parti. Il a réussi à faire en sorte qu’il n y ait pas de déchirure dans son parti comme le parti d’en face qui connait des querelles en interne. Il a fédéré les énergies, les courants et les tendances au sein de son parti. Et je pense qu’il faut lui faire confiance par rapport à son expérience et puis vous savez qu’en Afrique, la sagesse vient avec l’âge et je pense que ce n’est pas quelqu’un qui va aller monter une armée contre les fils du pays. Je pense donc qu’il est l’homme qui pourra faciliter la réconciliation nationale.

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 Un mot sur le processus électoral en cours ?

Le PIT a fait le constat qu’il y a eu beaucoup d’entorses à la mise en place du processus électoral. D’abord au niveau de l’enrôlement, il ya eu beaucoup de fraudes comme il (le RHDP) l’avait annoncé, mais nous sommes en train de nous donner les moyens au niveau de l’opposition,  pour faire en sorte que nous ayons au moins une élection relativement transparente.

Quel est l’avis du PIT sur un éventuel troisième mandat du Président Alassane Ouattara ?

Vous avez suivi l’intervention du Pr Bléou Martin sur la question. Et comme il l’avait dit, c’était à la demande du Comité Central du PIT qu’il a fait cette intervention. C’est parce que nous avions besoin d’être éclairé sur cette situation que nous nous sommes adressés à un membre fondateur de notre parti qui est de surcroît un éminent constitutionnaliste comme on le dit, le disciple du Maître (parlant du Pr Francis Wodié) qui nous a éclairé que le Président Ouattara ne peut pas briguer un troisième mandat. Et ce n’est même pas l’article 183 seulement qui l’empêche mais plutôt, l’esprit de la constitution de 2000 qui voulait rompre avec les habitudes d’avant 2000 où un Président pouvait se présenter autant de fois qu’il le voulait. C’est pour rompre avec l’idée d’un Président à vie qu’on a instauré le principe de la limitation des mandats à deux non renouvelables. Donc dorénavant, en Côte d’Ivoire, nul ne peut faire plus de deux mandats. Ce principe est inscrit dans l’ancienne constitution à l’article 35 et dans la nouvelle constitution à l’article 55. Cet esprit demeure toujours, donc le Président Ouattara qui a été élu et réélu est frappé par cet esprit. En conséquence de tout ce qui précède, Il ne peut pas briguer un troisième mandat. Cette démonstration a été faite par le Pr Martin Bléou qui depuis cette intervention, est beaucoup sollicité ici comme à l’extérieur pour donner son avis sur la question.

Quelle serait la réaction du PIT, si demain vous apprenez que le Président Alassane Ouattara a décidé de briguer un troisième mandat ?

Il sera le responsable de tout ce qui pourra advenir et la communauté internationale suit de près tout cela. Le Parti Ivoirien des travailleurs avisera. Nous sommes dans une plate-forme politique et nous verrons dans le cadre de cette alliance, les actions à mener. Je signale que le Président Bédié a déjà dit que si d’aventure le Président Ouattara sollicitait un troisième mandat, ce serait une candidature illégale. Ça veut tout dire.

Que pensez-vous de l’opportunité de la création d’une fondation en l’honneur du Président Bédié ?

Je pense qu’il aurait fallu mettre ça en place un peu plus tôt. Il aurait fallu le faire car il le mérite. Et je sais qu’il a un carnet d’adresses pour faire fonctionner cette fondation. Je salue votre initiative. Il mérite qu’on fasse cette fondation en son nom. Je n’en connais pas les objectifs mais je pense que c’est une très  bonne chose.

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Selon Dr Arsène Ouattara, premier responsable de cette initiative, cette fondation a été créée pour faire la promotion des valeurs du Président Bédié et les inculquer aux jeunes générations. Qu’en pensez-vous ?

Il serait bon de prendre aussi en compte les valeurs essentielles qui ont fait le PDCI. Elles méritent également d’être promues. En effet comme le disait le Président Félix Houphouët Boigny, le PDCI n’était pas un parti de gauche. Mais il faisait le social le plus hardi. Ça, c’est une valeur que le PDCI a développé dans ce pays où il y avait une véritable solidarité sans discrimination. On se retrouvait avec des gens d’autres communautés et d’autres pays mais on vivait ensemble sans discrimination. C’est pourquoi, moi je suis favorable à la candidature du Président Bédié. Je pense qu’il va nous  faire avancer dans ce sens et nous faire ressusciter ces valeurs que nous avons perdues sous le régime RHDP.

