CIV-Politique et violence dans les Universités: Deux monstres nommés FESCI et AGEECI

By: Africa Newsquick

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Deux os dans la gorge du pouvoir en place. Ainsi pourrait-on qualifier la Fesci et l’Ageeci, deux syndicats qui font la pluie et le beau temps, à l’Université FHB.

La décision a été prise de procéder à la suspension de deux syndicats rivaux, la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) et de l’Association générale des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (AGEECI) par le Conseil de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, après des heurts qui ont occasionné la mort d’un étudiant. Cette tentative de pacification du monde universitaire, qui n’est d’ailleurs pas la première du genre, laisse le citoyen lambda perplexe. Raison: Le pouvoir PDCI-RDA, sous Aimé Henri Konan Bédié, avait prononcé une interdiction d’activités des syndicats au sein des Universités. Au point même de vider les cités universitaires. En vain, puisque cela n’a pas empêché la Fesci d’alors entre les mains de saint Soro Guillaume, surnommé le général Bogota, de continuer la lutte en mettant en avant les revendications visant à réclamer certains droits qui ne leur étaient pas reconnus sous ce régime. De même que la Fesci a prospéré sous le régime de l’intrépide Laurent Gbagbo, elle a survécu à la chute de ce dernier, pour s’imposer aux Républicains, avec comme adversaire aussi incontournable dans le monde associatif estudiantin depuis plus d’une dizaine d’années maintenant, l’Ageeci.

 

La Fesci, une fédération qui résiste au temps et aux pouvoirs

Il n’y a point raisons de prendre le dos de la cuillère pour l’affirmer. La Fesci s’est au fil du temps enracinée dans la politique insufflée par le Front populaire ivoirien (FPI). Branche syndicale estudiantine de l’opposition, et véritable fruit de la contestation menée par certains étudiants sous Félix Houphouët-Boigny, elle a connu son apogée sous les refondateurs, pour devenir l’un de ses bras séculiers, une fois le pouvoir de son parrain menacé. La Fesci a fait, à un moment donné de son existence, l’expérience de la politisation de son organisation auprès des forces politiques, son cheval de bataille. Ce mouvement estudiantin, force est de le noter, a eu un rôle prépondérant de résistance face à la rébellion de Soro Kigbafori Guillaume et ses camarades de feu – qui roulent carrosse actuellement -, celle de se constituer en une branche armée à travers des mouvements d’auto-défense durant la décennie de Laurent Gbagbo. La Fesci rythmait au son de la vie politique à tous les coins de rue, aussi bien dans les Universités que dans les couloirs des cités universitaires. Parfois même, en dehors du cadre estudiantin. Mais la crise post-électorale qui a vu la défaite du FPI, va substantiellement affaiblir la reine des arènes de l’Université, sans pour autant la faire disparaître pour de bon. La fermeture du temple du savoir par le nouveau Président Alassane Ouattara va occasionner une dissémination des militants de ce monstre froid. Après plus de 2 ans de fermeture, l’Université ouvre enfin ses portes! Et comme s’il fallait s’y attendre, d’autres mouvements prendront de l’allant, et rivaliseront d’ardeur avec la Fesci pour régner en maîtres sur le campus. Entre autres, l’Association générale des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (AGEECI), un mouvement dit proche du pouvoir en place. C’est que, chaque pouvoir a décidé d’avoir sa milice estudiantine, et les responsables de syndicats estudiantins ont vu que ce terreau est propice pour se faire du sou ou une place au soleil; alors pourquoi ne pas en profiter! Une rivalité va naître entre ces deux mouvements aux parrains aux intérêts antagonistes. Le Ministre Gnamien Konan n’a pas manqué de se prononcer en effet, sur cette situation ubuesque: «Lorsqu’un syndicat est créé, on crée un contre syndicat pour lutter contre le premier. C’est le cas de l’Ageeci qui a été créé pour combattre la Fesci. Les seuls vrais perdants de la violence sont les étudiants eux-mêmes.» Et il n’a pas tort!

A qui la faute?

