Bounkani : Les dessous d’une crise profonde, Ouattara doit se réveiller!

By: Africa Newsquick

ADO 12Bounkani : Les dessous d’une crise profonde, Ouattara doit se réveiller !

Après les heurts qui ont eu lieux en début du mois de mars à Assueffry dans le département de Transua, région du Gontougo, c’est au tour de la région du Bounkani d’être en ébullition. Les deux régions, qui forment l’ancienne et future région du Zanzan, sont à l’épreuve du sang. Trois morts à Assueffry, 22 morts dans le Bounkani, avec plus de 40 blessés et 5000 déplacés…

 

D’un conflit éleveur/cultivateur à une «guerre» intercommunautaire

Le jeudi 24 mars 2015. Des informations font état de ce que la région du Bounkani a enregistré 05 morts du fait d’une rixe entre éleveurs et cultivateurs dans la sous-préfecture de Bouko, village de l’égérie du gouvernement, Nialé Kaba. Ce type de conflits, dans cette partie du pays où cohabitent éleveurs et cultivateurs, est récurrent. Mais cette fois, il va prendre d’autres proportions aux conséquences presque difficilement maîtrisables par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) appuyées par l’opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Le bilan fait froid dans le dos: au moins 22 morts, en 48 heures, dans les localités de Bouna (chef-lieu de région), Saye, Ditoureouo, Yalo et Sitedouo. Cinq éléments des forces de l’ordre ont péri, sur le théâtre des opérations. Les populations sont devenues des «déplacés de guerre» dans leur propre région. Certaines zones sont interdites à certaines communautés. On se croirait au Rwanda ou au Burundi, à l’ère du génocide! Un pogrom à l’ivoirienne! Comme si les 3000 morts de notre guerre «stupide» de la crise postélectorale ne nous ont pas servi de leçon.

 

Des murmures dans les Soukoula, et hop!

Dans les causettes, des choses se trament. Un besoin solide d’une autonomisation au niveau de la chefferie. Les choses vont s’accentuer ces derniers moments, selon des indiscrétions, avec une éventuelle  désignation d’un représentant des têtes couronnées de la région, au nom du Bounkani, à l’assemblée des rois et chefs traditionnels créée par décret en mai 2015, en réunion extraordinaire du Conseil des ministres tenue à Odienné. Laquelle assemblée des rois et chefs va comprendre 216 personnes, à raison de deux personnes par département. Le directoire de 35 membres aura un bureau qui va être composé de 11 membres. Dans cette désignation, les Lobi, selon nos sources, se seraient sentis mis à l’écart. Une situation mal digérée par certains cadres et des élus qui aspirent à la création d’un royaume lobi dans le Bounkani, à l’instar du royaume Brong dans le Gontougo, les rois des N’dènié et Djuablin respectivement à Abengourou et à Agnibilékrou. Ce qui donnerait en définitive un Bouna Massa en la personne de Djarakroroni II et un éventuel roi des Lobi, encore caché dans la Soukala. La rancœur est «cristallisée» autour de cette affaire et on n’attend qu’un élément déclencheur. Des antipathies s’alimentent mutuellement avec l’appui de certains adeptes de la sécession. Dans une telle ambiance avec l’insécurité grandissante et la circulation des armes de tout calibre que «L’Eléphant» avait décrié dans certaines de ses parutions, on devrait s’y attendre. A cela s’ajoute l’activité d’orpaillage clandestin qui, durant plus de 13 ans, a permis à certains d’avoir de puissantes «bandes» entretenues par les seigneurs de guerre et autres bénéficiaires de l’économie de guerre à travers de gros butins.

