Grand-Bassam (Révélations): Les américains savaient, les Français ont transmis, les Ivoiriens ont mal reçu, Ouagadougou, la nouvelle base des terroristes (L’Eléphant déchaîné)

By: Africa Newsquick

ADO HAMGrand-Bassam (Révélations): Les américains savaient, les Français ont transmis, les Ivoiriens ont mal reçu, Ouagadougou, la nouvelle base des terroristes (L’Eléphant déchaîné)

Il suffit de voir la qualité des ministres français qui se sont déplacés à Abidjan, et l’annonce du positionnement, dans les jours à venir, d’une équipe du «GIGN» français pour comprendre que l’affaire de l’attaque djihadiste sur Grand-Bassam est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Et que les terroristes sont arrivés de Ouagadougou, devenu la nouvelle terre de pèlerinage d’Al-Qaida au Maghreb Islamique.

Officiellement, le déplacement des ministres, Bernard Caseneuve de l’Intérieur et Jean-Marc Ayrault des Affaires étrangères, avait pour objectif de «louer la bravoure des forces de sécurité (ivoiriennes, ndlr). Il faudra redoubler nos efforts pour éradiquer la menace des terroristes. La vie continue et nous mettrons les moyens qu’il faut pour soutenir la Côte d’Ivoire afin qu’elle retrouve son rôle moteur en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire a le soutien de la France», a déclaré Jean-Marc Ayrault. Avant d’ajouter pour les journalistes qui se délectaient de ses propos: «Nous sommes venus adresser un message de solidarité et de consolation à votre pays. Adresser nos condoléances à toutes les familles des victimes. Nous avons eu quatre Français tués. Nous devrons nous défendre face à cette menace avec tous les moyens nécessaires.» Bien noté.

Sauf que, Jean-Marc Ayrault a beau être ministre des Affaires étrangères de la France, il n’avait rien à faire à Abidjan après l’attaque terroriste subie par la Côte d’Ivoire. Sa présence, à Abidjan, obéit à des raisons plus profondes que celles qu’il a servies aux journalistes.

C’est que la réussite partielle de l’attaque terroriste perpétrée à Grand-Bassam est, en réalité, la conséquence d’une très mauvaise coordination dans le traitement d’une information capitale entre les services de renseignements américains, français et ivoiriens.

Les américains savaient, les français ont été informés, mais les Ivoiriens n’ont reçu que des informations parcellaires, et ils n’avaient pas les moyens conséquents pour faire des recoupements plus poussés.

Aqmi (Al-Qaida au Maghreb Islamique) était bien informé, via des complicités internes à Abidjan, qu’un responsable américain, accompagné de nombreux artistes, de certains membres de l’Ambassade des USA à Abidjan, devaient se rendre à Bassam pour une série de rencontres devant commencer à l’Université internationale de Grand-Bassam pour se terminer par un déjeuner à l’hôtel du «Wharf» à 13h30. Et, l’opération a été montée dans le but de tuer l’ensemble des personnes, y compris le haut responsable américain, qui devaient déjeuner dans ledit hôtel à l’espace dit «VIP».

Que s’est-il passé finalement pour que l’opération d’Aqmi échoue, et pourquoi le plan mis en place pour la neutralisation des djihadistes n’a pas correctement fonctionné?

«L’Eléphant» a approché quelques sachants.

Retour sur une affaire aux dessous moins prosaïques qu’il n’y paraît, et qui est le prélude d’une longue période de déstabilisation de plusieurs pays à partir du Burkina Faso.

Un câble diplomatique est mal transmis et c’est le désordre…

Par des câbles diplomatiques, début février, les services de renseignements français ont été informés de l’imminence d’une attaque djihadiste en Côte d’Ivoire, non pas à Abidjan, mais sur la cité historique de Grand-Bassam. Et ces câbles diplomatiques précisaient qu’il s’agissait, non pas d’une opération d’Al-Mourabitoune, mais plutôt d’Al-Qaida au Maghreb Islamique. Une précision qui donnait une idée de l’ampleur de l’attaque qui était préparée.

L’information a donc bel et bien été transmise aux français. L’ont-ils transmise aux autorités ivoiriennes afin que des dispositions soient prises pour la mise en place de mesures de sécurité de nature, non pas à livrer une guérilla dans les rues de Bassam avec les terroristes qui étaient dans le pays depuis plus de trois mois, mais plutôt pour neutraliser le commando afin d’obtenir des informations capitales sur les projets d’Aqmi, affaibli par les opérations des forces françaises dans le Sahel et dont la plupart des éléments se sont réfugiés au Burkina d’où ils opèrent maintenant?

