CIV-Un appel d’offres qui fait tousser : L’AMOA (TDF et NPA conseil), à la fois juge et partie!

By: Africa Newsquick

ADO 12CIV-Un appel d’offres qui fait tousser : L’AMOA (TDF et NPA conseil), à la fois juge et partie!

Le 17/6 était la date choisie pour le basculement au numérique dans le monde entier. La Côte d’Ivoire qui a décidé de le réaliser progressivement a lancé à cet effet un appel d’offres qui étonne plus d’un dans le milieu…

Le numérique, c’est quoi?

Selon le Conseiller technique au ministère de la Communication, Yacouba Dembélé, «c’est un nouveau système de transmission qui permettra d’avoir des images plus claires, plus nettes et en plus grande quantité. Ensuite avec la télévision analogique, c’est-à-dire celle que nous avons aujourd’hui, il faut une fréquence pour avoir une chaîne, or avec la télévision numérique, avec une seule fréquence, on pourra transmettre au moins cinq chaînes en haute définition ou vingt en définition standard. En plus, le passage à la télévision numérique permettra la mise en œuvre de services télévisuels à valeur ajoutée comme la Vidéo à la demande (VOD) et la télévision de rattrapage». La différence entre l’analogique et le numérique est qu’avec la première technique, on pouvait certes avoir plusieurs chaînes, mais les fréquences sont rares (trois fréquences, trois chaînes). Alors qu’avec le numérique, c’est tout autre ; puisque si on libère par exemple trois chaînes par site de diffusion pour la télévision, on pourrait avoir jusqu’à 60 chaînes. Le nombre de chaînes auxquelles devront avoir accès les Ivoiriens dépendra de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), garant de la politique nationale en la matière. Et pour ce faire, les ménages seraient obligés d’acquérir des télévisions compatibles au numérique, ou s’acheter des décodeurs dont le prix, selon les autorités, serait inférieur ou égal à 50.000 FCFA.

Le 17 juin, on passe au numérique!

L’Union internationale des télécommunications (UIT) a recommandé à tous les Etats de migrer au numérique à la date du 17/6/15. En vue d’avoir les mêmes normes en la matière.  Cela est presqu’un impératif pour les Etats utilisant le système Uhf, quand pour ceux utilisant le système Vhf, comme la Côte d’Ivoire, cela peut se faire progressivement, jusqu’en 2020. En Afrique, des pays comme la Tanzanie, la Zambie et le Kenya, ne rateront pas le coach. La Côte d’Ivoire, quant à elle, a décidé d’y aller progressivement en commençant d’abord par un projet pilote. C’est justement l’appel d’offres relatif à ce projet qui ferait couler beaucoup d’encre et de salive dans le sérail.

L’émission d’un appel d’offres

Dans le cadre du projet pilote de migration vers la Télévision numérique de terre (TNT) conduit par le Comité national de migration numérique de terre (CNM-TNT), il avait été prévu le recrutement d’un opérateur pour sa mise en œuvre. Notamment pour sélectionner un opérateur intégrateur en vue de la fourniture, l’installation, la mise en exploitation des équipements et l’accompagnage pour la TNT. Cinq entreprises avaient soumissionné dont une d’office éliminée (ELTI) pour avoir envoyé ses documents numériquement, et non physiquement. Finalement – selon le rapport d’analyse des offres de l’appel d’offres restreint N° RP 28/2015 relatif au projet pilote TNT produit en avril 2015 – ce sont quatre offres qui sont retenues, analysées et évaluées. Selon les résultats du CNM-TNT, l’évaluation technique donne le classement suivant : 1er THOMSON BROADCAST avec un score technique de 76,875. 2ème STARTIME avec 73,5, et 3ème STA LEADCOM avec 70. Au point des offres financières, le rang change cette fois. A savoir STARTIMES 1er  avec 780 millions de FCFA soit 100% ; THOMSON en 2ème  position avec près de 897 millions de FCFA, soit 87%, et STA LEADCOM 3ème avec 974 millions de FCFA. Conclusion, selon le CNM-TNT «les notes respectives des 3 candidats sur les deux dimensions, technique et financière, ainsi que leur combinaison pour l’obtention de la note globale donnant lieu au classement final, sont résumées» ainsi: THOMSON BROADCAST 1er avec 78,9, STARTIMES 2ème avec 78,8, et STA LEADCOM 3ème, avec 72. Jusque-là, tout semblerait aller pour le meilleur des mondes.

