1915-2015/ Centenaire du génocide Arménien : Des jeux de mots autour d’une tragédie humaine…

By: Africa Newsquick
Francis Taky

Francis Taky

Ce n’est pas une fable. Encore moins une légende contée. Mais, une réalité indubitable et fracassante. Toute la communauté internationale reconnait qu’il y a eu une tuerie en masse des arméniens. Néanmoins, les termes pour qualifier cette tragédie humaine, demeurent un point d’achoppement entre les grandes puissances du monde. Pourtant….

Le ‘’génocide‘’ arménien

24 avril 1915-24 avril 2015. Il y a cent ans, à Constantinople, capitale de l’empire ottoman, 600 notables arméniens sont assassinés sur ordre du gouvernement. C’est le début d’un pogrom, le premier du XXe siècle. Il va faire environ, selon les chiffres fortement controversés, 1,2 million de victimes dans la population arménienne de l’empire turc. Comment cela est-il arrivé? Les Jeunes Turcs profitent du ‘’hurlement strident‘’ de leur gouvernement pour accomplir leur projet d’éliminer la totalité des Arméniens de l’Asie mineure, une région qu’ils considèrent comme le foyer national exclusif du peuple turc. Voici, pour mémoire, le texte d’un télégramme transmis par le ministre à la direction des Jeunes Turcs de la préfecture d’Alep : «Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l’âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n’ont pas leur place ici». D’ailleurs, la Turquie reconnaît volontiers qu’un «grand nombre de chrétiens arméniens sont morts dans des affrontements qui ont débuté le 15 avril 1915.» Cependant, elle conteste que ces affrontements aient fait des centaines de milliers de morts, et qu’ils aient été le résultat d’une campagne systématique d’élimination. C’est clair, il y a eu reconnaissance par la Turquie, de ce premier massacre du XXe siècle. Depuis lors, les positions des pays et particulièrement des Nations dites grandes évoluent selon les circonstances, et au gré des intérêts. Des positions extrêmement mitigées sur la question…

La France et le ‘’génocide‘’ arménien

Des Arméniens survivants des massacres de 1915 se sont établis en France, précisément à Marseille. Leurs descendants sont estimés à ce jour, entre 300.000 à 500.000. Une population forte que ne devraient pas négliger les politiques qui voient en tout homme, des potentiels électeurs et militants acquis à leurs causes. Ainsi en 2002, la droite et la gauche parlementaires ont-elles voté par ‘’acquiescement‘’ une loi réduite à un célèbre article : «La République française reconnaît le génocide arménien». En 2006, peu avant l’élection présidentielle suivante, le parti socialiste tente de pénaliser la «négation» de ce génocide. Le projet échoue comme une baleine sur les rives de la mer. A la veille de la présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy lui-même, a relancé le projet,  pour certainement retrouver la faveur des électeurs d’origine arménienne. C’est ainsi que le 22 décembre 2011, une députée UMP a déposé une proposition de loi qui punit d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros (près de 30 millions de FCFA) d’amende la négation, voire la «minimisation», d’un génocide reconnu par la République française. La conséquence : les Turcs ont instantanément menacé les entreprises françaises de grandes mesures de rétorsion. Une situation qui pourrait coûter très cher à la France, déjà victime d’une récession économique. Et malgré les mouvements et autres types d’actions pour la reconnaissante formelle de cette tragédie comme étant ‘’un génocide‘’, c’est l’omerta. Une reconnaissance plus ou moins tacite et évolutive selon les circonstances.

Quid de l’Allemagne?

Le gouvernement allemand, sous la pression de députés issus de ses propres rangs, soutiendra, le 24 avril 2015, une motion parlementaire citant le massacre des Arméniens en Turquie il y a un siècle comme un exemple de «génocide», selon le porte-parole de la Chancellerie, Steffen Seibert. «Le gouvernement soutient le projet de résolution […] selon lequel le sort des Arméniens pendant la Première Guerre mondiale sert d’exemple dans l’histoire des meurtres de masse, des épurations ethniques, des expulsions et, oui, des génocides durant le XXe siècle», a-t-il déclaré. Cette situation s’apparente à un ‘’revirement politique‘’ capital pour l’Allemagne qui rejoins ainsi l’Uruguay, premier pays à reconnaître officiellement le génocide arménien, le 20 avril 1965, la France, le Parlement européen et le pape François dans l’emploi du terme de génocide, pour qualifier les massacres d’Arméniens dans l’empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, à partir de 1915. En mars 2015, faut-il le rappeler, le génocide avait déjà été reconnu par les parlements de vingt-et-un pays…

Obama va-t-il le reconnaitre enfin?                                             

«Le génocide arménien n’est pas un point de vue, mais un fait largement documenté», avait déclaré le sénateur Barack Obama, en 2008. Sept ans plus tard, seize organisations arméniennes rappellent la promesse électorale au Président Obama, à la veille du Centenaire, dans le cadre d’une campagne d’affichage dans tous les Etats-Unis. «Votre affirmation sans équivoque du génocide arménien enverra un message puissant concernant la position de principe de l’Amérique contre tous les génocides-passés, présents et futurs», estiment un conglomérat de 16 Ong. En réaction, Washington appelle à une reconnaissance ‘’pleine, franche et juste‘’ des atrocités de 1915, tout en évitant toujours d’utiliser le mot «génocide». Eh bien! Même le secrétaire général de la Maison Blanche Denis McDonough, et Ben Rhodes, conseiller du président Barack Obama, lors de leur rencontre avec les représentants de la communauté arménienne aux Etats-Unis, le 21/04/15, ont utilisé avec finesse le terme «atrocités de 1915», pour évoquer la question du centenaire des tueries. S’abstenant de mentionner à aucun moment le mot «génocide». La conseillère de Barack Obama pour les affaires de Sécurité, Susan Rice, dans son entretien avec le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, en visite à Washington, le 21/04/15, l’a encouragé à ‘’améliorer‘’ les relations entre Ankara et l’Arménie, ainsi qu’à lancer un dialogue ouvert en Turquie, sur les «atrocités de 1915», selon un communiqué de la Maison Blanche. Pas d’emploi du mot «génocide», dans cette énième déclaration. Pourtant, lors de la campagne présidentielle de 2008, Barack Obama, alors sénateur, avait utilisé ce mot, mais ne l’a plus jamais utilisé depuis son arrivée à la Maison Blanche, jusqu’à ce jour. Génocide ou pas, à l’occasion de la célébration du centenaire de ce premier pogrom du XXe siècle, une prise de position claire de l’humanité s’avère impérieuse afin d’éviter des jeux de mots autour d’une tragédie humaine, qui pourraient minimiser cet acte condamnable, à tout point de vu. Pour que l’humanité retrouve son coté humain!

 

Francis TAKY

Journaliste-Ecrivain

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