Gouvernance en Afrique : Les Présidents face au dilemme de la limitation de mandats

By: Africa Newsquick
Paul Biya est au pouvoir depuis le 6 novembre 1982. depuis 33 ans. Pendant ce temps, c'est le sujet ivoirien qui préoccupe les camerounais.

Paul Biya est au pouvoir depuis le 6 novembre 1982. depuis 33 ans. Pendant ce temps, c’est le sujet ivoirien qui préoccupe les camerounais.

Gouvernance en Afrique : Les Présidents face au dilemme de la limitation de mandats

Les Présidents africains aiment tellement leurs peuples, qu’ils sont prêts à tout pour les diriger indéfiniment…

Comme le définit le dictionnaire, « la Constitution est un ensemble de textes juridiques qui définit les différentes institutions composant l’État et qui organise leurs relations. Elle peut comporter également une charte des droits fondamentaux. Quelle que soit sa présentation et son contenu, la Constitution est considérée comme la règle la plus élevée de l’ordre juridique de chaque pays ». On pourrait aussi ajouter qu’elle est l’âme d’une nation. Et pourtant, c’est chaque fois que les Présidents africains la manipulent à leur guise. C’est donc évident que l’âme de la nation sera perdue, et ce sera la déchéance totale pour tout un peuple. Les Présidents africains qui sont en mal de pouvoir s’accrochent comme de beaux diables au fauteuil présidentiel, comme si c’était une chaise royale. Ils sont nombreux qui ne veulent plus s’en défaire. Ils cherchent par tous les moyens à s’éterniser au pouvoir, quoi que cela leur coûte. Arrivés pour certains par un coup d’Etat, pour d’autres par des élections dites démocratiques, ils n’ont de cesse de vouloir demeurer au pouvoir, avec tous les honneurs que cela implique. Afrique notre Afrique, alors berceau de l’humanité, est aujourd’hui le nid des mandats éternels! Avant leur ascension au pouvoir ce sont des promesses à couper le souffle qui sortent de la bouche de ces hommes en mal d’ambitions démesurées. Des propos tels que «donnez- moi un mandat et je transforme votre quotidien ». Mais une fois confortablement installés dans le fauteuil présidentiel, plutôt que de s’en tenir aux promesses tenues, ce sont des stratégies qu’ils cherchent à mettre en place pour briguer un second mandat, encore un 3è mandat, et ainsi de suite. Même s’il faut qu’il y ait des pertes en vie humaines, le plus important, c’est de s’éterniser et mourir au palais. De peur que celui qui viendra après n’expose au grand jour les vieilles marmites sales laissées ça et là, dans le château. Les exemples sont légions: Après Cameroun où Paul Biya, qui s’est accroché au palais d’Etoudi depuis 32 ans, grâce à la levée de limitation de mandat, en 2008, en passant le Tchad, où le dur à cuire d’Idriss Déby Itno tient toujours les reins du pouvoir depuis 24 ans malgré quelques mécontentements de la part des militaires… Rien n’y fit! L’Angola de José Eduardo Dos Santos, avec ses 35 ans de règne sans partage, et qui promet à chaque fois que cela lui chante, de ne plus se présenter. Rien que du leurre! Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat, Yoweri Museveni dirige l’Ouganda depuis 29 ans. En 1996, il organise des élections dont il sera le seul et unique candidat. Le virus est loin d’être stoppé, hélas!

 

Comme s’ils s’étaient passé le mot!

Le constat qui se dessine à l’horizon, est que plusieurs chefs d’Etats œuvrent actuellement pour se maintenir au pouvoir, bien que la Constitution de leur pays l’interdise formellement. Même si sans le dire ouvertement, certains chefs d’Etats ont supprimé la limitation du nombre de mandats du Président de République, ouvrant bien évidemment la voie à une gouvernance à vie. D’autres y pensent régulièrement en se rasant la barbe. Les arguments avancés d’un pays à un autre sont les mêmes: Pour l’amour du peuple, pour la stabilité du pays, pour achever ce qu’on a entamé. Et comme s’ils avaient véritablement entamé quelque chose, et qu’ils mériteraient de prospérer au château. L’année 2015, année électorale pour bon nombre de pays africains, est une énième occasion pour leurs dirigeants, de tripatouiller les textes afin de rempiler.

 

Le Burundi de Pierre Nkurunziza

Président ‘’démocratiquement’’ élu en 2005, au suffrage indirect donc par le parlement et le sénat, il est réélu en 2010 par suffrage universel sans candidat d’opposition; puis en juillet 2015, il rempile pour un troisième mandat consécutif, qui n’est certes pas conforme à la Constitution, mais conforme à sa logique de n’avoir été élu qu’une seule fois au suffrage populaire, même s’il a dirigé le pays pendant deux quinquennats. C’est d’autant plus normal qu’il est élu avec plus de 69% des voix dès le premier tour, malgré une grave crise politique émaillée de violences meurtrières. Mais l’essentiel, c’est de rester au pouvoir! Il n’a donc cure de cet avertissement de Washington qui, dès janvier 2016, prévoit de ne plus octroyer d’avantages aux produits burundais qui entrent sur le territoire. Point besoin de s’émouvoir pour une telle menace, on pourra renégocier, le moment venu!