L’AMOA, juge et partie

Il faut préciser que le CNM-TNT est la structure responsable du projet TNT piloté par la Primature via le ministère des TIC, et dont la vice-présidence est assurée par le ministère de la Communication ; et le secrétariat, par Jean Philippe Kaboré. La CNM-TNT avait donc pour conseiller deux structures que sont TDF et NPA Conseil, deux entreprises françaises en tant qu’entreprises chargées de l’Assistance à maîtrise d’ouvrage (AMOA). Selon un article paru dans l’hebdomadaire africain «Jeune Afrique» en date du 15/1/15, «Canal+, Thomson et Sagemcom s’associent pour présenter une offre commune aux Etats africains  préparant la transition vers la diffusion numérique des chaînes de télévision». Jusque-là, rien d’anormal! Mais le hic provient du fait que TDF a des relations d’affaires importantes avec CANAL+, quand le deuxième opérateur chargé de l’AMOA, c’est-à-dire NPA conseil, a pour partenaires d’affaires Canal+, TDF et THOMSON. Autrement dit, TDF, NPA, CANAL+ et THOMSON sont issus du même réseau d’affaires. Comment se fait-il alors que NPA conseil et TDF aient pu être AMOA dans cet appel d’offres, devenant à la fois juge et partie? Question transmise au CNM-TNT… Ainsi, l’AMOA pouvait-il avoir conseillé le CNM-TNT dans l’élaboration de l’appel d’offres et voir son partenaire échouer?

Du contenu de l’appel d’offres

On noterait d’entame que comme tout appel d’offres, celui relatif au TNT avait deux aspects : technique et financier. Concernant l’offre technique, il faut remarquer que les experts ivoiriens réunis au sein du CNM-TNT (agents de BNETD, HACA, Structures membres du secteur des télécoms en Côte d’Ivoire…) ont travaillé à Bassam pour l’évaluation technique ; quand l’AMOA, elle, a travaillé à part. N’étaient-ce pas les mêmes évaluations qui devaient être faites? Bref, continuons…Concernant le résultat, il y a eu un à chaque niveau. Ainsi, selon les experts ivoiriens, STARTIMES venait en 1ère position avec 74,5%; THOMSON BROADCAST 2ème avec 72,13; ADSAT 3ème avec 54,13, et finalement STA LEADCOM, avec 52,93. De l’autre côté, l’AMOA composé de deux sociétés françaises (TDF et NPA conseil), collaborateurs de THOMSON BROADCAST, ont (évidemment!) proclamé leurs résultats avec l’ordre, et les points respectifs suivants: THOMSON BROADCAST 1er avec 76,875; STARTIMES 73,5; STALEADCOM 70 ; et ADSAT 53,125 donc éliminé au premier tour.

Au niveau des soumissions financières, un petit miracle (encore !) se produira. C’est-à-dire que l’ouverture des plis s’est faite le 2/4/15, à la salle du CNM-TNT, avec THOMSON BROADCAST près de 607 millions,  STARTIMES avec 780 millions, et STA LEADCOM avec près de 925 millions.  Dès l’annonce de ces trois montants, THOMSON aurait déclaré que son entreprise avait mal calculé les chiffres, et que son montant total est incorrect. Notons que selon le cahier de charges de l’appel d’offres, «toute erreur du montant total provenant des prix unitaires doit être corrigée par l’autorité contractante, tandis que le détail du prix unitaire lui-même, reste invariable». Or selon des documents confidentiels relatifs aux bordereaux des prix dans l’offre financière de THOMSON – que le pachyderme a pu soigneusement consulter- en excluant tout ce qui y est mentionné en tant qu’«option», il résulte un montant TTC de THOMSON, de plus d’un milliard 200 millions de FCFA. Or selon le «Rapport d’Analyse de l’appel d’offres restreint N° RP28/2015 relatif au projet pilote Télévision Numérique de Terre» du 16 avril, le montant de THOMSON BROADCAST est revisé à 897 millions environ. C’est sûr que l’accointance entre THOMSON, les entreprises AMOA et CANAL n’a en rien déterminé ce résultat, et que cette entreprise jadis au bord de la faillite, pourra réaliser cet appel d’offres; surtout que l’un des AMOA, TDF en l’occurrence, condamné par l’Autorité française de la concurrence à 5,6 millions d’euros d’amende pour « pratiques tendant à évincer ses concurrents du site de la tour Eiffel » – une histoire datant de 2006 – n’a rien à y voir.

In L’Eléphant déchaîné N°361

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