L’information aurait été livrée aux autorités ivoiriennes, sauf qu’elle ne comprenait pas les recommandations nécessaires dont la mise en place d’une surveillance systématique des plages, des hôtels et de toutes les côtes maritimes…

Sur la base d’une information incomplète et imprécise, le préfet de Grand-Bassam est prié par les autorités sécuritaires ivoiriennes d’organiser des réunions d’information avec les services de sécurité (police, gendarmerie), les dirigeants politiques et les représentants des associations civiles de la ville.

N’ayant pas de détails précis sur ce qui se préparait, le préfet confie le soin au Secrétaire général, d’organiser une réunion d’information avec les Administrés. La réunion est tenue le 18 février 2016 au Musée national du costume de Grand-Bassam. Comme «L’Eléphant» a pu le vérifier, il y avait un seul point à l’ordre du jour de cette réunion: «Vigilance face à la menace djihadiste». Au cours de la réunion, selon plusieurs participants interrogés par «L’Eléphant», le Secrétaire général, Coulibaly Magloire, aurait demandé une vigilance accrue et la collaboration des populations avec les forces de l’ordre pour signaler les mouvements de toutes personnes au comportement suspect dans la ville. Il ne croyait pas si bien dire.

Services de renseignements sans renseignements  

Ils sont amers aujourd’hui, certains agents des services de renseignements ivoiriens. Dénonçant, à «L’Eléphant», une absence quasi-totale de véritables moyens humains, technologiques et matériels, ils disent avoir eu vent de l’imminence de l’attaque. Sans savoir réellement les endroits qui étaient visés. «Après les attaques à Bamako et à Ouagadougou, nous avons espéré la mise en place d’un système de partage d’informations entre ces pays et le nôtre, mais cela n’a pas existé. Nous avons dû agir par analogie en recommandant aux autorités, sur la base de quelques informations parcellaires que nous avions, la mise sous surveillance de plusieurs endroits identifiés comme de potentielles cibles, à Abidjan, notamment. Le pire cauchemar pour un agent de renseignements, c’est d’avoir une information qu’il ne peut véritablement vérifier, faute de moyens appropriés. Notre hiérarchie politique est paralysée dans sa volonté de faire son travail par des pesanteurs du côté du Palais. On espère que ce qui vient de se passer va ouvrir les yeux des uns et des autres, et qu’on arrêtera de soupçonner les gens de vouloir s’enrichir quand ils disent qu’il faut investir dans le renseignement…», confie à «L’Eléphant», sous un anonymat prudent, une tête d’huile des Grandes Oreilles ivoiriennes. Le 13 décembre, après les attentats, le Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, avait confirmé, sur le plateau du journal de 20 heures, l’information sur le placement sous surveillance, de près de 100 sites, mais sans plus de détails, pour des raisons évidentes.

Mission de reconnaissance et complicité interne

Le jeudi 5 mars 2016, alors que le maire de la ville de Grand-Bassam, Georges Ezaley, remet une moto au Service courrier de la préfecture de police en présence du Secrétaire général, à la suite d’une réunion du Conseil municipal, un véhicule de type 4X4 de marque «Ford» aux vitres fumées, en provenance d’Abidjan, gare, selon un témoin, «non loin de l’hôtel Terezo. Mais, c’est le chauffeur seul qui est descendu et c’est son comportement qui m’a semblé bizarre. Il s’est dirigé vers l’hôtel, il avait un papier en main, il a regardé le papier et puis, il est retourné monter dans la voiture avant de faire marche arrière pour repartir vers le palais de justice…» explique-t-il, avant d’ajouter: «Souvent, il y a des ministres qui viennent dormir ici les weekends, et avant leur arrivée, le vendredi soir, il y a parfois leurs gardes rapprochées qui viennent ici avec ce genre de voiture donc c’est à cela que j’ai pensé. C’est quand j’ai appris le dimanche que des gens disent que quatre personnes sont descendues d’une 4X4 noire vers ʺL’Etoile du Sudʺ que cela m’est revenu en tête.»

