Côte d’Ivoire : L’aile « messianique du FPI » toujours dans les nuages

By: Africa Newsquick

Aboudrahamane SangaréCôte d’Ivoire : L’aile « messianique du FPI » toujours dans les nuages

Ils sont aux anges et ne trouvent pas de mots assez catholiques pour crier leur « victoire ». Interdits par la Justice ivoirienne sur saisine  d’Affi N’guessan d’agir avec le nom du parti, les éléments de la branche dure du FPI font le dos rond depuis la fin de l’élection présidentielle. Sans prendre part à cette élection qu’ils ont appelée à boycotter – histoire de réduire leur camarade Affi N’Guessan à sa plus simple expression – assis à Abidjan et depuis leur salon respectif, ils ont, après un calcul scientifique extrêmement compliqué, trouvé le taux de participation de l’élection présidentielle. 11% maximum, ont-ils proclamé, sans rire. Et là encore, paraît-il, ils auraient fait preuve d’une grande largesse. Autrement, selon eux, le vote de dimanche n’aurait pas mobilisé plus de 8 électeurs sur 100.

Sur les antennes de RFI, un certain Aboubacar Koné, Secrétaire général par intérim du parti de Gbagbo – puisque c’est ainsi que la branche radicale, pour ne pas subir le courroux du procureur de la République se fait appeler désormais – a déclaré que « tous les chiffres donnés » par la Commission électorale indépendante (CEI) «sont de faux chiffres ». « Dans cette parodie d’élection, tout est faux de bout en bout ». A-t-il tonné sur RFI. Comme il nous manque, Damana Pickas ! Il aurait, avec un immense courage, déchiré sous les objectifs des caméras du monde entier, « ces faux chiffres ».

Les hommes de Sangaré, en se félicitant du succès de leur appel au boycott, n’ont pas oublié de féliciter au passage l’ensemble des Ivoiriens pour cette leçon infligée au régime de sa majesté « l’Empereur » Ouattara II. Et leurs chiffres seraient basés sur les informations que leur auraient transmises leurs relais installés sur l’ensemble du territoire national…c’est dire si l’on doit les prendre au sérieux ! Et pour Aboubacar Koné, cette présumée abstention de presque 9 électeurs sur 10 est le résultat du mot d’ordre de boycott qu’ils ont lancé pour protester contre l’emprisonnement de Laurent Gbagbo à La Haye et l’absence de mesures prises par le régime pour instaurer un dialogue selon leurs canons, pour une réconciliation qui ne se fera qu’avec le retour sur les terres ivoiriennes, du prince de Mamah, de Blé Goudé et de tous les exilés.

Sauf que dans les faits, l’aile messianique du parti de Gbagbo a été quelque peu prétentieuse. Chacun sait que les électeurs ne se sont pas bousculés devant les bureaux de vote pour une foule de raison y compris l’appel au boycott auquel, semble-t-il, de nombreux militants du FPI surtout, ont répondu. Mais prétendre que le taux de participation à cette élection n’a été que de 11%, c’est faire croire que Laurent Gbagbo représente 90% de l’électorat ivoirien. Il suffit cependant de jeter un coup d’œil sur les résultats du premier tour de l’élection présidentielle de 2010 pour comprendre la vacuité des chiffres donnés par l’aile messianique du parti de Gbagbo. Lequel n’a rassemblé autour de son nom que seulement 38% des voix quand le RHDP se retrouvait avec plus de 60% dont 32% pour le candidat du RDR Alassane Ouattara et 25% pour celui du PDCI, Henri Konan Bédié.

Mais la mauvaise foi étant la chose la mieux partagée dans la classe politique ivoirienne, l’aile messianique appelle à l’annulation de l’élection du 25 octobre. Rien que ça !  Il n’y a aucun doute que cet appel sera entendu et que, dans quelques mois, on ira à une autre élection, sans doute avec Gbagbo sur la ligne de départ, l’homme qui représente 90% de l’électorat ivoirien.

En réalité, Abou Dramane Sangaré, le champion de l’aile messianique du FPI – c’est qu’on y croit dur comme fer au retour de Gbagbo sur les ailes des anges – a remporté une éclatante victoire, non pas sur l’élection présidentielle, mais sur son camarade Affi N’Guessan dont chacun sait qu’il pense à tourner la page Gbagbo, chaque matin en se rasant. Sa volonté de se maintenir à tous prix à la tête du Fpi, y compris la participation presque active à l’emprisonnement de certains de ses camarades dissidents (Dano Djédjé, Koua Justin, etc.), a fait imploser le FPI en mille morceaux. Contre la volonté de ses camarades, il s’est présenté à une élection qu’il savait perdue d’avance. La piètre performance qu’il a réalisée, moins de 10%, est un rude coup pour son avenir politique au sein de son parti. Car, il est évident que majoritairement, les militants du FPI, ceux que Aboubacar Koné appelle de façon totalement irresponsable « les vrais Ivoiriens » (Sic), ne se sont pas déplacés dans les bureaux de vote pour légitimer Affi N’Guessan et tourner pour ainsi dire, la page Gbagbo. Il s’agit donc là, d’une victoire de la branche messianique du FPI. Mais cette victoire s’arrête là… car cette branche ne propose aucun autre projet en dehors de « Gbagbo ou rien ». Sans déterminer et rendre publique la stratégie qu’ils ont arrêtée pour sortir Laurent Gbagbo des serres de la Justice internationale.

L’élection présidentielle étant derrière les Ivoiriens, il faudra qu’enfin, Abou Dramane Sangaré et ses camarades disent ce qu’ils entendent faire pour être pris au sérieux par le régime Ouattara II. Ils avaient suscité beaucoup d’espoirs en entrant dans la coalition pour le changement avec Charles Konan Banny et autres Mamadou Koulibaly, et beaucoup d’observateurs avaient cru, à tort, qu’enfin, cette coalition avec un leader accepté par tous, allait proposer une alternative crédible aux Ivoiriens. Mais on a vu les résultats. Pendant que Charles Konan Banny multipliait les voyages à La Haye et que Essy Amara se livrait à son tango, Abou Dramane Sangaré et ses camarades appelaient eux, les militants du FPI à boycotter l’élection. Là où KKB et Konan Banny ont rêvé chaque matin en se rasant, d’entendre un appel de La Haye aux militants du FPI à sortir massivement pour soutenir dans les urnes, leur candidature. Un vrai gâchis.

Et crier victoire sous le prétexte d’avoir retenu par un appel au boycott 90% des « vrais Ivoiriens » à la maison, ne résout guère la question de la libération de Laurent Gbagbo dont le procès, prévu pour démarrer le 10 novembre, vient d’être reporté au 28 janvier 2016. A cette allure, sa majesté « l’Empereur» Ouattara II, auréolé de ses 83,66%, aura fini son deuxième mandat avant que la parole ne soit donnée aux avocats de Gbagbo pour leur plaidoirie.

La question reste de savoir ce que, entre-temps, Abou Dramane Sangaré et son aile proposent aux Ivoiriens pour que le régime ne fasse pas la pluie et le beau temps, devant l’inexistence d’une opposition responsable.

ALEX KASSY , in L’Eléphant déchaîné n°394

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