 

Denis Sassou Nguesso: la voie libre pour un autre mandat

Après 30 ans de pouvoir, il en raffole davantage, et demande toujours un autre mandat. L’homme fort du Congo soumet au referendum le projet de loi qui permet de faire sauter les deux verrous qui l’empêchaient de briguer un troisième mandat: la limite d’âge et celle du nombre des mandats. Sans effet de surprise, le ‘’Oui’’ l’a emporté avec une victoire écrasante. Et pourtant, l’article 57 de la Constitution du 20 janvier 2002 du Congo-Brazzaville dispose à ce sujet: «Le Président de la République est élu pour sept ans au suffrage universel direct. Il est rééligible une fois.» En 2008, dans les colonnes de («Jeune Afrique», du 23 -29/3) l’homme avait clairement dit ceci: «Le véritable exercice démocratique exclut la limitation des mandats présidentiels, pourvu que les élections soient libres et transparentes. Le peuple est en droit de conserver au pouvoir un dirigeant aussi longtemps qu’il le juge bon et utile pour le pays.» On se demande bien si on ne devait pas plutôt le rebaptiser, roi du Congo Brazzaville!

 

Paul Kagamé s’engage à son tour pour un 3ème mandat

Les députés rwandais ont déjà donné le champ libre à Paul Kagamé de briguer un 3ème mandat, après 15 ans de souveraineté. L’article 172 de la Constitution, permet à Paul Kagamé d’être réélu en 2017 pour un mandat de sept ans, puis par la suite, de briguer les deux mandats de cinq ans prévus par la nouvelle loi fondamentale. Elle n’est pas belle, l’Afrique? Même si le Président ne s’est pas encore ouvertement prononcé sur l’actualité du moment au Rwanda, cela laisse présager ses intentions pour 2017. Déjà lors de sa récente visite aux Etats-Unis, Paul Kagamé avait laissé entendre: «Nous devons laisser les pays et leurs populations décider par eux-mêmes de leurs propres affaires». Encore si tout était décidé dans une véritable transparence!

 

Ça marche chez les uns, ça ne marche pas chez les autres!

En Côte d’Ivoire, les signaux sont déjà donnés. L’empereur Ouattara II n’a pas manqué d’exprimer son désir dès sa réélection, de modifier une nouvelle fois la Constitution ivoirienne. Lors d’une interview accordée à TV5, il dit ce qui suit: «Je ne propose pas une modification constitutionnelle juste par rapport à cet article (article 35, Ndlr). Moi je veux une refonte constitutionnelle. La présente Constitution a été faite par un régime militaire qui avait ses objectifs. Ils se sont octroyés une immunité et ont introduit une série de dispositions incohérentes qui nous ont créé des problèmes à un moment donné au niveau du Conseil constitutionnel. C’est une nouvelle Constitution pour passer à la troisième République en Côte d’Ivoire. Ce n’est pas pour essayer de briguer un 3e mandat. La limitation de deux mandats sera respectée dans la nouvelle Constitution. Mais il faut maintenant renforcer les institutions, clarifier un certain nombre de choses, enlever tout ce qui est confié et abandonner ces histoires de stratification des Ivoiriens.» On l’espère vivement! Parce qu’avant lui, les autres l’ont dit, et à l’approche de la fin de leur mandat, le contraire s’est produit. Aujourd’hui le peuple africain a atteint une certaine maturité qui devrait donner à réfléchir à plusieurs reprises nos dirigeants avant de songer à modifier la Constitution à leur guise. L’exemple du Bénin avec Yayi Boni – qui a voulu s’y essayer mais contrairement à certains de ses pairs, a dû lâcher prise – et celui du Burkina Faso est palpables avec le beau Blaise. Après 7 ans de pouvoir suite à son Coup d’Etat perpétré sur son ami et mentor Thomas Sankara, il instaure le multipartisme et brigue 3 mandats successifs. Toujours avec la même stratégie, il essaie de modifier l’article 37 qui limite le nombre de mandats, en envisageant un autre. Mais manque de pot, le peuple qui l’avait tant adulé ou qui en avait très peur…c’est selon, va lui manifester un tel amour, qu’il sera obligé de quitter le pouvoir et se refugier en Côte d’Ivoire. Comme le disait Henry Kissinger, le prix Nobel de la paix 1973, «le pouvoir est l’aphrodisiaque suprême»; et malheureusement, nombreux sont les Présidents africains qui ne peuvent plus s’en passer!

 

JOSE N’GORAN, in L’Eléphant déchaîné n°395

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