En réalité, et cela est corroboré par plusieurs personnes interrogées par «L’Eléphant», depuis le 5 mars, trois individus étaient régulièrement aperçus sur les bords de la plage. Un espace dénommé «Zion Rock Beach, bungalow ventilé», situé entre l’hôtel ʺEtoile du Sudʺ et le ʺWharfʺ, aurait servi de lieu de «pèlerinage» à ces individus. Quand «L’Eléphant» fait remarquer à ses témoins que la préfecture a demandé aux populations de signaler la présence d’individus suspects dans la ville aux forces de sécurité, nos témoins répondent qu’ils n’ont pas été «informés de la tenue de cette réunion et que personne ne leur a dit qu’il y avait une menace sur Grand-Bassam».

Pendant six jours, ces individus ont fait du repérage, enterré des armes et des munitions dans des endroits stratégiques autour de l’hôtel «Etoile du Sud», de «Koral Beach» et le «Wharf». La raison du choix de ces trois hôtels? C’est que, les djihadistes savaient que l’un de ses trois hôtels devrait recevoir le dimanche 13 mars, plus de 80 personnes dont de nombreux artistes peintres, un responsable américain et des agents du service cultuel de l’Ambassade des Etats-Unis. Il s’agissait de l’hôtel du «Wharf» où «L’Eléphant» a pu vérifier que les américains avaient réservé, pour le déjeuner, exactement, 72 places. Chiffre confirmé par un responsable interrogé par «L’Eléphant». Et le déjeuner était prévu pour 12 h30-13h 30, selon ce responsable. Les djihadistes avaient l’information. En réalité, l’élimination de toutes les personnes, devant déjeuner dans cet hôtel, était le vrai objectif d’Aqmi qui avait déjà préparé un  communiqué dans ce sens.

«Service minimum pour une journée de guerre»

Le samedi 12 mars, si les échanges d’information entre les services français et ivoiriens avaient été bien coordonnés, des centaines de policiers et de forces spéciales ivoiriennes devraient être positionnés dans toute la ville de Bassam, et sur toutes les plages. Mais ce samedi, aucune force n’a effectué le déplacement d’Abidjan pour le terrain de Bassam, et ce sont les agents du commissariat de Police de Bassam qui ont été priés d’organiser une rafle dans la nuit de samedi à dimanche. La rafle a eu lieu, «L’Eléphant» a pu confirmer l’information auprès de sources policières et auprès des responsables de plusieurs espaces de loisirs de la ville.

Qui a décidé de l’organisation de cette rafle? Au commissariat de police, si on reconnaît les faits, on refuse d’en dire plus sur les raisons de cette rafle.

Dimanche 13 décembre 2016. Il est environ dix heures quand des informations faisant état d’une imminente attaque terroriste sur Grand Bassam circulent dans certains milieux diplomatiques. Des alertes sont même envoyées à des ressortissants étrangers de ne pas effectuer de déplacement ce dimanche sur Grand-Bassam, ou s’ils y étaient déjà depuis la veille, de ne pas se risquer dehors dans des lieux fréquentés en ces temps de canicule, tels que les plages.

A 10 heures 45, toujours selon des informations de sources militaires et diplomatiques confirmées sur le terrain par plusieurs témoins, un véhicule de type 4X4 de marque «Ford» s’immobilise devant un bard, non loin de l’hôtel «Etoile du Sud». A bord, quatre individus habillés sobrement. Ils mettent pied à terre et le véhicule démarre. Alors que deux restent dehors, les deux autres rentrent dans le bar et commandent à boire. Deux témoins, interrogés par «L’Eléphant», affirment que les deux hommes restés dehors «avaient un regard bizarre, très froid et ils ne parlaient pas. Le plus grand avait une montre et il y jetait de nombreux coups d’œil comme s’il attendait des gens».

A l’intérieur du bar,  les serveurs, raconte l’un d’entre eux, avaient du mal à communiquer avec les deux «clients» qui ne semblaient pas comprendre un traître mot français.

Selon les informations de «L’Eléphant», les quatre hommes sont restés devant et dans le bar pendant environ 35 minutes, puis, l’un de ceux qui étaient à l’intérieur a reçu un message sur son portable. Dans la minute qui a suivi, il lança, en se levant brusquement: «Allah Akbar», «cri» de guerre suivi immédiatement d’un coup de feu à l’extérieur du bar, puis d’un deuxième coup de feu. Les deux hommes dehors venaient d’abattre un jeune homme. Puis un deuxième qui serait un sourd muet qui ne comprenait pas ce qui se passait. Il est alors 11 heures 02 minutes. Des témoins du bar interrogés situent le départ de la tuerie entre 12 heures et 12 heures 30. Faux ! Il n’était pas encore 12h30, mais bien 11h02 minutes.

