Bondoukou : Une exploitation minière étouffe les populations… L’environnement et le bien-être passés par pertes et profits, l’État a-t-il cerné tous les dangers ?

Bondoukou : Une exploitation minière étouffe les populations… L’environnement et le bien-être passés par pertes et profits, l’État a-t-il cerné tous les dangers ?

L’Etat de Côte d’Ivoire a renouvelé le permis d’exploitation de l’entreprise minière Bondoukou Manganèse SA (BMSA) le 8 mai 2019, pour une durée de 10 ans. Le gouvernement, dans cette affaire, semble ne s’être intéressé qu’au gain financier. L’environnement, le bien-être des populations passé par perte et profits ?
Nuisance sonore, vibration, pollution atmosphérique due à la poussière, risques d’éboulement, destruction de plantations… autant de griefs des riverains du site d’exploitation de la mine de manganèse de l’entreprise BMSA, à 22 km de Bondoukou. Le Pachyderme qui s’est rendu sur place a pu faire quelques constats. Entre autre, la proximité du village de Similimi, quasi enclavé en raison des activités de la mine. Pour s’y rendre, il va faloir passer entre les engins de l’exploitation, à la manœuvre, l’autre voie d’accès étant rendue impraticable par le sable et autres rejets provenant du site.

LA DURE REALITE DU TERRAIN
Que ce soit sur le site d’exploitation du minerai comme sur le site de traitement, les belles promesses de BMSA quant au respect des règles environnementales et au bien-être des populations laissent à désirer. A Similimi, la proximité avec la mine a changé la vie des habitants qui côtoient au quotidien le danger, sans assistance.
L’Eléphant a été ‘‘victime’’ de la poussière, témoin de dégâts des éboulements dans des plantations, de chutes de roches à Similimi et de coulées de boues issues de l’usine de traitement, qui menacent les terres et cours d’eau environnant lors de son passage le 25 octobre dernier dans la zone.
Face à la situation qui empire de jour en jour, la chefferie a écrit au sous-préfet de Bondoukou, en mai dernier, pour l’informer et demander un constat des services compétents. La chefferie évoque notamment deux cas. Celui de M. Koffi Kouman, sauvé de justesse de l’éboulement de terre stérile sur sa plantation et celui de Mme Atta Abenan Kra dont les terres et les cultures sont détruites par les travaux de BMSA.
Les enquêteurs commis par le sous-préfet ont consigné dans leur rapport, les plaintes des populations, tout en relevant quelques manquements de BMSA : « les géologues de l’entreprise, dans le cadre de la recherche minière, font des trous béants d’environ quinze mètres (15m) de profondeur et trois mètres (D3 m) de diamètre dans les plantations sans même prendre la peine d’informer les propriétaires. Ces trous recueillent une partie des anacardes qui tombent après leur maturation et représentent un danger pour les paysans et surtout leurs enfants; ces populations se plaignent aussi de la disparition des animaux (cabris) qui tombent dans ces galeries laissées par les entreprises.
Certaines personnes ont déploré que pendant les destructions de culture par la société Bondoukou Manganèse S.A (BM-SA), la procédure n’a pas été respectée car on a constaté des cas récents où les propriétaires n’ont pas été informés. Il convient de rappeler que selon la règle normale, les propriétaires des cultures et/ou des plantations à détruire soient indemnisées avant tout destruction. Il s’agit de Madame Atta Abenan Kra (représenté par son fils Tano Kouakou Félix), Messieurs Adou Kouassi Mathieu (fils du chef de village) et de Kouadio Kra Samuel;
Les plaintes ont porté sur la poussière qui selon les populations est intensifiée en saison sèche surtout en période d’harmattan et aussi le bruit des machines qui extraient le minerai et des véhicules qui en assurent le transport. La nuit, ces bruits sont beaucoup plus ressentis car ils continuent jusqu’à vingt-deux (22 h) heures ».
De la conclusion du rapport de constat que le pachyderme a pu se procurer, il ressort que même si les villageois ne sont pas en palabre avec la société Bondoukou Manganèse S.A, les responsables, de par leur attitude, n’ont pas de considération pour eux.
Ceux-ci prétendent que leurs réelles préoccupations ont été mentionnées aux rencontres du Comité de Développement Local Minier (C.D.L.M). Et souhaitent vivement que des solutions soient trouvées à ces problèmes posés, qu’ils trouvent assez récurrents, pour le reste.

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DES RECOMMANDATIONS QUI NE LAISSENT PAS DE PLACE AU DOUTE
Les préoccupations du village de Similimi seront-elles prises en compte par les autorités ? En tout cas, les recommandations des rédacteurs du rapport, issues de la Direction régionale de mines et de la géologie et de la direction régionale de l’environnement et du développement durable le laissent penser. « la société doit rendre la digue étanche en vue d’éviter les chutes de roches et les éboulis ; les trous abandonnés doivent être refermés et ceux qui semblent être utiles doivent être balisés et matérialisés ; les travaux sur la voie reliant les deux (2) quartiers du village doivent être accélérés en vue d’éviter les coulées de boue dans les cours d’eau ; autour de la zone de traitement de minerais, une digue doit être construite afin d’éviter les coulées de boue vers les cours d’eaux et les plantations situées en aval ; chaque propriétaire de plantation doit être prévenu avant tout démarrage d’activités sur ses parcelles ; la société devra procéder aux indemnisations des cultures détruites et désormais indemniser les cultures avant toute destruction ; quant à la poussière, la société doit procéder de manière régulière (deux (02) fois par jour) à l’arrosage des voies ; concernant les bruits et les vibrations, nous attendons les résultats de la mission du Centre Ivoirien Anti-Pollution (CIAPOL) du Ministère de l’Environnement et du Développement durable, effectuée en mai 2019 ».

