Côte d’Ivoire-Assalé Tiémoko sort son 2e livre, bientôt: Une escroquerie morale nommée « rébellion armée » !

By: Africa Newsquick

assale-tiemoko2Oui, on peut être d’avis qu’à chaque génération correspond un combat, mais un combat pour défendre les intérêts de toute la communauté nationale dans un pays multi ethnique. Houphouët-Boigny n’a pas mené son combat pour les Baoulés, mais pour l’ensemble des Ivoiriens. Parce que dans ce pays, chaque ethnie a des raisons d’estimer qu’elle est exclue du développement, que ses cadres font l’objet d’ostracisme, bref, une raison de se révolter. Mais une telle révolte ne changera rien radicalement au sort de cette ethnie parce qu’elle n’apportera que détresse dans les rangs des autres peuples qui n’ont forcément pas les mêmes problèmes. Que Soro Guillaume déclare que c’est à la suite d’un contrôle d’identité sur le pont De Gaulles qu’il a compris qu’il devrait se mettre en mission en prenant les armes pour revendiquer sa « pièce d’identité » qu’il avait oubliée à la maison en sortant, avant de revenir dans la case du RDR, voilà un argument qu’il ne faut pas mettre entre toutes les mains dans la Côte d’Ivoire de demain.

Une mission qu’il dit s’être assignée au nom des fils du Nord, au motif qu’il voulait leur offrir des cartes d’identité. Mais lors des élections de 2000, il y avait combien d’Ivoiriens sur la liste électorale? Environ 5 millions de personnes. Dix ans plus tard et après la rébellion, la liste électorale ne comportait pas plus de 6 millions d’électeurs, malgré la prise en compte des millions de nouveaux majeurs et de ceux au nom de qui on prétendait avoir pris les armes. Alors, combien de cartes d’identité les fils du Nord ont pu obtenir après la rébellion pour qu’on en soit dix ans plus tard – et le processus d’identification piloté par la primature occupée par Soro Guillaume lui-même – à moins de six millions de personnes inscrites sur la liste électorale. Alors, qu’est-ce que la rébellion a apporté au Nord et aux fils du Nord après tous les massacres? A notre avis, rien du tout et chaque Ivoirien, sauf à faire preuve d’une éclatante mauvaise foi, sait que le Nord et ses populations n’ont jamais été aussi pauvres qu’après la rébellion.

soro avec arme

On est tenté aujourd’hui de demander un véritable plan Marshall pour cette région et les gens honnêtes le savent. Nous militons pour cela. Nous militons aussi pour que le chef de l’Etat décrète le Nord du pays, « Zone d’Education Prioritaire » (ZEP) afin qu’aucun enfant dans cette partie du pays n’échappe à l’éducation moderne de base. Toute rébellion ou tout fanatisme prend sa source dans l’ignorance des peuples, ignorance qui est toujours exploitée par les meneurs des opérations prétendument appelées révolution. La rébellion ivoirienne n’a rien d’une révolution. Elle n’a été ni plus ni moins qu’une escroquerie morale, politique, sociale et économique , un système de pillage sans merci des ressources naturelles de toute une région sur fond d’un problème sérieux dont le traitement nécessitait une autre approche. Parce que le zèle de certaines forces de l’ordre ne pouvait en aucune manière être assimilé à une politique délibérée d’un gouvernement qui essayait de ravaler au rang d’animaux, une partie du peuple ivoirien.

Comme le communisme qui n’a prospéré à l’époque de la guerre froide qu’à la faveur des malheurs et de la misère des peuples, la rébellion armée n’a prospéré que sur des arguments qui ne pouvaient que séduire une population au nom de qui on prétendait se battre en multipliant les amalgames au quotidien pour mieux ancrer son adhésion, véritable mine d’enrichissement personnel dont l’ignorance des populations n’a été que le fumier sur lequel il a prospéré.

frci_armes

Ce que la « mission armée » de Soro Guillaume a permis de découvrir est que la seule arme contre la manipulation d’un peuple reste l’éducation. C’est pour cela qu’il faut, aujourd’hui plus que jamais, remettre l’éducation de tous les enfants de ce pays, à la tête des priorités. En accordant une attention particulière aux enfants du Nord du pays sur lesquels le combat de la première Dame pour empêcher qu’ils soient dans les champs au lieu d’être dans les salles de classe ne semble pas produire, pour l’instant, l’effet escompté.

La rébellion armée de Soro Guillaume n’a rien apporté de positif à ce pays ; bien au contraire, elle a retardé son développement de façon générale et fait reculer de plus de cinquante ans, la région Nord du pays.

