Ministère des Infrastructures économiques : Achi Patrick n’aime pas les syndicalistes

By: Africa Newsquick

Achi_Golf (11) (Large)A 24 heures de l’AG constitutive de leur syndicat, les agents du ministère des Infrastructures économiques ont reçu un bien beau cadeau!

On ne milite pas partout!

Si pour certains travailleurs notamment les fonctionnaires du ministère des Infrastructures économiques de Côte d’Ivoire, le syndicalisme professionnel se définit comme le droit de mouvement (des travailleurs dans une même branche de métier ou dans un même secteur d’activité)  qui les réunit en vue de défendre leurs intérêts communs (professionnels et de conditions de vie), pour l’autorité de tutelle, il constitue un danger, voire un ennemi qu’il faille à tout prix museler… D’où la mutation de la quasi-totalité des membres du comité ad hoc de leur syndicat, le Synamie (Syndicat national des agents du ministère des Infrastructures économiques), à 24 heures de l’Assemblée générale constitutive.  Les échos de cette tension latente  sont parvenus à la presse qui, objectivement, se mêlant de ce qui touche aux intérêts des Ivoiriens, décide d’y fouiner le nez. Pour comprendre ce qui fait trembler le Cabinet de Patrick Achi!

Le DAAF se met à trembler, et bonjour les mutations!

Scanner Note de service

 

C’est que dans tous les ministères qui constituent aussi bien l’Administration que le Gouvernement de notre pays, il existe des syndicats de fonctionnaires et agents. Sauf bien sûr, et on ne sait pour quelle raison, au ministère des Infrastructures économiques. Et comme la nature a horreur du vide, alors les choses allaient changer un jour! Les agents de ce ministère, comme partout où se retrouvent des hommes pour des relations professionnels, ont aussi éprouvé le besoin de se mettre ensemble, de s’organiser en syndicat. Dans l’objectif de soutenir les premiers responsables de ce ministère important dans leurs tâches, bien sûr tout en se voyant améliorer leurs conditions de vie et de travail de fonctionnaires qu’ils sont. Aussi, c’est qu’à la dernière cérémonie traditionnelle de présentation des vœux de nouvel an au ministre, par la voie de l’Inspecteur général, les fonctionnaires ont demandé à bénéficier de quelques retombées de leurs efforts communs au travail, en termes de primes. Le ministre leur  répondra favorablement, en précisant qu’une commission pour gérer cette question devrait être mise en place par le Directeur de cabinet. La suite? Rien ne sera fait pour ces «demandeurs de primes». Donc pour engager le dialogue social avec leurs autorités de tutelle – et cela semble tout à fait normal et objectif !- ils décident de se fédérer. Des démarches ont donc été entreprises et des textes préparés à cet effet.  Sauf que dans le cas précis, un véritable mouvement de chaises sera initié dès que les patrons vont être informés d’une telle initiative.  C’est qu’à 72 heures de l’Assemblée générale constitutive, précisément le mercredi 27 mai, le comité ad hoc a jugé bienséant de rencontrer le DAAF, M. Sidibé Siaka, pour lui faire part de la bonne… pardon, la mauvaise nouvelle. Le président du comité ad-hoc en a dit un mot: «Je suis allé me présenter à lui (le Daaf) pour dire voici mes intentions: créer un syndicat. Il a dit «il n’y a pas de souci». Alors que lui-même nous a donné des conseils de soutien, dès qu’on sort, il convoque le Sous-directeur. Qui à son tour m’appelle pour me dire, vous allez avoir des problèmes tout à l’heure. Donc tout a été décidé en moins d’une heure. Tout était préparé et on nous attendait. Nous avons donné l’information au Cabinet 72 heures avant la tenue de notre Assemblée Générale, et en 24 heures, vous avez vu leur réaction! Donc imaginez s’ils avaient cette information depuis le mois de mars; peut-être même que depuis la base, tout allait être bloqué, et la lutte serait morte.» Prenant à témoin la presse à qui il confie la tâche de relayer son propos, le SG de la Confédération des syndicats des fonctionnaires de Côte d’Ivoire (COSYFOCI)  a ajouté: «Hier nous avons eu l’information de la mise en place d’un réseau d’intimidation de ces jeunes gens qui veulent rénover les esprits dans ce ministère». Mais pour Essui N’guessan, «le combat, on l’a déjà gagné. La première victoire a été acquise hier (vendredi 28/5 Ndlr) quand tout le Cabinet a tremblé  à travers les décisions de mutation qui ont été pondues. C’est à croire qu’ils ont tellement de papiers rame à écrire qu’ils ne savent quoi en faire ou quoi écrire dessus.  De façon punitive, on m’envoie à Touba. Ne sont-ce pas des hommes qui y sont? A Touba, juste à côté de ton village. Et tu appelles ça «punition». Donc travailler chez toi et à côté de ton village et de tes parents est une punition?» Question transmise au DAAF du ministère des Infrastructures économiques! Précisons que M. Essui N’guessan, le tout nouveau et premier Secrétaire général du Synamie lui, avait été muté à la DAAF, il y a de cela juste deux mois. Et dès qu’il prend les rênes du syndicat, il se retrouve dare-dare à Touba. C’est que la mobilité ciblée du personnel fait désormais partie des pratiques en vogue dans ce département ministériel! Et sur les notes de service sur lesquels « L’Eléphant » a pu jeté un coup d’oeil, on peut lire: «M. …. Matricule …… né le …, grade  …….. Est muté à la DIRECTION REGIONALE de ……….…