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LA DELOCALISATION, LE REVE DE BIEN-ETRE
La proximité de Similimi avec le site d’exploitation de BMSA fait de lui un village enclavé où le rêve de développement est une chimère. Pas d’adduction d’eau potable, une école de fortune de trois classes, un cours d’eau en contrebas du village qui sert pour la consommation et les autres besoins, des dépôts de terre…. C’est le spectacle qui s’offre au visiteur en y arrivant. « Depuis que la mine est là, il y a eu un grand changement, surtout au niveau de l’agriculture. Nos rendements ne sont plus comme avant. Et la mine aussi a détruit des champs. En plus de cela, la rivière que nous utilisons est polluée par les eaux de ruissèlement de la mine. Nous n’avons pas de pompe hydraulique donc, nous sommes obligés de faire avec. Et avec la dynamite qu’ils utilisent, ça fait trembler la terre ; beaucoup de maisons sont tombées. Pendant la saison sèche, la poussière envahit le village et nous rend malade. On n’est plus à l’aise comme avant. Nous demandons une délocalisation pour nous permettre de mieux vivre et voir grandir nos enfants dans un environnement sain », confie le chef du village de Similimi, entouré de ses notables et de quelques villageois.
Les autorités administratives de la région connaissent les réalités de ce village, le seul des 14 villages impactés par l’implantation de la mine qui en souffre le plus. Le 4 mai 2018, le secrétaire général de préfecture de Bondoukou avait fait une sorte de plaidoyer afin d’obtenir un appui du ministère de la Salubrité afin de procéder à la délocalisation de Similimi.
Dans sa note sur laquelle le pachyderme a mis la patte, l’administrateur y explique ceci : « (…) La société Bondoukou Manganèse S.A (BMSA) est proche du village de Similimi d’environ deux cents mètres (200 m) dans la sous-préfecture de Bondoukou, département de Bondoukou. Afin d’éviter tous risques que peuvent courir les populations de ce village (risques d’éboulements, accidents, pollution, etc. Je viens par la présente solliciter votre appui à travers vos services techniques compétents en vue de la délocalisation de ce village », peut-on lire dans le courrier aussi adressé aux ministères de l’Environnement et celui des Mines et de la Géologie en ampliation. Mais depuis lors, rien n’est fait.
Le patron de BMSA, M. Barik Narenda a, pour sa part, déclaré à l’Eléphant que si délocalisation il doit y avoir, cela est du ressort des autorités ivoiriennes.
« Le village étant à moins de 480 mètres de la station de tamisage, à 710 mètres du site d’extraction actuelle et à 20 km de la station de lavage, de criblage et de stockage du minerai, ne peut pas être considéré comme une zone d’interdiction au sens strict de la loi minière en vigueur. Cependant, BMSA n’a pas le droit de mener des activités minières dans le village à moins de le déplacer », répond le directeur général de la mine et de la géologie à qui le pachyderme a demandé si le village ne pouvait pas être considéré en zone d’interdiction pour être délocalisé.
Le ministère de l’Environnement et du développement durable dont dépend l’ANDE et le CIAPOL n’ont pas daigné répondre au courrier de l’Eléphant.
Comme si les nuisances que subissaient Similimi du fait de l’extraction du minerai n’étaient pas réelles et devaient se compter au mètre près.

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BMSA PAS BLANC COMME NEIGE
Le Directeur général de BMSA Barik Narenda que nous avons rencontré à ses locaux le 6 novembre dernier croit dur comme fer qu’il agit bien. Sur toutes les préoccupations posées par l’Eléphant, notamment liées aux nuisances sonores, l’environnement, les coulées de boues… il s’est voulu rassurant, documents à l’appui, pour battre en brèche les questions posées. A son actif, selon lui la construction et la réhabilitation d’écoles et autre infrastructures dans la région. Sauf que pour s’être rendu sur place, le Pachyderme a pu voir, en temps réels la réalité de certains faits. Notamment les coulées de boues qui impactent les sites mitoyens à l’usine mais aussi les chutes de terre sur le lieu d’extraction proche de Similimi.
Les autorités gagneraient à être plus regardantes sur la conduite réelle des activités de la mine et jauger leur impact sur la vie des populations. Les comités de développement local minier ne sont pas forcément outillés pour faire face à une entreprise qui ruserait avec les lois.
Le rapport de constat commandité par le préfet vient rappeler, si besoin en était encore que les nuisances invoquées ne sont pas une vue de l’esprit et qu’il y a urgence.
Gérard Koné, in L’ELEPHANT DECHAINE N°662

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