Il ne faut pas que l’arbre appelé Alassane Ouattara cache la forêt des réalités qu’il y a en ce moment au Nord du pays. La rébellion n’a rien apporté du tout aux enfants du Nord, elle a juste permis à Laurent Gbagbo de s’offrir un deuxième mandat sans compétition et profité à un clan avide de billets de banque qui n’a pas hésité à casser des banques pour s’offrir des matelas de billets avec lesquels certains comptent demain assujettir les Ivoiriens pour atterrir au Palais Présidentiel en se posant en modèle alors que la chair à canon utilisée comme escalier pour se faire bombarder à de hauts postes de responsabilité a été, au moment du partage du butin national découvert au Sud du pays, laissé sur le bord de la route, mais avec son fusil en bandoulière.

Résultat des courses, malgré le programme de l’ADDR, de milliers de jeunes gens à qui l’on avait promis des millions en cas de victoire refusent de déposer les armes et se font rémunérer aujourd’hui sur le sang des populations ivoiriennes sur toute l’étendue du territoire en général mais dans le Nord du pays en particulier.

Aujourd’hui le Nord du pays n’est-il pas livré aux coupeurs de route et à l’insécurité la plus insupportable? N’est-ce pas dans cette partie du pays que ce phénomène est le plus inquiétant, où on ose tirer sur des cortèges des ministres?

Soro Guillaume, le « messie », peut-il s’asseoir au volant de sa voiture luxueuse, sans un bataillon d’hommes armés jusqu’aux dents pour l’escorter et se rendre en toute quiétude dans son village où tout le monde possède aujourd’hui, grâce à sa « mission », une pièce d’identité et, les enfants déclarés à l’état civil dès leur naissance? En aucune manière, malgré l’apothéose de la béatitude à laquelle il prétend avoir conduit les fils du Nord, il ne peut se permettre d’aller dans son village sans une armée de soldats, à cause de l’insécurité qui règne sur les routes de cette partie du pays et qui s’étend peu à peu, partout. Tout « messie » qu’il dit être, s’il se hasarde sur les routes du nord, il se ferait buter immédiatement par ceux qu’il a utilisés et qu’il a laissés pour compte et qui ont des armes en mains en ce moment, attendant le moment propice pour se venger. Ils ne veulent ni rentrer dans l’armée, ni participer au processus ADDR. Ils veulent juste qu’on leur remette ce qui leur a été promis pendant les moments de feu. Aujourd’hui, la réalité est que c’est la personnalité du président Ouattara qui permet aux gens comme Soro Guillaume et aux ingrats (pour la plupart) cadres du RDR qui ont tourné le dos à ceux qui ont offert leur sueur, leur sang, leur poitrine pour qu’ils soient les milliardaires qu’ils sont aujourd’hui, de se donner l’illusion de compter dans ce pays. « L’Eléphant » l’a déjà écrit. A l’heure de la récompense, les vrais combattants ont été oubliés, chaque chef de guerre, certains cadres du RDR, de vrais parvenus qui se sont démerdés pour se retrouver à de hauts postes de responsabilité grâce au sacrifice des laissés pour compte, ont réussi à insérer qui cinq parents dans l’armée, qui dix connaissances dans la douane, qui plusieurs centaines de personnes dans tel corps des forces de défense. Les vrais combattants n’ont rien reçu, ils sont des milliers à ne pas avoir obtenu le moindre matricule qu’on ne peut avoir sans un parcours du combattant ou sans bourse délier. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, le chef de l’Etat, avant de leur lancer un ultimatum pour déposer les armes, a juré qu’il ne recrutera plus personne dans l’armée. Il devrait peut-être auditer les effectifs de cette armée pour vérifier que ceux qui y ont été recrutés ont vraiment combattu, où et à quel moment ?

Mais la présence du Président Ouattara au sommet de l’Etat – à la suite d’une conjugaison de circonstances particulières dont notamment l’appel de Bédié et l’action déterminante de la force française « Licorne » et de l’Onuci – entretient l’illusion que c’est le tour des enfants du Nord qui est arrivé et qu’ils vivent aujourd’hui dans un bonheur indicible, que la pauvreté qui étrangle la majorité des Ivoiriens ne les concerne pas. Et pourtant, la réalité sur le terrain est tout autre. Il suffit d’aller à Abobo pour avoir une idée de l’escroquerie dont ils ont été victime, de même que l’ensemble des Ivoiriens, quand les refondateurs ont réalisé que sous le prétexte de la rébellion, ils pouvaient piller les caisses de l’Etat et laisser le pays à l’abandon, au motif selon Gbagbo qu’on «ne construit rien dans un pays en guerre».