La présente note de service prend effet à compter de la date de prise de service de l’intéressé(e). NB: Le Responsable chargé du Personnel devra adresser à la Direction des Ressources Humaines du Ministère, le certificat de prise de service de l’intéressé (e) dès sa prie de fonction. Fait à Abidjan, le 29 Mai 2015. Avec Ampliations: DAAF; DOSSIER, INTERESSE; CHRONO; S/DRH; DR….»

Ces désormais syndicalistes, ils ont été mutés dans tous les sens : Touba, Bondoukou, Abengourou, Odiénné… Notes signées des petites mains de SIDIBE Siaka, Administrateur Principal des services financiers. Volontairement ? Tiens, quel est le slogan du tout nouveau syndicat ? Réponse : SYNAMIE ʺRéveil un jour, Réveil pour toujoursʺ. Les patrons vont avoir du pain sur la planche !

Dans ce combat désormais engagé au sein de ce ministère, le «bébé» Synamie n’est pas seul. Il est solidement et solidairement soutenu par la COSYFOCI. Et une délégation très représentative conduite par le Secrétaire général, Gaha Dessenon Joël, était présente à cette AG. Il n’est pas resté muet non plus.

D’abord cette analyse…

Cet autre syndicaliste rompu a pris la parole : «Certaines autorités administratives considèrent la création des syndicats comme le début de leurs problèmes. Cette analyse est erronée. Parce que dans un pays comme le notre qui aspire déjà à l’émergence à l’horizon 2020 – pour emprunter les mots du Président de la République – il était inconcevable de penser qu’une structure telle que le ministère des Infrastructures économiques demeure sans syndicat. C’est pour quoi quand le camarade Esui N’guessan nous a approchés pour nous faire part de son ambition d’asseoir une cellule syndicale au sein de son administration, nous n’avons ménagé aucun effort pour essayer de lui tracer le chemin. Nous avons donc dégagé des pistes afin qu’il puisse atteindre son objectif. Avec l’adoption donc de vos Statuts et Règlements aujourd’hui, c’est une histoire qui commence, une belle histoire. Camarades, je voudrais déjà saluer tous les membres du Comité ad hoc et vous dire que ce que vous avez fait est courageux. Il est donc courageux de poser cet acte (de création). Il n’est pas sans conséquence dans un pays comme le notre où certaines considérations malheureuses amènent nos autorités à fouler au pied la liberté syndicale».