A quelques mètres de là, à l’hôtel «Etoile du Sud», les clients qui ont entendu les coups de feu prennent la fuite dans le désordre. En quelques minutes, l’espace est presque totalement déserté. Sur les images prises par une caméra de surveillance dudit hôtel, on voit un homme en tenue de couleur rouge entrer dans l’hôtel. Deux autres coups de feu retentissent. Selon les témoignages recueillis par «L’Eléphant» auprès de clients attablés à l’espace «Koral Beach» – «L’Eléphant» a pu se procurer une vidéo réalisée à partir d’un téléphone portable qui montre bien le décor et donne une idée du nombre impressionnant de personnes qui se trouvaient sur la plage devant cet espace – «c’est l’homme en tenue rouge qui a tué le libanais et la Directrice de l’institut Goethe d’Abidjan. Il lui a d’abord tiré une balle dans la jambe au moment où elle tentait de s’enfuir et quand elle est tombée, il s’est approché tranquillement et lui a tiré une autre balle dans le dos. C’est en ce moment qu’on a entendu les tirs de kalachnikov du côté de la plage et qu’on a vu les gens fuir dans tous les sens. Nous étions douze amis et nous avons été les premiers à quitter le «Koral Beach et les derniers à y revenir après. Nous avons appelé la police judiciaire. Une vingtaine d’éléments de cette police sont arrivés, environ 48 minutes après notre appel, suivis par des éléments du CECOS. Les forces spéciales sont arrivées en dernière position, quelques minutes après l’arrivée de la police judiciaire et de du CECOS. A mon avis, ils ont mis trop de temps avant d’arriver.» Déclare un témoin qui précise qu’ «une dame – nous avons obtenu deux photos d’elle, a tout tenté pour sauver l’Allemande, mais elle n’y est pas parvenue».

Dans les faits, il ne s’est pas écoulé seulement 45 minutes entre le déclenchement des opérations et l’arrivée des forces de police et autres forces spéciales. Il s’était écoulé bien plus d’une heure avant leur arrivée.

Pendant plus d’une heure donc, sans aucune résistance en face et devant des centaines de personnes présentes sur les plages, les tueurs dont personne sur le terrain n’a pu confirmer le nombre exact, mais qui, selon une source militaire, étaient en réalité au nombre de sept, n’ont tué officiellement que 18 personnes. Etaient-ils là pour un tel résultat? « Même un seul individu, déterminé et armé d’une kalachnikov et de plusieurs chargeurs, aurait pu, en 45 minutes, si c’est le temps qu’ont mis les forces spéciales pour arriver à Bassam, allongé plus de 100 personnes. Il est clairement évident que les personnes tuées n’étaient pas leurs vraies cibles et que quelque chose n’a pas marché, ou alors les bilans annoncés ont été largement minorés»,  soutient cette source. «L’Eléphant» n’a pas été en mesure de confirmer de source indépendante, le bilan officiel donné par les autorités. Seule certitude, les djihadistes, manifestement, n’étaient pas là pour tuer des nageurs.

Un accueil de feu non allumé!

Pourquoi les djihadistes, en plus d’une heure et en territoire quasiment conquis, n’ont réalisé, si l’on ose dire, qu’un si piètre résultat dans une ville où il n’y avait aucune résistance en face et que, contrairement à ce qui a été déclaré sur les antennes de RFI par le maire de Bassam, à aucun moment, avant l’arrivée des forces venues d’Abidjan, aucun élément des forces de sécurité basées à Bassam (police et gendarmerie) n’est intervenu pour contrarier, d’une quelconque manière, l’opération.

Interrogés mardi par «L’Eléphant», des jeunes gens rencontrés dans les environs de l’hôtel «Etoile du Sud», et qui jurent la main sur le cœur avoir été témoins des tueries sur les plages, prétendent qu’ils auraient appelé à plusieurs reprises un officier de police en service au Commissariat de police de Bassam pour l’informer de ce qui se passait. Ils prétendent que malgré leurs coups de fil, ce dernier n’aurait pas bougé et qu’aucun élément du Commissariat n’a été aperçu sur le terrain.

