Arguments de principes contre arguments terre-à-terre (Edito d’Assalé Tiémoko)

By: Africa Newsquick

Assalé T

 

La Côte d’Ivoire est un pays vraiment curieux avec des politiciens que sans doute, le monde entier nous envie. Bientôt, on devrait pouvoir en exporter vers d’autres pays pour y semer les graines de la désolation et du désordre organisé.

Au FPI, sur fond d’un tribalisme qui a du mal à cacher son visage, deux tendances s’affrontent pour savoir l’attitude à adopter face à l’élection présidentielle de 2015 qui se profile à l’horizon. Une tendance dite «modérée», voire timorée, conduite par Affi N’guessan, ne verrait pas d’un mauvais œil, une participation du FPI à cette élection, histoire de montrer au monde entier ce que compte le parti sans Laurent Gbagbo et surtout-l’argument a été développé il y a quelques jours par Alcide Djédjé, dernier ministre des Affaires étrangères de l’intrépide Gbagbo-trouver les moyens d’une lutte efficace pour la libération de Laurent Gbagbo. Parce que, ajoute-t-il, pour aider à la libération de Gbagbo, il faut pouvoir discuter avec des gens qui ont contribué à son arrestation. Or, sans avoir une parcelle de pouvoir, ne serait-ce même qu’au niveau du Parlement, on ne peut avoir aucun moyen de pression. L’argumentaire d’Alcide Djédjé, dans la même mesure, est soutenu par Amani N’Guessan, ancien ministre de la Défense de Laurent Gbagbo. Lequel pense que pour sauver Gbagbo, il faut sauver d’abord le FPI, donc le FPI doit exister politiquement c’est-à-dire participer à la vie politique de la nation. C’est donc « le FPI d’abord, Laurent Gbagbo, après ».

A cette tendance, s’oppose la branche radicale du parti, conduite par Simone Gbagbo depuis la prison, agissant par la voix d’Akoun Laurent et Alphonse Douaty et autres vedettes. Pour eux, les choses sont claires. «Pas de Gbagbo, pas de paix ou de vie en Côte d’Ivoire». « No Gbagbo, no peace ». Leurs arguments ? Tout ce que qui se dit et se fait au FPI doit transpirer le nom de Gbagbo. Pas un discours qui ne soit truffé du nom de ce dernier et pas question pour le FPI, tant que celui-ci sera en prison, de participer aux débats politiques dans le pays et, encore moins, de participer à une quelconque élection organisée par le régime de sa majesté Alassane Ouattara 1er. Car, selon eux, toute participation du FPI à une élection et notamment l’élection présidentielle, serait une légitimation du pouvoir Ouattara et, pire, une trahison à l’égard de Gbagbo Laurent. Pour eux, le simple fait pour Affi N’Guessan, le Président du parti, de discuter avec le régime est en soi une trahison de Laurent Gbagbo. Et quand Affi N’Guessan ose parler d’une éventuelle participation du parti à l’élection présidentielle, il achève de les convaincre qu’ils n’ont pas d’autre choix que de le bouter hors de la tête du parti. Au prochain Congrès ordinaire du parti qui est prévu pour le mois d’octobre et qui s’annonce sanglant, la branche radicale veut y élire-n’en jetez plus-en lieu et place d’Affi N’Guessan, l’intrépide Gbagbo, comme le Président du parti. Et les champions qui ont sorti cette idée, pour tenter de la justifier, invitent les uns et les autres à un voyage en Afrique du Sud, à l’époque de la lutte de l’ANC contre le « pouvoir blanc » concepteur de l’apartheid et qui tenait entre ses serres, feu Nelson Mandela :

« (…) En Afrique du Sud, Mandela est resté le Président de l’ANC pendant les vingt-sept années qu’il a passé en prison. Et puis, le parti a fait de sa libération son seul combat. Il a mené la lutte sans merci contre le régime de l’apartheid. Il ne s’est pas compromis en discutant avec les bourreaux… » Donc pas de discussion avec le régime Ouattara. Et qu’est-ce qu’une telle attitude changera à la situation de Gbagbo, à moins que le FPI ne fasse un coup d’Etat pour récupérer «son pouvoir» ?