Ensuite un peu d’histoire syndicale

En tout cas, il semble savoir de quoi il parle ! «Le syndicalisme, depuis les années 1800, est un moyen pour tout travailleur de pouvoir défendre ses intérêts, s’organiser et défendre ses intérêts. Nos pères  les Occidentaux qui nous ont envoyé cette civilisation-là, nous ont donné cet instrument parce qu’au niveau des différentes classes (les prolétaires et les bourgeois), il y avait un certain nombre de déséquilibres. Quand on partait des ces sociétés, dans ces entreprises en son temps, le travailleur lui-même qui faisait que l’employeur était à l’aise était libre, était misérable, vivait dans des conditions indescriptibles; il fallait donc se rebeller. Pour revoir dans un premier temps les horaires de travail; et ainsi de suite voir comment améliorer les conditions de vie et de travail. Aujourd’hui c’est nous qui prenons la relève. Je suis moi-même syndicaliste. Secrétaire Général du syndicat des agents de la Fonction publique, je sais ce que nous a coûté la lutte syndicale: des arrestations, des salaires mis sous contrôle… Mais au final nous avons obtenu un décret qui nous a donné droit à des primes… Nous n’avons pas encore fini, parce qu’aujourd’hui quand vous voyez ce ministère, c’est le jour et la nuit par rapport à ce qui était là avant. Mais tout cela, c’est à travers une lutte acharnée, une détermination sans faille, que nous sommes arrivés à ce résultat. Oui chers amis, c’est à vous de soutenir vos responsables syndicaux que vous allez mettre en place. C’est à vous que revient la lourde charge d’amener ce combat à son terme. C’est à vous de changer votre destin et de décider aujourd’hui ou dans dix ans si vous restez endormis, de décider que vos conditions de vie et de travail puissent changer, c’est dans la détermination et dans la solidarité. C’est pour quoi je voudrais vous inviter à ovationner les courageux jeunes gens qui ont travaillé à la naissance de ce syndicat. Oui camarades, soyez courageux et ne fléchissez point; parce que le ministre des Infrastructures économiques doit percevoir ce qui se passe aujourd’hui comme une révolution dans son Administration; mais pas comme une révolution négative, parce qu’on parle de dialogue social; et quand on parle de dialogue social, ce dialogue social ne se fait pas entre le ministre et ses directeurs! Le dialogue social se fait entre le ministre et ses agents; mais on ne rencontre pas tous ses agents pour s’adresser à eux; c’est pourquoi il faut un syndicat. Et donc il doit percevoir l’acte que vous posez aujourd’hui comme une contribution au développement de son administration. Il doit vous considérer comme des partenaires au développement. Dans toute administration qui se veut émergente, le syndicaliste doit être celui-là même avec qui on échange sur un certain nombre de points; et ça, malheureusement avec la nouvelle que nous avons apprise hier, nous nous rendons compte que votre autorité de tutelle ne l’a pas perçu. C’est dommage! C’est pourquoi nous voudrions inviter nos amis de la presse à ne pas passer sous silence la mutation en cours de tous les membres du comité ad-hoc qui sont au nombre de sept(7) parce que simplement ils ont voulu mettre en place un syndicat, on décide de les muter. C’est aberrant! La Confédération des  syndicats de fonctionnaires de Côte d’Ivoire s’insurge contre de telles pratiques qui violent la convention 87 de l’OIT qui parle de la liberté syndicale. Oui le syndicaliste est consacré par la Constitution, et reconnu par le statut général de la Fonction publique. D’où vient-il donc que des ministres se croient au-dessus de ces lois que nous nous sommes librement données?» Question transmise au ministère des Infrastructures économiques!