Pour vérifier l’existence de cet officier dans ce Commissariat, «L’Eléphant» s’est fait communiquer son nom, avant de se rendre dans les locaux de ce poste de police. Là, l’on nous a bien confirmé qu’il était en service dans ce Commissariat, mais qu’il était absent. «Peut-on avoir son numéro de téléphone, on voudrait échanger avec lui », avons-nous demandé. Réponse de notre interlocuteur? : « On ne peut pas vous communiquer son numéro.» Peut-être nous a-t-il pris pour des terroristes à la recherche de son collègue?

En réalité, le déclenchement des tueries à 11 heures n’est que la conséquence d’une information transmise depuis Abidjan aux djihadistes sur le terrain. Ils attendaient un représentant du gouvernement américain qui devait se rendre ce dimanche matin à Grand-Bassam pour une série de  visites, accompagné d’une délégation composée d’artistes peintres et de personnel du service culturel de l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique. Marcus D. Jadotte, c’est de lui qu’il s’agit, ministre délégué du Commerce pour l’Industrie et l’Analyse de l’Administration du Commerce international, était déjà à Grand-Bassam. Il avait marqué une escale non prévue au Musée de Grand-Bassam, à la demande des responsables de ce musée. A peine le représentant américain avait-il fini sa visite et s’apprêtait à poursuivre son programme, qu’une alerte, selon une source diplomatique, lui est envoyée, précisant l’imminence d’une attaque armée contre la ville de Grand-Bassam.

Immédiatement, le cortège de l’autorité américaine s’ébranle en direction de la résidence du maire de Grand-Bassam. Quant aux personnes qui l’accompagnaient et qui se trouvaient à bord d’un car, une partie est conduite dans le sous-sol du musée que «L’Eléphant» a pu visiter. Les autres, guidés par les agents du musée, se réfugient dans un bâtiment inachevé situé à l’arrière-cour du Musée. «Le représentant américain a eu la vie sauve parce que je l’ai fait traîner au musée ici. Il partait à l’hôtel du Wharf et il avait dépassé la résidence du préfet quand les tirs ont commencé»,  confie, un agent du musée, manifestement ému. «C’est deux heures après, que les forces de l’ordre sont intervenues et ils ont exfiltré les Américains.» Ajoute-t-il. Ce témoignage est en quelque sorte corroboré par un passage du Communiqué de l’Ambassade des Etats-Unis à Abidjan, après l’attaque: «Nous tenons à remercier tout particulièrement le Premier ministre et le maire de Grand-Bassam pour le soutien apporté au personnel américain qui se trouvait dimanche à Grand-Bassam. Nous tenons également à saluer le courage et le dévouement des forces de sécurité qui ont mis fin à cette attaque insensée sur des personnes innocentes », a écrit l’Ambassadeur, Terence P. McCulley.

C’est que les djihadistes, selon nos sources, attendaient le «personnel américain» qui avait réservé 72 couverts à l’hôtel «Wharf» pour un déjeuner prévu pour 12 heures. Apparemment, les djihadistes avaient été informés que les Américains ne viendraient plus, puisque selon les sources de «L’Eléphant», une alerte leur avait été envoyée. Résultat, n’ayant plus de cibles, ils ne pouvaient plus traîner dans la ville au risque de se faire prendre. Ils ont donc déclenché leur tuerie, juste pour passer un message et, au vu de l’absence de résistance dans la ville et du temps mis par les forces de sécurité pour intervenir, ils auraient pu faire un véritable carnage.

Affrontement entre forces spéciales et Djihadistes?

Les forces spéciales ont-elles neutralisé le commando qui a fait le coup de feu à Bassam? Personne ne peut répondre avec exactitude à cette question. Seule certitude, des soldats français ont été aperçus, selon des témoins, quelques minutes après l’arrivée des forces ivoiriennes, sur le terrain. Les autorités ont annoncé le décès de trois éléments des forces spéciales. Exact! Et «L’Eléphant» a pu le vérifier. Deux éléments ont été tués dans un couloir à l’entrée de la «Nouvelle Paillotte» et le troisième, au niveau de la clôture du collège moderne, entre le mur de ce collège et une école primaire située à proximité. C’est que deux djihadistes y étaient encore, à l’arrivée des forces ivoiriennes, selon nos sources. Et, de leur position, il était impossible aux forces spéciales dont une grande partie était sur les plages désertes, de les localiser. Ce serait, confie une source militaire, grâce à l’arrivée de l’hélicoptère qui volait à très basse altitude, que ces deux djihadistes ont été localisés et éliminés. Quant aux autres, ils étaient déjà partis…et c’est ce qui est le plus inquiétant, d’autant plus qu’ils ont bénéficié de nombreuses complicités à Abidjan…» Ajoute notre source.