L’argument est si «terre-à-terre» que «Notre Voix», le journal officiel du parti, s’est élevé dans sa livraison d’hier dans un article intitulé « pour comprendre la crise au FPI, comprendre la lutte de l’ANC », pour recadrer les choses. Et le quotidien « bleu » d’écrire:

« (…) A la vérité, les choses ne se sont pas du tout passées comme ça. La vérité est que Mandela n’a jamais été président de l’ANC avant et pendant le temps qu’il a passé en prison. Il n’est devenu le patron de l’ANC qu’en 1991 après sa sortie de prison…»

Dans un autre article intitulé «candidature du Président Gbagbo à la présidence du FPI : les problèmes que pose l’appel de Mama», le confrère s’est attelé à démontrer que ce ne sont pas des fils du village natal de Gbagbo qui ont lancé cet appel puisque les « premiers responsables du FPI à Gagnoa n’en avaient pas connaissance. A savoir le ministre Dano Djédjé et Marie-Odette Lorougnon, vice-présidents du FPI, les secrétaires nationaux chargés de la région du Gô, Barthélemy Oréga et Bill Gbalou, et le secrétaire national chargé du commerce, Martin Sokouri Bohui».

Pour le confrère, vouloir faire de Laurent Gbagbo un candidat au poste de Président du parti, «n’est pas un appel heureux, il contient des germes de division…» A-t-il conclu avant d’inviter tout le monde au futur Congrès. D’ici là, le parti reste divisé en deux tendances diamétralement opposées. Et rien ne permet de penser que le Congrès rapprochera ces deux tendances, quelle que soit la décision qui sera adoptée.

Au PDCI aussi, deux tendances s’affrontent en ce moment. Le responsable de cette situation ? Bédié et son fameux appel de Daoukro. Un appel unilatéral à faire du Président Ouattara, en violation des résolutions du dernier Congrès du PDCI, le candidat unique à l’élection présidentielle de 2015.

Depuis, le parti est secoué par une fronde qui gagne du terrain, malgré les éléments de langage servis à quelques barons pour divulgation massive afin que les militants acceptent l’appel. Pendant qu’une tendance appelle au respect des principes et des textes du parti, l’autre tendance sort plutôt des arguments renversants.

« (…) Quand le chef a parlé, c’est fini. Quand le chef a parlé, on ne dit pas non. Bédié a parlé parce qu’il voit certaines choses que nous ne voyons pas. Alors faisons lui confiance. S’opposer à la candidature unique, c’est la sorcellerie. Ceux qui le font sont des sorciers… » A tonné la détectrice de sorciers, Koné Colette qui, comme chacun le sait, était au Congrès mais n’a sans doute pas entendu Bédié dire qu’il est impossible que le PDCI n’ait pas son candidat en 2015.

Dans la même veine, Guikahué, le secrétaire exécutif du parti s’est exprimé : « (…) Quand Bédié est assis, il voit plus loin que moi Guikahué débout derrière lui. Même s’il s’assoit, il voit encore plus loin que moi. Donc c’est un monsieur comme ça qui a dit, élection de 2015, laissons et en 2020, on va prendre… »

Des arguments «terre-à-terre» qui ne peuvent convaincre même leurs auteurs. La preuve, 19 délégations vont être envoyées à travers le pays pour expliquer les raisons qui ont poussé Bédié à agir ainsi.

On espère que ce travail (locations de véhicules, carburant, frais de bouche, frais d’hôtel, dons divers aux chefs, etc.) ne sera pas fait, aux frais des Ivoiriens.

Puisque le RDR, après son dernier Bureau politique, a salué l’appel de Daoukro. D’où cette « Une » exaltée de « Le Patriote » dans sa livraison du mercredi 8 octobre : « Le Bureau Politique du RDR salue l’Appel de Daoukro : Grand merci, N’Zuéba ».

Grand merci à tous aussi, de montrer au monde, que la politique, ce sont les politiciens qui en vivent et le peuple qui en meurt…

A.T

Laisser un commentaire

Agenda

octobre 2017
D L M M J V S
« Sep    
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031  

Archives

Directeur de publication Gérant : Guy Tressia

Contact: +225 08322110/40007513

Email: guytressia@gmail.com

Abonnez-vous à africanewsquick par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à africanewsquick et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Rejoignez 9 854 autres abonnés

Retour vers Haut
Optimization WordPress Plugins & Solutions by W3 EDGE