Côte d’Ivoire-Opinion: Alassane Ouattara déshabillé par un Chercheur en science politique… «Le Roi est nu»

Le «syndrome des habits de l’empereur» et la politique ivoirienne

LE ROI EST NU

L’écrivain brésilien Paulo Coelho, le célèbre Prix Nobel de littérature, affirme dans son non moins célèbre maître-livre L’Alchimiste: «Dans la vie, tout est signe.» Cette lapalissade crève tellement nos yeux et assourdit si bien nos ouïes, au quotidien, que nous avons la fâcheuse tendance de ne pas la voir ni l’entendre. S’il en est ainsi pour le commun des mortels, force est de constater que ce mal pernicieux n’épargne point nombre de nos princes, pourtant auréolés d’une présomption de sagesse à faire pâlir d’envie Salomon.

En effet, qu’ils soient empereurs, rois ou présidents, il n’est pas rare qu’en dépit de l’érudition, la science et l’expertise de leurs conseillers et malgré l’onction divine supposée de leurs oracles, mages, prophètes et autres hommes de Dieu, nos souverains s’illustrent par leur propension à céder à l’aveuglement.

La légende du roi nu, contée par Hans Christian Andersen dans Les Habits neufs de l’empereur, également connu sous le titre Le Costume neuf de l’empereur, publié pour la première fois en 1837, illustre à la perfection cette déviance.

En voici le résumé: «Il y a de longues années vivait un empereur qui aimait par-dessus tout être bien habillé. Il avait un habit pour chaque heure du jour. Un beau jour, deux escrocs arrivèrent dans la grande ville de l’empereur. Ils prétendirent savoir tisser une étoffe que seules les personnes sottes ou incapables dans leurs fonctions ne pouvaient pas voir et proposèrent au souverain de lui en confectionner un habit. L’empereur pensa qu’il serait exceptionnel et qu’il pourrait ainsi repérer les personnes intelligentes de son royaume. Les deux charlatans se mirent alors au travail. Quelques jours plus tard, l’empereur, curieux, vint voir où en était le tissage de ce fameux tissu. Il ne vit rien car il n’y avait rien. Troublé, il décida de n’en parler à personne, car personne ne voulait d’un empereur sot. Il envoya plusieurs ministres, en vue d’inspecter l’avancement des travaux. Ils ne virent pas plus que le souverain, mais n’osèrent pas non plus l’avouer, de peur de paraître imbéciles. Tout le royaume parlait de cette étoffe extraordinaire. Le jour où les deux escrocs décidèrent que l’habit était achevé, ils aidèrent l’empereur à l’enfiler. Ainsi « vêtu » et accompagné de ses ministres, le souverain se présenta à son peuple qui, lui aussi, prétendit voir et admirer ses vêtements. Seul un petit garçon osa dire la vérité: « le roi est nu ! » s’écria-t-il. Et tout le monde lui donna raison. L’empereur comprit que son peuple avait raison, mais continua sa marche sans dire un mot. Il n’était pas question qu’il parût sot… »

En 1934, Evgueni Schwartz s’inspire du conte d’Andersen pour écrire sa pièce de théâtre Le Roi nu, qui sera publié pour la première fois en 1960. A l’époque, les autorités soviétiques estimèrent que l’œuvre comportait des allusions dangereuses sur Staline. Dans les années soixante-dix, la théorie de la nudité du roi s’exporta de l’art vers la science. Ainsi, en 1971, Frank Gross publia-t-il un article dans le New England Journal of Medecine concernant une fameuse maladie qu’il baptisa «syndrome des habits de l’empereur», en référence au conte d’Andersen. Il y décrit comment un diagnostic erroné peut être confirmé par plusieurs médecins par «contamination» du diagnostic précédent.

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Bien qu’imaginaire, la légende du roi nu se classe dans la catégorie des « contes réalistes », c’est-à-dire qu’il se situe dans un monde humain et ne contient pas d’éléments surnaturels ou magiques. Il n’est donc pas surprenant que la fable du roi nu rappelle, par ses troublants traits de similitude, les événements politiques en cours dans notre pays depuis un moment et singulièrement l’attitude de notre cher président.

Contre vents et marées, feux et eaux, l’homme avance n’écoutant que ce qu’il veut entendre et sévissant contre tous ceux qui ont le malheur de vouloir lui dire la vérité.

