Côte d’Ivoire : Métaphore de l’histoire d’un peuple

By: Africa Newsquick

HOUPHOUETCôte d’Ivoire : Métaphore de l’histoire d’un peuple

Voici la contribution alerte d’un lecteur qui a su sans ambages décrire l’histoire de la Côte d’Ivoire où chacun se reconnaîtra…

Genèse

Le tout petit bouton dans les entrailles de la mère deviendra à l’insu de tout un très gros furoncle.

Au commencement, il n’y avait rien d’alarmant. Et puis un jour, la nouvelle de l’avènement d’une ère nouvelle, venue du Nord, déclencha une appréhension quasi pathologique dans le monde en pleine mutation. Au nord de l’hémisphère chercheurs, érudits et tous ceux qui craignaient de voir remises en cause toutes les bases de données qui régissent notre monde, travaillaient d’arrache-pied. Ils réfléchissaient aux possibilités d’implémenter des dispositions pragmatiques pour parer aux conséquences du bug. Mais dans le Sud, sous les Tropiques, en lieu et place de techniciens en la matière, sorciers et prophètes invoquaient ancêtres et totems et rivalisaient d’adresse pour la conquête des pouvoirs pour leurs confréries respectives. Tous diagnostiquèrent un gros furoncle mûr qui suppurait dans les entrailles de la mère. «Elle enfantera dans la douleur – prophétisaient-ils – et mettra au monde un être qui sera une entorse à l’histoire d’un peuple sans histoire».

Malgré la persistance des signes annonciateurs de l’imminente fracture, tous ceux qui pouvaient entendre et voir venir les choses étaient hélas trop préoccupés à magnifier l’avènement du fils de l’homme. Alors dans l’étrange crépuscule qui, depuis un certain moment, grignotait trop âprement les dernières lueurs d’un ciel chargé de gros nuages gris et lourds, personne ne prêta attention à la mine pâle et triste de la mère perdue dans la cohue. Hormis quelques diseurs d’augure et autres charlatans notoires, nul ne sut décrypter avec certitude que se préparait insidieusement le siège d’une nuit sanglante, une nuit chargée de mystères.

24 décembre 1999, tournant crucial

24 Décembre 1999. Ce jour-là, le peuple de jouisseurs impénitents s’activait à ses occupations de veille de fête quand une sourde déflagration l’arracha brutalement à son insouciance atavique. Et dans une atmosphère de poudre secouée par de puissantes détonations, le furoncle explosa dans la matrice de la parturiente. Etait-ce donc l’avènement de la créature annoncée par les devins? Celle qui allait décréter la mort du temps et faire voler en éclats les remparts de l’histoire linéaire du peuple sans histoire? La prophétie des devins allait donc se réaliser et plus rien ne serait comme avant? Face au silence des questions sans réponse, la violence explosa. Elle éclata avec fracas comme un tsunami, s’insurgea et bouscula tout dans les moindres recoins de la vie des braves gens pour y troubler la quiétude et porter le deuil. Aigles et serpents dans l’arène se livraient un combat farouche pour la conquête des cimes du pouvoir. Les uns voulaient demeurer khalife à n’importe quel prix et les autres juraient par tous les dieux et par tous les démons de devenir khalife vaille que vaille à la place du khalife. Tout était sens dessus sens dessous. Le mensonge et la vérité à l’épreuve des circonstances, s’étaient unis pour le pire. Il y avait des guerriers partout. Les uns en treillis, avec des kalaches au poing, se dressaient contre les autres, armés de mousquets et vêtus de bures malodorantes cousues d’amulettes et coiffés de bonnets sertis de grigris. Chacun dans son camp s’activait à mort pour le bonheur des parrains tapis dans la puante obscurité. Au chevet de la mère exténuée par la pénible délivrance, des matrones aux camisoles blanches souillées du pus nauséabond giclé de la rupture du furoncle dans le ventre de la parturiente, agitaient des mains ensanglantées sans se douter un seul instant du rôle qu’elles étaient en train de jouer dans la tragédie d’un peuple qui n’en demandait pas tant. «Thièni Gbanani», un enfant précoce, extirpé de force des entrailles brulantes de la mère, vagissait là, au milieu des coups de canons qui avaient remplacé les carillons des cloches de la nativité. Le petit mâle prématuré gigotait d’impatience à régenter les rancœurs du peuple désenchanté par les chicanes et les atermoiements mensongers de ses has been de chefs désemparés. Des politiciens incapables de continuer à le faire rêver. Aux charmes de ses nouveaux prétendants qui surent la caresser dans le sens des poils, la grande Diva, la frivole aux mœurs légères courtisée de partout sans répit, succomba une fois de plus, mais hélas, une fois de trop. Car, ses nouveaux amants – qui avaient surgi des profondeurs insoupçonnées du passé avec le glaive entre les dents serrées et le cœur chargé de vieilles rancœurs pour venir jeter dans la mare, le pavé de la discorde – jubilaient d’impatience, à l’idée de pouvoir convoler en justes noces pour une nouvelle idylle avec la grande Diva. Pour ses amoureux, elle était déjà toute disposée à sonner le tocsin qui allait troubler l’onde de plaisir dans lequel se prélassait sa prolifique progéniture de noceurs patentés.

Le vrai bonheur…

Une progéniture façonnée à la douce férule de l’illustre père, le patriarche charismatique au cœur d’artichaut et à la magnanimité légendaire. Celui-là même qui avait toujours su dissimuler dans le dialogue et la paix des braves, les frasques et les forfaits de tous ceux à qui il avait confié la gestion de quelques morceaux de son pouvoir même périphériques. Le vieil homme était pareil à un gigantesque baobab à l’ombre duquel s’étaient longtemps prélassées plusieurs générations d’enfants gâtés, bercés par une rassurante illusion d’abondance et de sérénité sans fin. Le père mort hélas, les filles et les fils, violemment matraqués par de faux modèles et sauvagement formatés par des flots de valeurs frelatées et de connaissances méconnues, trop souvent mal assimilées, devinrent les cibles idéales de mégalomanes cupides et arrivistes propulsés aux cimes des pouvoirs de manière équivoque et ambiguë par des contingences révoltantes. Livrés à eux-mêmes, ces enfants-là devaient désormais expérimenter à leur corps défendant, la douloureuse réalité de la rareté et du besoin. Mais le père, lui qui savait que tous «les changements même les plus souhaités ont toujours leurs mélancolies», leur avait toujours enseigné que le vrai bonheur on ne s’en aperçoit que lorsqu’on l’a perdu. Le patriarche eut la grande sagesse de professer avant sa mort que si l’homme ne peut vivre sans nuire, alors qu’il s’efforce de nuire le moins possible; Car, s’il est trop facile de faire la guerre, il est très difficile de faire la paix. Impuissante, la mère nourricière regardait ses amants armer les mains ignorantes de ses enfants et les offrir en holocauste à des sacrifices inutiles et stupides sur les autels de la cupidité. Enlacée dans les bras de sa toute nouvelle idylle, elle gémissait en se pâmant dans l’onde doucereuse de sa passion amoureuse pendant que sa propre progéniture débitait des flots de paroles infectes chargées de haine destructrice qui retournaient le couteau dans la plaie et continuaient à souiller la mémoire de l’histoire de ses géniteurs.

SENIO LADAG (fidèle lecteur), , in L’Eléphant déchaîné N°418

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