Alors, à chaque génération son combat, oui, mais un combat dont la base et les objectifs sont si larges qu’on l’assimile à une révolution pour l’installation d’un nouvel ordre meilleur pour l’ensemble du peuple. Le combat, pardon, « la mission » de Soro Guillaume a eu une base tribale et donc ne peut être considéré(e) comme une révolution dans laquelle l’ensemble des Ivoiriens puisse se reconnaître. Parce que, si le président Alassane Ouattara est réélu à l’issue des élections à venir et qu’il termine son deuxième mandat, par quel moyen, s’il veut devenir président à son tour – vu qu’il y pense en ce moment chaque matin en se rasant – saint Soro Guillaume va-t-il passer? Remobiliser son « armée » et s’imposer aux Ivoiriens par l’argument des armes ou passer par la case « élection présidentielle »? Et dans le deuxième cas, vu qu’il vient de déclarer être allé en mission pour la dignité des fils du Nord, ce sont les seules voix de ces derniers qui le conduiront au Palais Présidentiel? Ses chances de se faire élire président même en déversant des containers de billets de banque dans chaque hameau de Côte d’Ivoire sont aussi grandes que celle d’un escargot qui veut traverser sain et sauf une autoroute.

Les millions de jeunes chômeurs depuis l’époque de Bédié, de Gbagbo et auxquels viennent de s’ajouter ceux de la période Ouattara devraient-ils prendre les armes pour réclamer du travail? Parce que ça aussi c’est une injustice! Voir des parvenus rouler carrosse pendant que de brillants diplômés sont assis à la maison à ne rien faire, ça peut conduire à une révolte et nous pensons que les uns et les autres en sont conscients.

A chaque génération un combat, oui, mais un combat pacifique dont les effets s’étendent sur des décennies parce que la base de son déclenchement est suffisamment large. Aucune rébellion armée menée au nom d’une ethnie ne peut déboucher que sur une humiliation tôt ou tard…soit de cette ethnie, soit de ceux qui ont mené cette rébellion parce que les rapports de forces ne sont jamais figés dans le temps. Ils changent toujours.

Quand le président Ouattara, s’il est réélu – c’est tout le mal qu’on lui souhaite – aura fini ses deux mandats, Soro Guillaume se retrouvera devant un tribunal, celui du peuple de Côte d’Ivoire. Et alors il devra fournir les vraies raisons de sa rébellion, mieux expliquer cette affaire de contrôle d’identité sur le pont De Gaulle.

Les milliards amassés par les champions de la rébellion sur le dos des enfants du Nord et qui ont permis à certains de s’offrir des dents en or, ne suffiront pas pour acheter les consciences de la « génération Internet ». Ceux qui croient en cela se trompent lourdement.

Bientôt, avec la fin du pouvoir Ouattara (deux ou un seul mandat), les débats d’idées reprendront le pas sur les arguments explosifs des armes. Et ces débats-là se feront devant le peuple de Côte d’Ivoire dans sa globalité. Et c’est le tribunal le plus impitoyable…

Parce que, finalement, la rébellion ivoirienne à laquelle se sont accrochés de médiocres politiciens de tous bords y compris les refondateurs, n’a été qu’une vaste escroquerie morale, sans doute la plus grande dont un peuple dans son ensemble, n’ait jamais été victime dans l’histoire de l’humanité.

Mais demain, dans quelques mois, dans quelques années peut-être…en tout cas dans un temps pas si lointain que cela à l’échelle humaine, nous ou nos enfants – puisqu’ il y a des gens dans ce pays qui ont acquis le pouvoir de décider de qui doit vivre et qui doit mourir – leur tendront un miroir pour qu’ils découvrent leur vrai visage et le mal qu’ils ont fait à toute une génération à qui 20 années ont été volées.

Ils peuvent décider de nous tuer, ils ont déjà tenté, mais au moins on sera heureux en mourant de savoir qu’on a eu le temps de dire ce qu’on pense et surtout pourquoi on nous tue. Une chance que n’ont pas eue les milliers d’Ivoiriens qui ont été massacrés dans tous les camps sans savoir pourquoi on leur ôtait la vie.

ASSALE TIEMOKO

Extrait de « Côte d’Ivoire : les faux modèles devant le tribunal de la conscience collective », chroniques des valeurs égorgées.

Un livre à paraître bientôt…

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