CIV-L’Eléphant déchaîné écrit à la jeunesse débrouillarde et sans illusions : «Juste quatre ans pour la revanche démocratique»

By: Africa Newsquick
Assalé Tiémoko, DG de L'Eléphant déchaîné

Assalé Tiémoko, DG de L’Eléphant déchaîné

CIV-L’Eléphant déchaîné écrit à la jeunesse débrouillarde et sans illusions : «Juste quatre ans pour la revanche démocratique»

Chers amis, en cette année, comme toutes les autres qui sont passées, je voudrais vous adresser ma traditionnelle lettre pour vous encourager dans ce que vous faites, même si vous avez l’impression que, chaque jour, la vie passe sans que personne ne se préoccupe réellement de votre sort.

Si cela peut vous rassurer, je peux vous garantir que notre Président lit mes lettres que je vous adresse chaque année; mais il y a, comme sous le régime de l’intrépide Gbagbo qui tourne le film de sa vie aujourd’hui, du côté de La Haye, de petits malins qui ne pensent qu’à leur seul ventre et qui lui disent que tout va bien, même quand ils savent que rien ne va et que la colère et la déception du peuple deviennent de plus en plus grande.

Hier, sous Gbagbo, vous étiez au chômage; mais vous aviez un leader autoproclamé panafricaniste qui vous disait que vous meniez le combat pour la libération de la Côte d’Ivoire, voire même de toute l’Afrique. Vous sortiez nombreux chaque fois pour l’écouter. C’était une activité bénévole, même si lui, passait chaque mardi au Palais présidentiel récupérer des mains d’un certain Jacques Anouma, la somme de 7 millions de FCFA pour son «carburant». Sept millions par semaine pendant huit ans, c’était une misère et évidemment, vous ne receviez, vous, que des boites de sardines. Ce leader joue également son destin quelque part à La Haye aux côtés de l’intrépide Gbagbo.

Depuis bientôt six ans, de nouveaux leaders sont arrivés, avec une nouvelle vision, ils disent avoir déjà créé plus de deux millions d’emplois. Evidemment, les premiers à être étonnés de ce chiffre, c’est vous les jeunes chômeurs, car nous savons tous que c’est faux, mais on a fait croire au Président que c’est ce qui a été fait, mais chacun sait que c’est totalement faux.

L’élection présidentielle s’est tenue en octobre 2015, vous n’avez pas été beaucoup à sortir pour aller voter, mais notre Président a été élu brillamment devant un certain Affi N’Guessan qui a voulu jouer son propre jeu et qui a pu se consoler quand même avec une misérable somme de 100 millions de FCFA, comme tous les autres candidats d’ailleurs. Je sais que vous aviez été profondément choqués par ce geste de notre Président, vous qui vivez avec moins de 200 FCFA par jour. Notre Président a été réélu, vous attendiez de lui qu’il vous débarrasse enfin de tous ses collaborateurs qui traînent tellement de casseroles que si on réalisait un sondage sur l’image qu’ils renvoient au peuple, le Président en serait profondément choqué. Mais il les a tous gardés au gouvernement, il n’a pas tenu compte de votre avis, c’est lui le Président, et il fait ce qu’il veut. Je sais que 90% des membres de ce gouvernement ne vous rassurent pas et vous êtes convaincus qu’il ne se passera rien de nouveau pour vous durant ce nouveau quinquennat, et donc vous ne croyiez plus en rien du tout, vous attendez juste 2020 pour dire enfin ce que vous pensez à cette classe politique.

Croyez-moi, chers amis, nos gouvernants ne cessent de se sacrifier pour eux, pardon, pour nous. Ils ne dorment pas la nuit, ils ne pensent qu’à notre bonheur. Et ça se voit dans le mépris qu’ils affichent quand ils s’expriment, quand on leur dit que le peuple n’en peut plus. Ils disent que tout va mieux aujourd’hui pour vous, pour nous tous qu’hier. Et c’est ce qu’ils disent à notre Président qui multiplie les erreurs politiques, assisté par son grand frère.

Ça ne va pas et vous ne cessez de le répéter, je le sais. Il n’y a plus dans ce pays un vrai leader capable de faire rêver le peuple et capable aujourd’hui de faire l’unanimité sur son nom quand notre Président et son grand frère, qui sont déjà à la fin de leur carrière, auront perdu dans quelques mois, le contrôle sur tout. Mais de cela, je parlerai dans un autre papier pour ne pas prendre trop de place dans cette lettre qui vous est adressée, car c’est vous qui êtes à l’honneur aujourd’hui. Vous avez voulu que je parle de votre quotidien à ceux qui nous gouvernent. Je peux vous assurer qu’ils savent tout de la façon dont vous vivez.  Mais, vous avez tellement insisté que j’ai décidé de vous sortir un peu de l’anonymat pour projeter un peu de lumière sur la belle vie qui est la vôtre.

