Dabou : un séminaire pour valoriser le patrimoine culturel Odjoukrou / le rêve d’une solidarité pour une renaissance culturelle en marche

By: Africa Newsquick

Par Léon SAKI – Afrique Matin.Net

Il est bien vrai que les pillages, les extorsions, les réquisitions et les trocs ont véritablement affecté le patrimoine du peuple Adjoukrou (ou ODJOUKROU dans l’appellation authentique du terroir), mais les rivalités politiques et le manque de solidarité des fils et filles de Dabou ont créé une fracture sociale aux conséquences désastreuses dont le « désequilibre culturel de l’ensemble des populations de la Région des Grands Ponts. C’est pour intégrer les objectifs culturels aux stratégies de développement, encourager la coopération culturelle interne, impliquer les forces vives (et surtout les femmes) et développer toutes les valeurs dynamiques du patrimoine culturel du peuple ODJOUKROU par l’appropriation réelle du capital historique existant, élément fondateur de son identité, qu’un séminaire a été organisé le samedi 27 septembre à l’hôtel Akparo de Dabou. Portant sur le thème « Politiques de valorisation du patrimoine culturel ODJOUKROU », cette rencontre didactique et hautement instructif organisée par la SND (ONG – Socraff N’gbaffrè de Dabou) a enregistré, d’une part, la présence des autorités administratives et coutumières de la région, notamment, le Préfet de région, le Secrétaire général de la préfecture, le Directeur régional de la Culture et de la Francophonie, la chefferie traditionnelle, dépositaire des valeurs ancestrales ODJOUKROU et d’autre part, les fils et filles soucieux du développement de leur région avec à leur tête, la Ministre Jacqueline Lohoues Oble.

Avant l’ouverture des travaux en commission, programmés pour l’après-midi, six interventions ont émaillées la cérémonie d’ouverture dont trois contributions. Le président de la structure organisatrice, M. Lath Meless, a, d’entrée, exprimé toute sa reconnaissance aux illustres invités notamment à la Ministre Jacqueline Oble, à Mme. Silvie Memel Kassi, Directrice du Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, à toute la chefferie présente avec une mention spéciale pour le Préfet de Région, M.Kouakou Assoba qui, selon ses propos « s’est comporté comme un véritable agent de développement pour sa contribution à la mise en place de l’ONG ». Il a ensuite procédé à une présentation exhaustive de la SND avant d’étaler l’intérêt social, culturel et économique du séminaire qui l’espère-t-il marquera le début d’une dynamisation des activités de la Régions des Grands Ponts.

Le Directeur Régional de la Culture et de la Francophonie, représentant du Ministre Maurice Bandaman, a pour sa part, transmis les encouragements de son patron et insisté sur les résultats des travaux auxquels tient énormément celui-ci. Dans une brillante démonstration axée autour des enjeux de la culture, M. Firmin Tiéssou a montré que « la défense, la protection et la promotion de la riche tradition du Leboutou constitue, pour le Ministre de la Culture, à la fois un acte de célébration de l’identité d’un peuple mais au-delà, un acte de développement ».

Mais le représentant du Ministre Maurice Bandaman n’a pas attendu longtemps pour pointer du doigt les africains quant au sort subi par cette culture pourtant sienne. Selon lui, si les traditions ont enduré « l’assaut d’une mondialisation dévoreuse de pratiques culturelles singulières, qu’elle trouve à la fois démodées et archaïques », c’est justement parce que les africains ont prêté le flanc à « tous ces déstabilisateurs de nos traditions ». « Nous sommes de plus en plus nombreux à considérer nos Us et Coutumes comme des pratiques de peu d’intérêt », a regretté le Directeur Régional avant de montrer que de nos jours, la culture est la locomotive du progrès. Ainsi a-t-il tenu à féliciter les membres de la SND qui réalisent ainsi la valeur de la culture à travers la mise en place d’un programme ambitieux de promotion et de valorisation du patrimoine ODJOUKROU. C’est donc consciente des enjeux à venir, que la Direction Régionale de la Culture a offert un bureau au sein de ses locaux, à la SND, a annoncé M. Firmin Tiéssou, sous les acclamations de l’auditoire.