D’aucuns ont toujours milité pour la dissolution de ces mouvements estudiantins des Universités et des lycées et collèges, vu la violence dont ils font montre. Et jusqu’à présent, aucune décision n’a été prise, allant dans ce sens. Surtout quand ces mouvements sont à la solde des politiques. Aujourd’hui, ce sont les enseignants qui demandent la suspension de ces syndicats, pour que l’Université FHB ressemble véritablement à un havre d’études. Une problématique se dégage toutefois suite à la décision du Conseil de l’Université de suspendre les deux syndicats rivaux. La suspension ou l’interdiction d’activités d’un syndicat poserait en réalité, un problème de droits de l’homme. Car, la Déclaration universelle des droits de 1948 proclame la liberté d’association. Il en est de même pour la Constitution ivoirienne. Mais faille-t-il laisser prospérer des syndicats aux ambitions plus hégémoniques et politiques, que syndicalistes, c’est-à-dire corporatistes? Tout récemment lors d’un conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Koné Bruno, a affirmé ce qui suit: «Le gouvernement a pris acte de la décision de suspension de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) et de l’Association générale des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (AGEECI).» Et après? Nos autorités ne devraient-elles pas suspendre ou interdire de tels syndicats, même si elles devraient ainsi porter atteinte aux libertés individuelles et collectives estudiantines? Interdire ou suspendre un syndicat reviendrait certes à violer le droit aux mieux êtres, à l’éducation sociale, une violation des libertés d’association, de pensée et de religion… Mais ne serait-ce pas la solution idoine en pareille circonstance? Référons nous à cet article du confrère, pour savoir que le mal est plus profond qu’il ne semblerait l’être: «L’Université Houphouët-Boigny de Cocody défraie, à nouveau, la polémique. Suite à la bataille rangée, les 18 et 19 novembre, entre deux syndicats rivaux, la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) et l’Association générale des étudiants et élèves de Côte d’Ivoire (AGEECI), l’étudiant Konin Wilfried dit Dubaï, étudiant en Master 1 de Gestion et militant de la Fesci, a trouvé la mort. Aussitôt, le Conseil de l’Université, élargi aux responsables du Centre régional des Œuvres universitaires d’Abidjan (Crou-A), s’est réuni et a arrêté trois mesures capitales: d’un, le démantèlement des QG des syndicats d’étudiants sur le territoire de l’Université et du Crou-A; de deux, la suspension de toutes les activités des syndicats d’étudiants sur le site de l’Université et du Crou- A jusqu’à nouvel ordre; et de trois, l’obtention, de la part des autorités compétentes, du feu vert pour la dissolution de la Fesci et de l’Ageeci. Le Conseil de l’Université de Cocody enfonce une porte entrouverte. Car, si l’Ageeci s’est fait connaître par l’assassinat, en 2004, de Habib Dolo (un de ses dirigeants), la Fesci, elle, a toujours été dans le collimateur des différents pouvoirs qui se sont succédé, à l’exception de la Refondation (2000-2010). Sous le mandat de Félix Houphouët-Boigny, elle a été dissoute, le 17 juin 1991, à l’instigation du Premier ministre Alassane Ouattara. En 1994, le président Aimé Henri Konan Bédié a suivi la même voie. Et depuis l’accession au pouvoir de l’actuel régime, c’est un concert de voix pour réclamer la tête de la Fesci: le RDR et le ministre de tutelle, Gnamien Konan, ont demandé officiellement la dissolution de la Fédération. En avril dernier, Daniel Kablan Duncan, le Premier ministre, s’y est opposé. Mais le Conseil de l’Université de Cocody vient de remettre le couvert. Les secrétaires généraux des deux syndicats que «La Tribune Ivoirienne» a joints, ont refusé de réagir dans le feu de l’action. Joseph-Martial Ahipeaud, premier secrétaire général de la Fesci, était ferme: ʺSi on dissout la Fesci, il faut dissoudre tous les partis politiques qui ont manipulé les jeunes. Si on est d’accord, alors il faut le faire. Sinon, ce serait chercher à cacher la forêt avec un écran de fumée. Ce qui serait plus injuste, car les jeunes ne peuvent pas avoir fait ce qu’ils ont fait sans la couverture des politiques. Hier comme aujourd’hui. Sachons raison garder et surtout ne pas ruer dans les brancardsʺ.»  («La Tribune ivoirienne», 25/11). On se demande bien comment la Fesci et l’Ageeci se fondront dans «le nouveau départ» pour devenir des «Ivoiriens nouveaux»?

JOSE N’ GORAN, in L’Eléphant déchaîné n°406

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