Mais les autorités qui disent avoir pris toutes les mesures nécessaires, sont sans doute conscientes de cette situation.

Assalé Tiémoko

Francis Taki

Noel Konan

 

Encadré 1

Polémique autour de la provenance des djihadistes

Pendant notre enquête, plusieurs témoins ont raconté que les djihadistes avaient formé deux groupes qui seraient arrivés par des moyens différents à Grand-Bassam. Certains ont prétendu que deux ou trois seraient venus par la mer à bord de zodiacs et que les autres sont arrivés à bord d’un véhicule de type 4X4.

De source proche des milieux des Grandes Oreilles à Abidjan, on semble privilégié la première thèse, mais en précisant que tous les djihadistes seraient arrivés par ces moyens de locomotion, sans pour autant négliger la seconde. Sauf que dans les faits, « L’Eléphant » qui a passé près de 48 heures sur le terrain, a eu du mal à croire, au regard du récit des événements, à la thèse d’une arrivée de l’ensemble des djihadistes par voie lagunaire ou maritime. Mais l’enquête ouverte devrait pouvoir donner plus de précisions sur ces deux thèses.

Encadré 2

Services de Renseignements sans «Oreilles»

Les autorités ont salué la bravoure des forces spéciales qui auraient neutralisé les djihadistes de façon rapide en évitant un massacre d’une grande ampleur. Peut-être, vu que «L’Eléphant» n’a pas réussi à avoir de témoignages célébrant l’héroïsme desdites forces spéciales sur le terrain. En revanche, ce que « L’Eléphant » a découvert, c’est que, si les services de renseignements étaient plus équipés, sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré, ces djihadistes, malgré les complicités évidentes dont ils ont bénéficié, auraient pu être arrêtés avant qu’ils ne passent à l’acte. La réunion tenue par la préfecture de Bassam sur l’imminence d’une attaque sur cette ville en est la preuve. Les renseignements généraux n’ont pu approfondir le recoupement des informations dont ils disposaient. Ils manquent cruellement de moyens, surtout en matière d’écoutes. La tutelle joue-t-elle son rôle qui est de doter les services de renseignements de moyens conséquents ? Difficile de répondre à cette question quand on sait les problèmes qu’il y a à ce niveau. Le ministère de l’Intérieur a présenté un plan de financement et d’équipement des forces de police et de renseignements, mais le nerf de la guerre n’est pas encore disponible et des têtes d’huile au Palais présidentiel, selon les informations de « L’Eléphant », ne verraient jamais d’un bon œil les initiatives de la tutelle en la matière. Il y aurait comme une sorte de rivalité pour le contrôle des renseignements.

Avec l’attaque de Bassam et la nécessité d’organiser la riposte, peut-être que les uns et les autres comprendront à présent que la sécurité d’un pays et de son peuple n’ont pas de prix.

ALEX KASSY.

 

Le « GIGN » à Ouagadougou ?

Pendant leur séjour en terre ivoirienne, les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères français ont annoncé que la France allait apporté des moyens à la Côte d’Ivoire afin de renforcer la surveillance de son territoire et améliorer la formation de ses forces de sécurité. Ils ont aussi annoncé le déploiement, dans les jours à venir, d’un commando du « GIGN », les célèbres forces spéciales françaises, au Burkina Faso.

Pourquoi le choix de ce pays quand l’on sait que c’est la Côte d’Ivoire qui regroupe sur son sol en Afrique de l’Ouest, le plus d’intérêts économiques français ? C’est qu’il faut simplement comprendre que le choix du Burkina est la preuve que ce pays est devenu le terrain de règne d’Aqmi et que c’est à partir de ce pays que toutes les opérations de déstabilisation contre la Côte d’Ivoire pourraient être montées, comme celle qui vient de se produire à Grand-Bassam. Comprenne, ceux qui peuvent comprendre.

A.K.

1 Comment

  • kolo:

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