 

Profusion des mines      traditionnelles à Doropo

Dans le département de Doropo (712 km d’Abidjan), l’or (les pierres précieuses) est exploité par plusieurs groupes. Il y a, bien entendu, des nationaux, et comme l’activité est juteuse, elle attire des personnes d’autres nationalités, mais toujours dans la clandestinité. Comme le présente l’état des lieux avant la fermeture (novembre 2015) en grande pompe par les autorités ivoiriennes qui, depuis, n’y ont jamais mis les pieds, pour le suivi. Pendant ce temps l’activité d’orpaillage clandestin bat son plein clandestinement, dans le silence. Commençons par les exploitants nationaux. Trois groupes de personnes ont fait fortune dans l’exploitation de l’or de manière clandestine, dans le département de Doropo. D’abord, le groupe conduit par un certain Issouf Ouattara qui serait le père du chérif Ouattara Issiaka, alias Wattao. Ce dernier est propriétaire de plusieurs sites qu’il met en location et qui lui rapportent des dizaines de millions chaque deux (2) semaines. Ses hommes de mains font la ronde de ses différents sites, deux fois (2) dans le mois. Et récoltent la rançon de ceux qui les louent pour le compte du gourou. A coté de cela, pour les activités d’exploration et de recherche pour voir la teneur en or ou autre type de pierre, les candidats doivent verser au gourou Ouattara, une broutille d’au moins 25 000 000 FCFA. Les choses ne se font pas à moitié. L’or est précieux, il faut donc corser les moyens de sa sécurisation! Ce sont des éléments se réclamant des FRCI qui contrôlent les entrées et les sorties des sites. Sur les sites d’orpaillage, les 6 grammes n’excèdent jamais 90 000 FCFA. Alors que dans la ville de Doropo, la même quantité (6g) n’est pas en dessous de 150 000 FCFA. C’est du business, même clandestin, soit-il. Ensuite, le groupe de Ouattara Abou, connu sous le nom de Abou Danwa. Les activités qu’il mène prospèrent tellement, qu’il tend à s’internationaliser, au point de se rendre régulièrement en Chine. L’amitié qui existe entre lui et les Chinois a permis l’installation de ces derniers, sur certains sites, dans la commune de Danwa. Pour le contrôle et la surveillance de ses différents sites, il a recourt aux services d’une bande se réclamant des FRCI. En plus de lui, son père, aussi, a fait fortune dans l’exploitation de l’or dans son village, à Danwa. C’est donc une affaire de famille! Lors de la «parodie» de fermeture des sites d’orpaillage clandestin en novembre dernier, Abou Danwa, voulant s’opposer à la décision du gouvernement de fermer les sites, a été tenu en respect par les hommes en armes commis à cette tâche. A Kodo, une autre commune du département de Doropo, un certain Ouattara Yacouba, premier chauffeur de la première ambulance de Doropo, propriétaire aujourd’hui d’une compagnie de transport, a réussi sa reconversion dans l’acquisition de sites clandestins d’orpaillage, avec les mêmes manières.

 

 

L’internationalisation de l’affaire…

Ouedraogo Oussouman, connu sous le nom de Monsieur le Maire de la commune de Kalamoum, s’est bâti une fortune dans cette activité d’exploitation de l’or. N’ayant pas, en principe, droit à la terre, selon la tradition scrupuleusement gardée par les propriétaires terriens, il s’est associé à certains natifs de la commune pour avoir le contrôle des sites. Il utilise les mêmes pratiques pour contrôler et surveiller ses différents sites dans la commune. D’autres orpailleurs, venus du Burkina Faso depuis le déclanchement de la crise en 2002, ont aussi fait fortune dans l’exploitation de l’or, dans le département de Doropo. Cependant, une société étrangère, reconnue par le gouvernent ivoirien, est la seule entreprise qui exerce dans la légalité. Cette société a recourt à environ soixante (60) jeunes par jour qu’elle paie 3000 FCFA par individu, et par jour. A la différence des autres qui sont d’ailleurs des clandestins, elle prend le soin de refermer les trous, ce que ne font pas les autres groupes qui opèrent dans le département. Dans le Bounkani, le pillage du sous-sol, systématiquement organisé après l’arrivée des hommes providentiels de 2002, a eu pour conséquence le maintien de groupes armés dans la zone, après le désarmement. A Doropo, tout comme dans d’autres départements du Bounkani, les services des anciens rebelles démobilisés, qui refusent de quitter Doropo, sont sollicités pour la surveillance des différents sites. Les armes, chacun en dispose. En témoigne le bilan des conflits intercommunautaires. Le moins que l’on puisse dire: Président Ouattara, ça ne pas au pays, revenez… «Bouna ne mérite pas ça!»

 

ALI TOURE, in L’Eléphant déchaîné N°434 du mardi 29 au jeudi 31 mars 2016

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