Côte d’Ivoire/Corruption, repli identitaire, retrait des tabourets, découpage électoral: “La Norme sous le RHDP”!

Ce que nous convenons de qualifier de “La Norme sous le Rhdp” est ce qu’est devenue l’ivoirité par la volonté tenace et farouche des adversaires politiques du PDCI-RDA entre 1993 et 1999. Ces adversaires qui, en réalité, avaient peur de la beauté naturelle de l’ivoirité, l’ont enlaidie en tirant profit des vilains sentiments qui accompagnent ses imperfections (subjectives ?) également naturelles. C’est ainsi que ce qui devait être l’unique moteur culturel de la Côte d’Ivoire s’est vu imposer  le troc de la xénophobie. Or l’ivoirité, dans sa conception originelle, n’était rien d’autre qu’un concept culturel voulu et pensé par un groupe d’intellectuels proches (en général) du parti. Il devait, à l’instar de certains concepts de la même nature, promouvoir, à l’échelle nationale et internationale, les qualités culturelles au travers desquelles les Ivoiriens se reconnaitraient et devaient être reconnus par le regard de l’autre. Son semblable ! Aujourd’hui (1999 à ce jour), avec les faits politiques (successifs) dans lesquels le commun des Ivoiriens ne se reconnait pas, il y a comme l’émergence d’un concept de substitution. Vu que j’ai du mal à cerner la nature et la destination exacte de ce concept en laboratoire avec le même cahier des charges que les recherches (urgence) sur le vaccin contre la COVID-19, j’aimerais me joindre à vous afin qu’ensemble, nous puissions identifier et commenter les axes majeurs. Ici, contrairement au premier (Ivoirité) dont la sphère d’actions avait été circonscrite, celui-là, par son impréparation intellectuelle et sa destination finale, semble équipé de plusieurs mains pour embrasser large. C’est en cela qu’il est un concept hybride voire hirsute ! Un concept attrape partout que nous baptisons volontiers, « La Norme sous le RHDP ».

AU TITRE DES AXES MAJEURS :

1- Le repli identitaire. Dans les années qui ont précédé son accession au pouvoir d’Etat, on avait soupçonné les gens de comploter contre les gens. Cette suspicion avait tendance à mettre notre pays face à lui-même, étant entendu que nous pensions que l’œuvre de brassage nationale qui a été l’un des labeurs le plus abouti du père de la nation était tellement bien implanté, qu’aucun vent de quelques puissances ne pouvait l’ébranler. A cette époque, la formule mémorable a été : « On ne veut pas que je sois candidat parce que je suis du Nord ». Par ailleurs, dans la continuité, il y a eu la « charte du Nord » !

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2- « Je frapperai ce pouvoir et il tombera ». Malheureusement, après avoir prédit la chute du régime de Bédié, celui-ci, au moment où on s’y attendait le moins, le jour de la veille de la naissance de Jésus en 1999, une junte militaire commandée par un certain Guéi Robert alias Bob, a pris le pouvoir. Plus tard, quelqu’un a menacé : « Si c’est un coup d’Etat du RDR, dites-le  nous » ?

3- Le découpage électoral. Nul ne sait à quels critères il répond. Tant les disparités d’une région à une autre et leur dotation en nombre d’élus, fait jaser les uns et les autres. Parfois on a l’impression que devant le petit nombre d’une région en population, une compensation est faite en lui accordant le plus grand nombre d’élus. En revanche, celles dont les populations culminent en termes de nombre d’habitants, doivent resserrer les rangs autour d’un nombre d’élus qui doivent se reprocher d’être beaucoup trop. A ce jeu-là, si chaque homme qui arrive au pouvoir doit ajuster le nombre des élus à son échelle de besoins politiques, il va sans dire que, tôt ou tard, on va travailler juste pour payer nos honorables députés et sénateurs ! Car en dehors de critères consensuels définis par toutes les parties prenantes, quelle région va accepter de se faire déposséder à défaut de le faire grimper, de son nombre d’élus du « peuple » ? Avant 1980, le Père de la Nation, pour couper court aux commérages « injustifiés », désignait ses députés ! Et ça marchait !