 

A cinq heures, vous êtes débout!

Vers cinq heures du matin, avant le jour, certains d’entre vous ouvrent un œil pour se rendre « au travail » comme vous le dites – brillante activité qui consiste à « garer » les voitures – Dans la réalité, vous, les jeunes, de condition modeste, n’avez jamais eu de permis de conduire, ni de voiture; vous n’en aurez sans doute jamais, mais vous rêvez tous les jours en gardant ces jolis engins dont les prix vous font chavirer la tête! Pour l’heure, avec l’énergie de la jeunesse, vous allumez la seule ampoule blafarde qui éclaire votre gourbi délabré, vous trouvez une gamelle à la propreté douteuse, faites chauffer un reste de la veille resté sur un mini fourneau, en espérant que la petite bouteille de gaz ne sera pas vide trop rapidement.

Après une douche extérieure, extrêmement précaire, vous enfilez vos habits de la veille, comme vous l’aviez déjà fait la veille; un ʺgbakaʺ vous permettra de quitter votre quartier lointain pour arriver au Plateau… Oui, c’est encore possible, malgré l’interdiction. Commence alors pour vous une longue journée faite d’attente, d’humiliations, de fatigue, de tentatives souvent vaines, de palabres ou de bagarres avec des « collègues », car chaque pièce est défendue avec acharnement.

Vous dites que les grands types vous méprisent assez quand ils vous jettent une piécette ridicule, car ils savent que vous êtes réduits à une mendicité qui ne dit pas son nom.

Les grands types, les puissants, savent que vous êtes des milliers à vous battre tous les jours?

Est-ce qu’ils savent que vous transpirez sang et eau pour réunir un maigre montant, chaque jour, pour faire face à votre transport, votre portion d’ʺattiékéʺ, le faible loyer, les factures d’électricité qui étaient dérisoires mais qui, curieusement, sont devenues variables.

Ils savent que votre avenir est inexistant, que votre ligne d’horizon se limite à votre portion de trottoir que vous avez réussi à « contrôler » à coups de gueule et de poings – la raison du plus fort étant la seule solution pour survivre -. Vous me direz que vous avez au moins un point commun car chez vos politiques, c’est également la raison du plus fort qui domine largement.

Ils savent que beaucoup d’entre vous ont une femme et souvent un gosse, certes, jamais souhaité, mais à qui vous devez fournir une nourriture à minima…

Ils savent qu’en cas de maladie, vous ne pouvez accéder qu’aux minables dispensaires qui acceptent souvent de vous faire des crédits…que vous êtes incapables de rembourser!

Quand les grands types vont dans un grand restaurant du quartier, vous vous agglutinez proches de leurs fameux « véhicules de commandement », comme ils aiment les appeler, pour jouer des coudes afin d’obtenir un des petits billets distribués par leurs gardes du corps (qui en conservent suffisamment pour eux) – quand ils sortent, repus, suffisants, protégés, vous les admirez,  vous hurlez « le boss, on est là », mais les moteurs grondent et ils disparaissent brusquement, avec autorité, doublée d’une dose de mépris pour les mécréants que vous êtes, pour rejoindre leurs beaux bureaux climatisés!

Grands types, nous ne sommes pas très éduqués, c’est vrai, mais est-ce de notre faute – nous réfléchissons un peu terre à terre, c’est vrai, mais ça vous permet quand même de savoir que votre condition est devenue plus dure au fils des années.

Vous n’avez pas d’armes pour vous faire entendre, vous êtes, pour la plupart, honnêtes et courageux, mais vous tirez le diable par la queue. C’est vrai, il est de plus en plus difficile pour les gens honnêtes de s’en sortir dans ce pays, vous n’êtes pas seuls, nous sommes tous embarqués et comme vous, nous nous posons tous de cruciales questions.

Vous dites que les grands types vous bernent depuis des lustres en vous parlant d’insertions, de formations, de jours meilleurs, de programmes multiples pour les jeunes, de soins gratuits, de prises en charge et quoi encore…

Vous êtes des petits et sans grade, pauvres de surcroît, mais vous voulez tenter faire comprendre à ceux qui nous gouvernent sans réelle vision que vos taux de conscience, même très amoindris par rapport aux leurs, vous permettent quand même d’attirer leur attention pour qu’ils ne soient pas surpris le jour où les pauvres consciences vous obligeront à siffler la fin de la récréation.

Je peux vous assurer qu’aveuglés par leur petit pouvoir, ils se fichent complètement de tout. Mais réjouissez-vous, toutes les choses ont une fin même si les mauvaises ont tendance à durer un peu plus que les bonnes.

A bientôt et bon vent…

ALEX KASSY, in L’Eléphant déchaîné N°417

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