Coronavirus/Destruction du centre de dépistage de Yopougon-BAE (Récit): Toute la vérité, les raisons profondes du soulèvement des populations… 18 individus interpellés

Coronavirus/Destruction du centre de dépistage de Yopougon-BAE (Récit): Toute la vérité, les raisons profondes du soulèvement des populations… 18 individus interpellés

Cette image est prise entre les deux cités de la BAE de Yopougon, on remarque le batiment à droite qui servait de restaurant aux étudiants avant de devenir cité BAE. Crédit Photo: Abidjan.net

Un calme précaire règne actuellement au quartier Toits-Rouges de Yopougon où des populations s’étaient soulevées pour dire non à la construction d’un centre de dépistage précoce au stade de la Brigade anti-émeute (BAE). Les forces de l’ordre veillent, les populations aussi. Que s’est-il passé pour que ces populations d’habitude paisibles se soulèvent et veuillent casser les installations en cours de construction? Nous avons parcouru les points chauds pour en savoir davantage, lundi 6 avril, de 9H à 11H. Du carrefour Koweit où il y avait une course-poursuite entre policiers et manifestants, nous avons traversé les odeurs suffocantes des bombes lacrymogènes pour aller aux carrefours Ghandi et Sapeurs pompiers militaires, avant de nous retrouver au stade de la BAE où le centre de dépistage est en construction. Le gouvernement a encore mis la charrue avant les bœufs.

LES FAITS

Habituées à des cérémonies géantes de prières en ce stade de la BAE avec des grands podiums et des chapiteaux gigantesques, les populations riveraines dudit stade ne se sont pas inquiétées dans le premier temps croyant à une grande cérémonie de prière. Mais contre toute attente, elles se révoltent sans crier gare.

Ecoutons Simon K.G, un jeune parmi ceux qui ont cassé les installations. «Nous croyions que c’était un camp de prière chrétienne qui se construisait. On est habitué à ça. Mais c’est quand des éléments de la police nationale habitant la Cité BAE sont venus nous voir pour nous dire que c’est un centre de confinement et de suivi des malades du coronavirus que le gouvernement est en train de construire en y ajoutant que la population ne doit pas accepter cela, que nous nous sommes soulevés pour dire non», nous a-t-il confié avant d’ajouter que «c’est avec la complicité des policiers de la BAE et des gendarmes du camp de gendarmerie que nous avons commencer à casser les installations et brûler des pneus et des tables entre les deux cités-mêmes de la BAE. Ils nous ont dit qu’on distribue des vivres et autres éléments de protection à Abobo et à Korhogo, et c’est chez nous qu’on veut envoyer des malades ? Ne l’acceptez pas.»

Nous avons tenté de prendre la version des agents de la police nationale et ceux de la gendarmerie. Mais, personne n’a voulu s’exprimer. Toutefois, des gendarmes et policiers faisaient des commentaires que voici : «Le préfet est arrivé et il a clarifié les choses. Sinon, comment comprendre que nous qui devrions assurer la sécurité de ce centre n’ayons même pas eu la plus petite information ? C’est de la foutaise. Il fallait que la population dise NON, pour qu’on soit informé. C’est pourquoi on a laissé faire». Ceci explique cela.

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DEFICIT DE COMMUNICATION DES AUTORITES

Les agents techniques qui continue enfin de bâtir le centre nous ont mis en contact téléphonique avec un responsable du ministère de la santé qui nous dira : «Nous reconnaissons que nous avons commis une grosse erreur. Celle de sensibiliser les populations environnantes avant la construction de ce centre de dépistage. Mais, aidez nous à leur faire comprendre que c’est dans leurs propres intérêts que ce centre est construit. C’est juste un centre de dépistage qu’on veut rapprocher des populations. Si chaque personne habitant aux alentours de ce centre se sens malade, elle pourra se rassurer en allant se faire dépister gratuitement du Covid-19. Ce centre sera équipé pour réduire le temps d’attente des résultats des prélèvements. On obtiendra son résultat en 45 minutes après le prélèvement. Si vous êtes positifs, vous ne resterez pas dans ce centre, mais une ambulance vous conduira en toute sécurité vers un centre de soins ou d’observation. Ce centre permettra un dépistage précoce pour vite guérir si jamais vous êtes atteints.» Sensiblement ce qu’a dit le préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi qui était sur les lieux pour parler et rassurer les populations.

18 INDIVIDUS INTERPELLES DEVANT LES TRIBUNAUX

Un important détachement des forces de l’ordre a été déployé dans tout le quartier pour ramener la quiétude.

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Heureusement, un calme, tout au moins, précaire est revenu après des interventions du Préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi… et des forces de l’Ordre. Et selon le Commissaire Bleu Charlemagne, porte-parole de la Police nationale, «18 manifestants ont été interpellés et répondront de leurs actes devant les tribunaux».

Il faut rappeler que dans le cadre de la riposte contre le Covid-19, les autorités avaient décidé du choix des sites du Chu de Yopougon pour accueillir des cas suspects et infectés, le stade Jesse Jackson ayant été choisi pour des prélèvements… Avec du matériel préfabriqué, le site du Chu de Yopougon devrait accueillir  160 lits dont 14 en Réanimation. Toujours dans le cadre du même projet, l’hôpital d’Anyama avait été désigné pour des travaux des réaménagements avec du préfabriqué pour accueillir 140 lits. Il y a l’hôpital militaire à Abobo, le Chu de Cocody, le Parc des sports de Treichville et le Vitib de Grand Bassam… En aucun moment il a été question du site du Stade de la BAE, c’est ce qui a révolté les populations qui ont dénoncé un défaut de communication et d’information.

Gilles Richard OMAEL

(Crédit photos: Abidjan.net

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