Quelle est aujourd’hui la position du Président Francis Wodié vis-à-vis du PIT ? Continuez-vous de bénéficier de ses conseils ou s’est-il mis simplement à l’écart du parti ?

Il s’était mis à l’écart du Parti parce qu’il avait été nommé au Conseil Constitutionnel. Il fallait couper le cordon avec le Parti pour ne pas être juge et partie. Mais depuis qu’il a rendu sa démission du conseil constitutionnel, nous sommes en contact et il nous éclaire comme il sait le faire sur certains aspects. On n’hésite pas nous-mêmes à aller le solliciter pour certaines interventions.

Vous avez eu à côtoyer le Président Bédié soit dans le cadre de vos activités professionnelles soit dans le cadre de vos activités politiques. Dites-nous quelles sont les qualités que vous retenez  de lui ?

C’est un Monsieur qui sait écouter, il ne parle pas beaucoup mais le peu qui sort de lui est d’une grande valeur. Je pense que cela s’explique par son parcours. Très jeune déjà, il a été ambassadeur, ensuite Directeur de la CNPS, ensuite Ministre, ensuite Président de l’assemblée Nationale après un passage à la Banque mondiale et enfin Président de la République. Je pense qu’il a cette grande expérience qui manque aujourd’hui à ce régime qui est en place qui fait n’importe quoi. Parce que nous allons sortir de ce régime très appauvri avec un taux d’endettement qui a atteint des niveaux incroyables et insupportables. Nous sommes aujourd’hui à 15000 milliards de dette alors qu’en 2012, au point d’achèvement du PPTE, nous étions après la réduction à 2000 milliards de dette. Il faudra trouver l’argent demain pour régler toutes ces dettes et c’est là le problème. C’est la génération future qui va en pâtir.

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Avec l’analyse de la situation politique que nous venons de faire, avez-vous un message à lancer ?

Nous sommes obligés aujourd’hui d’interpeller le régime RHDP pour deux choses : la première, pour que tous nos frères qui sont en exil, que ce soit le Président Laurent Gbagbo, le Ministre Charles Blé Goudé, le Président Guillaume Soro et le Maire Akossi Bendjo, rentrent. La deuxième, nous souhaitons également que tous les prisonniers politiques soient mis en liberté. Nous avons été témoins de l’arrestation des cadres pro Soro qui étaient juste en train de faire une conférence de presse et qui sont en prison depuis plusieurs mois sans qu’on ne connaisse les chefs d’accusation. Et depuis, ils sont en prison sans jugement. Je pense qu’il va falloir libérer tout ce monde pour décrisper l’atmosphère et faire en sorte qu’on ait des chances d’aller vers la réconciliation qui est indispensable à tout développement dans ce pays.

Pensez-vous qu’on peut aller à des élections avec Laurent Gbagbo, Soro Guillaume, Charles Blé Goudé et  Akossi Bendjo contraints d’être éloignés de leur terre natale ?

C’est pour cela que nous saluons la candidature du Président Bédié. Ils ont tout fait pour écarter la candidature de tous ceux-là qui étaient des candidats importants. Heureusement que le Président Bédié est là et qu’il a présenté sa candidature. C’est lui pour le moment qui réussit à fédérer les énergies et c’est également lui qui tempère un peu la colère qui monte de plus en plus. Heureusement qu’il a présenté sa candidature. Ça donne un peu le sentiment que nous allons aller à des élections apaisées parce qu’il incarne une certaine stabilité et  que ce pouvoir qui est en place, n’osera pas s’attaquer à lui. Et cela nous rassure.

Pour terminer, avez-vous un message à l’endroit de vos militants ?

Mon dernier mot va à l’endroit des militants de mon parti. Je veux leur dire que nous avons traversé des moments difficiles, nous allons peut-être en connaitre, mais il faut rester mobiliser pour faire en sorte que nous puissions garder le cap. Aujourd’hui, nous nous réjouissons que les autres partis nous aient rejoints. Car nous avons été l’un des premiers partis à décrier la gestion du pouvoir de ce régime RHDP, en qui on ne peut faire confiance. Aujourd’hui c’est du passé et nous pensons que bientôt, dans trois mois, la lueur d’espoir avec le départ de ce régime. Je voudrais pour finir vous remercier et transmettre mes salutations fraternelles au Dr Arsène Ouattara.

Avec la rédaction de L’Héritage

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