Au commencement, quand le peuple criait famine, il répondait : « l’argent travaille. » Quand le peuple protestait contre les nominations tribaliques, il répondait « c’est un rattrapage par rapport au Nord longtemps délaissé. » Puis, vint l’échéance électorale de la présidentielle de 2020. L’homme avait son agenda caché mais craignant la réaction du peuple, il se garda bien de le dévoiler. Il fallait bien préparer le terrain en imposant le parti unique ou tout au moins un parti-Etat. En tout cas, il fallait préparer les esprits, en interne comme à l’extérieur, à accepter son coup de force.

Sa stratégie consistait à souffler le chaud et le froid, à endormir avec des promesses jamais tenues et à diviser pour régner. Les jours pairs, il ne voulait pas être candidat, soit parce qu’il fallait laisser la place à une nouvelle génération, soit parce qu’il aspirait à autre chose, après environ une décennie de présidence. Les jours impairs, il n’avait pas encore pris sa décision qu’il subordonnait à celle de ses deux principaux rivaux. Tant pis si la Constitution leur autorisait de briguer un autre mandat et pas lui.

D’ailleurs, quand on lui brandissait que la Constitution, aux termes parfaitement univoques, qu’il avait lui-même fait voter, ne lui permettait pas de se présenter pour un troisième mandat, il répondait que ses juristes, les meilleurs que l’humanité n’ait jamais connus, disaient le contraire et qu’il fallait s’en tenir à leur science infuse. Leur doctrine faisant foi, il n’y avait aucun obstacle à ce qu’il se présentât, d’autant que la nouvelle constitution créant une nouvelle république mettait –ô miracle – les compteurs à zéro.

S’il n’avait pas l’envie de briguer un autre mandat, c’était simplement parce qu’il était un homme d’Etat authentique, un homme de parole, un homme d’honneur, bref un gentilhomme, un gentleman qui ne se renie jamais.

Non, il n’allait tout de même pas se parjurer ! Afin de prouver sa bonne foi, il fit une déclaration solennelle devant le congrès de la République, prenant à témoin la communauté internationale et nationale. Joignant l’acte à la parole, il désigna unilatéralement son plus loyal serviteur, dont il est inutile de rappeler, par décence, son destin tragique, comme candidat de son parti.

Finalement, l’homme décida de se présenter par devoir comme le soutiendra l’ancien colon, qui fut pourtant le plus élogieux à propos de son faux retrait de la course à la présidence. A qui voulait l’entendre, il clamera qu’il n’avait pas le choix, puisqu’en presque dix ans de présidence, il n’avait pu former qu’un seul présidentiable qui, hélas, n’était plus.

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Désormais, c’est à visage découvert que l’homme fonce, tête baissée, épaules gonflées.

L’opposition réclame-t-elle des conditions électorales démocratiques, justes et transparentes, notamment une commission électorale équilibrée et véritablement indépendante ? Refus catégorique.  Soulève-t-elle l’illégalité de sa candidature ? C’est parce qu’elle a peur de l’affronter. Brandit-elle la désobéissance civile ou le boycott actif du scrutin ? C’est parce qu’elle n’a pas d’argent pour battre campagne. D’ailleurs en grand philanthrope devant l’éternel, il se proposa de demander au ministre du Budget de consentir des prêts aux pauvres candidats de la plèbe opposante. 

L’homme autrefois mesuré dans ses propos – si l’on bouche les oreilles sur certains de ces coups de colère d’antan qui l’ont emmené à menacer de frapper le régime de son allié d’hier et de le faire tomber comme un fruit pourri ou qui l’ont poussé à saluer le coup d’état d’un certain général balayeur en le qualifiant de révolution des Œillets à l’ivoirienne – donne maintenant dans le sarcasme et les quolibets.

Son silence autour des insultes de ses collaborateurs, versés dans l’art de la « griotique », à l’encontre de ceux qui ont le malheur de décrier publiquement la pensée unique du maître à penser, donne le sentiment qu’il s’en délecte.

L’opposition parle-t-elle de transition ? Elle rêve debout. Parle-t-elle de dialogue ? Il n’y a rien à dialoguer, même si, quand ça l’arrange, il brandit la main tendue. Parle-t-elle de réconciliation nationale ? Ce n’est pas un programme de gouvernement dixit un de ses brillants transfuges de l’alliés d’hier, qui sans sourciller osa soutenir cette thèse sur le plateau d’une chaine de télévision internationale.

Mais comment se fait-il que tout d’un coup la réconciliation nationale fait l’objet d’un département ministériel tout entier ? Rien d’illogique tant que ça vient du roi. Passons donc.