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4- La corruption : En Côte d’Ivoire, tous les secteurs de la vie publique qui se retenaient et se détournaient par pudeur de cette horrible pratique, en plus des deux bras, mais des deux pieds aussi, y accourent désormais. Un matin au réveil, on va nous distribuer des mises en demeure qui auront ceci comme message : « Je vous exhorte à prendre toutes les dispositions utiles en vue de débarrasser le plancher du District d’A… dans les meilleurs délais ». L’objet de la mise en demeure pourrait être formulé comme suit : Mise à disposition du territoire. A propos, qu’est devenue la cérémonie (signal fort hélas trop tôt disparu) de signature de la charte d’éthique à laquelle étaient soumis tous les ministres ? Je rappelle que l’introduction de cette charte visait à lutter contre la corruption et le népotisme ! En effet, à ces débuts en 2011, elle a fait de grosses victimes, qui, plus tard, grâce à un système de « renforcement des capacités » de ces cadres éjectés pour défaut de bonne moralité, ont été réadmis pour le service national. Après l’exemple (bon) inachevé du gouvernement, toute l’administration, dans ses démembrements les plus « mineurs », ont leur texte sur la moralisation en milieu professionnel.

5- Les alliances politiques : Belles et luxuriantes après 2011, la halo de lumière des alliances politiques, faute de remplacement des ampoules, s’est éteinte. Et depuis, l’obscurité et son épaisse bâche noire ont pris possession des lieux. Tous les amis qui avaient autrefois les deux pieds et la tête dans la case, sont ressortis précipitamment pour rejoindre le domicile de leurs parents !

6- Le retrait des tabourets : On peut penser que le retrait des tabourets aux anciens amis est le prolongement naturel du rattrapage ethnique. Eh bien non ! l’un n’appelle pas l’autre. Ce sont en réalité deux chemins de fer totalement indépendants l’un de l’autre. Par contre, le train peut passer d’un rail à l’autre et vice-versa. Tout dépend du professionnalisme de l’aiguilleur !

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7- La justice des vainqueurs : En réalité, tout est une question de temps. Il suffit d’attendre que les amis d’hier  deviennent les adversaires d’aujourd’hui. De sorte que ceux qui ont échappé, hier, deviennent des proies pour la justice nationale et internationale ! Arrêtons d’être rabat-joie !

8- La conscience du devoir : Elle nous impose à sauvegarder l’essentiel de nos acquis politiques et sociaux, en reportant à  d’autres occasions, le respect de la loi fondamentale. Dans l’idée, il s’agit d’un divorce momentané. Dans la foulée, le refus patriotique du peuple à accompagner  cette forfaiture, lui a coûté et valu de perdre des têtes et non des moindres ! De sorte qu’aujourd’hui, il y a une espèce de divorce entre le peuple et le pouvoir.

Au terme de notre devoir du jour, l’exercice ne consiste pas à donner ma préférence à l’un (défunt) ou l’autre (en couvaison), par rapport à ces concepts. Mais plutôt d’agiter le torchon rouge qui signale sa présence dans notre environnement. Politique. Social. Culturel. Ainsi si on n’y prend garde, notre subconscient pourrait l’implémenter à dose infinitésimale jusqu’à atteindre le seuil critique. Ce n’est pas encore un danger, mais il s’agit de l’appréhender et de juger de son établissement en tant que valeur certaine en vue de sa probable nationalisation !« La Norme sous le Rhdp » est un projet qui a l’avantage d’être expérimenté dans un environnement qui lui est hostile culturellement. N.B. : Au commencement, « La Norme sous le Rhdp » faisait tourner toutes les têtes, après dix, bientôt quinze ans de tutoiement du pouvoir, il ne fait tourner aucune tête !

KONE Kobali

Libre auteur, créateur

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