Enfin cette motion de soutien

«Nous allons donner des éléments et des pistes aux camarades pour combattre cette décision. Oui cette mutation arbitraire ne doit pas être et ne sera jamais appliquée tant que la COSYFOCI sera de votre côté. De cette salle nous voulons donc interpréter le ministre Patrick Achi, et prévenir ses collaborateurs qui lui ont conseillé cette mesure maladroite pour  dire monsieur le ministre, ce qui est en train d’être fait n’est pas orienté contre vos intérêts; mais c’est plutôt pour vous aider à bâtir une administration solide et révolutionnaire. C’est pour quoi vous devez collaborer, appeler les jeunes gens et leur demander quelle vision ils ont pour votre administration. C’est le débat qui est là; ce n’est pas de l’intimidation qu’il faut faire, non! C’est un ministère trop stratégique dans notre développement pour qu’on s’amuse à ces ruses. Vous savez, le code du travail a, lui, dans ses dispositions prévu une protection de six mois avant même qu’un délégué ne soit élu. Ça c’est le Code du Travail. Quand vous avez l’intention de mettre en place une structure, et puis se profilent des élections de délégués, si quelqu’un a déclaré sa candidature, il bénéficie déjà d’une protection de six mois. Malheureusement le statut général de la Fonction publique est muet sur la question. Mais nous devons savoir que le Code du Travail ne reprend que les dispositions mentionnées au niveau des différentes conventions de l’OIT. Or les conventions s’appliquent à l’Etat de Côte d’Ivoire qui les a ratifiées; il va s’en dire que le ministre des infrastructures économiques est en train de jouer à un jeu dangereux. On ne joue pas à un jeu dangereux avec des syndicalistes. Oui, nous, à la Fonction publique, nous avons démontré au ministre Gnamien Konan qu’on ne joue pas à des jeux dangereux avec le syndicalisme; c’est facilement qu’il paralyse votre administration. Or pour l’heure, ce n’est pas les intentions de votre structure. Ils se regroupent tout simplement pour poser leur problème, pour échanger avec vous, pour voir comment nous pouvons tous avancer, pour que nous puissions vous aider dans votre tâche de ministre, pour que les résultats obtenus soient encore meilleurs. Est-ce que ça c’est mauvais? Alors si ce n’est pas mauvais, pourquoi les muter dans des zones que vous-mêmes ministres vous ne pouvez pas aller tous les jours? Quand vous mutez quelqu’un dans une zone où vous-mêmes vous savez que vous l’avez sanctionné, c’est déjà un abus de pouvoir, et cet abus de pouvoir doit être dénoncé… Je voudrais donc vous dire que la COSYFOCI est avec vous. C’est votre structure. Chaque fois que vous aurez besoin de nous, nous serons là. Avec les autres, nous avons mené de grandes luttes, au niveau de la Mugefci il y a eu la réforme aujourd’hui vous voyez que la Mugefci a un nouveau visage, il y a eu le déblocage des salaires qui a été effectif depuis la fin de ce mois (mois). Il y a d’autres combats, des combats de groupes, des combats sectoriels… quel que soit le degré de ces combats, la COSYFOCI  se tiendra aux côtés de tous ceux qui seront avec elle. Je voudrais donc terminer pour vous dire, n’ayez pas peur. Parce que si vous avez peur, ce qui est en train d’être fait sera mis en œuvre. Or si vous restez soudés, aucun de vos leaders syndicaux ne bougera d’Abidjan…» Si l’auteur de ce papier n’est pas muté…

Tonio Kouakou

Laisser un commentaire

Agenda

novembre 2017
D L M M J V S
« Oct    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  

Archives

Directeur de publication Gérant : Guy Tressia

Contact: +225 08322110/40007513

Email: guytressia@gmail.com

Abonnez-vous à africanewsquick par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à africanewsquick et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Rejoignez 11 568 autres abonnés

Retour vers Haut
Optimization WordPress Plugins & Solutions by W3 EDGE