Coûte que coûte, vaille que vaille, l’homme organise sa mascarade d’élection en prenant soin d’éliminer tous ses adversaires ou en faisant en sorte que ceux retenus refusent de compétitionner. Qu’à cela ne tienne, un faire-valoir, c’est ce dont il rêvait ! Un score à la soviétique et le voilà jubiler.

Des protestations ? Il sait y faire. Comme l’opposition s’entête, elle va payer le prix cher : de simples marcheurs à mains nues sont tués, blessés, décapités sans la moindre poursuite judiciaire. Pourquoi ? Eh bien, c’est la faute à l’opposition ! Elle est responsable de ces tragédies dignes des époques barbares.

De hauts responsables politiques sont persécutés, arrêtés et jetés en prison sans procès tandis que d’autres sont assignés en résidence surveillée. Les plus chanceux sont contraints de fuir en exil. Le plus célèbre des exilés, l’ancien fils devenu jeune homme, est raillé pour ses ultimatums sans lendemain et doit user de ruse pour ne pas tomber dans les filets de la justice internationale.

L’ancien président déporté, finalement blanchi par celle-ci à l’issue de son procès, peut rentrer quand il veut, mais il doit subir la rigueur de la loi nationale. Tout de même, il doit attendre plusieurs mois pour avoir un passeport ordinaire, à plus forte raison un passeport diplomatique.

Des contestations ? Il sait aussi y faire ! Dans l’œuf, il tue les actions de la communauté internationale en mettant les médias et certains hommes politiques dans sa poche, à coup de diner et d’autres choses. Hésitante au départ, celle-ci se résigne finalement à l’adouber au grand dam des 90% d’Ivoiriens qui ont refusé de participer à sa parodie d’élection. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que le président de la grande république « gauloise » en arrive à déclarer que la Constitution de son ancienne colonie peut être violée, et ce par devoir ? Toujours est-il que nos ancêtres les Gaulois étaient bien présents, lors de la comédie d’investiture, avec un ancien président dans les filets de la justice de son pays et le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, visage contemporain de la françafrique.

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L’homme a pu se faire investir sous haute sécurité, dans la terreur, sans qu’une mouche n’ait le courage de voler. Qu’il ait prêté serment sans son vice-président à qui, pourtant il s’est adressé, de façon hallucinante, lors de son discours, qu’est ce qui peut bien étonné de lui aujourd’hui ?

Une première violation de la loi fondamentale, ou du moins mille premières violations, en appelle bien d’autres. Son gouvernement sortant de l’ancienne mandature continue-t-elle de gouverner dans la nouvelle, sans que l’on songe à sa démission ? C’est quoi le problème, puisque c’est le même président, même si ce n’est pas la même république censée faire table. Et, d’ailleurs, au cas où on ne l’aurait pas compris, il y a bien longtemps que notre pays n’est plus une république, mais un empire ou un royaume.

En effet, c’est dans une monarchie que le prince se trouve au-dessus de la Constitution et des lois. Or, notre cher président est dans les faits bien au-dessus de la Constitution et des lois. A-t-on déjà oublié qu’il ne s’agit pas du même monde, puisque tout est nouveau sous le nouveau soleil de la monarchie ou de l’empire ?

D’ailleurs, pour mieux narguer la trop molle opposition bâillonnée, un simple réaménagement technique du gouvernement intervient en lieu et place de sa démission et de la formation d’un nouveau. Ainsi, dans la foulée un ministre de la Réconciliation nationale est nommé. Et coup de chapeau, c’est le faire-valoir ayant recueilli 1% des voix des 10% de votant qui doit réconcilier les 25 millions d’Ivoiriens !

Y a-t-il preuve plus patente que l’homme n’a jamais voulu de la réconciliation et de la paix dans ce pays ? Y a-t-il signe plus évident que le dialogue initié avec l’opposition n’est que de la poudre aux yeux?

Tous ces signes parlent plus fort que tout ce que dit et fait l’homme. L’opposition le sait, le roi est nu. La communauté internationale le sait : le roi est nu. Mieux, les thuriféraires-suiveurs-griots-fous-du-roi le savent : le roi est nu. Le roi lui-même le sait : le roi est nu. Mais, le roi avance. Il défie tout le monde, décidé à ne point laisser paraître le moindre trait de faiblesse. Il sait, sans doute, qu’il est allé trop loin. Il veut peut-être s’arrêter, mais il faut qu’il se montre sûr de son pouvoir, de sa force, de sa puissance. Alors, il continue d’avancer, encore et encore… Jusqu’à quand ?

KOUAME Yao Séraphin

Maire et délégué PDCI-RDA de Brobo

Chercheur en Science politique

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