La troisième intervention a été faite par le Préfet de Région, Kouakou Assoba. Le représentant du Président de la République s’est dit honoré de prendre part à une telle activité parce qu’elle contribue à la consolidation de l’unité entre les peuples. S’il a reconnu qu’au départ, la culture se posait comme un frein au développement, force est de reconnaitre qu’aujourd’hui c’est tout le contraire : « Avec la transformation, la culture est devenue le moteur de tout développement », a-t-il indiqué. Selon le Préfet de Région, les années d’exercice dans la zone lui ont permis de se rendre compte que la culture ODJOUKROU est bien organisée et hiérarchisée, raison pour laquelle il souhaite qu’à partir de ce séminaire, cette culture prenne place, dans la vie de tous les jours et en chacun des fils et filles de Dabou. Pour terminer, le Préfet a fait l’exhortation suivante : « Je souhaite vivement que les résultats de ce séminaire soient à la hauteur de nos attentes ».

Cette intervention du représentant de l’Etat de Côte d’Ivoire a laissé place aux trois communications au programme.

La première communication a été livrée par l’éminent Professeur d’Anglais GBARI Koc-Yed Séraphin, par ailleurs Président du comité scientifique du séminaire. Exposant sur le thème « le génie et les potentialités culturelles ODJOUKROU, l’homme de lettres très ancré dans la tradition de chez lui, a d’entrée, choisi de lever un amalgame sur l’appellation longtemps prescrite « abusivement » au peuple des Grands Ponts. « Chers invités, est-ce que c’est ODJOUKROU ou ADJOUKROU ? Partout, nous faisons des erreurs. Si nous ne savons pas nous vendre, alors nous sommes entrain de créer une trahison intrinsèque qui va finir par nous perdre », a prévenu le professeur.

Il a ensuite successivement fait une description définitionnelle étymologique et une approche contextuelle des différents termes du thème, en y associant un autre vocable, « tradition », pour le besoin de la cause. Après avoir rappelé l’organisation politique et culturelle de la société ODJOUKROU, le président du comité scientifique a fait ressortir la particularité distinctive du peuple ODJOUKROU marqué par leur plus grande parenté culturelle avec les Krou doublée d’une filiation en ligne paternelle. Les Odjoukrous sont repartis en sept classes d’âge : bodjr, sètè, ndjrouman, abrn’man, mbédié, mborman et nigbessi. Le reste de l’exposé très dense en enseignement a tourné autour de la richesse patrimoniale de cet espace culturel et éventuellement, le professeur a montré combien cet héritage peut être mis à profit pour le développement de la région.

« La culture, un autre levier de développement », c’est le thème développé par Mme. Silvie Memel Kassi, Directrice du Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire qui a vu cette assertion sous trois angles: « nous allons tenter brièvement de dire ce que nous comprenons par le mot culture, ensuite essayer de voir l’expérience des autres étant donné que le thème évoque un groupe de mots ‘’autre levier de développement’’ qui montre que d’autres peuples l’ont déjà expérimenté et enfin faire quelques propositions ». Mais pour Madame Kassi, toute cette dissertation va prendre appui sur ses 8 années d’expérience au Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire en qualité de Directrice. « Je voudrais donner la définition du mot culture issue du dictionnaire des politiques pour qu’ensemble, nous appréciions la vision des dirigeants politiques africains vis-à-vis de cette activité et comprendre pourquoi elle occupe une telle place chez nous », a indiqué l’exposante, qui définit la culture comme l’ensemble des connaissances, des savoir-faire, des traditions, des coutumes propres à un groupe humain. « Elle se transmet de génération en générations et conditionne en grande partie, les comportements », a-t-elle ajouté. Pour la Directrice du Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, cette définition montre que la culture, c’est l’homme lui-même avec son comportement, sa façon de percevoir les choses, la particularité propre à lui de prendre les éléments émanant de Dieu, la nature et de la domestiquer, de la modeler et de l’adapter à son environnement. Et pourtant, reconnait Madame Kassi, la culture, jusqu’à la décenie 1970-1980, a été pour l’essentiel, en Afrique, toujours réduite à l’idée de divertissement et de loisir. La séminariste a également présenté la culture comme facteur d’identité et facteur social en ce qu’elle constitue un élément fédérateur à travers lequel un groupe humain se détermine et pour laquelle il lui revient le besoin de la mettre en valeur et la faire triompher.

« Aujourd’hui, avec les transformations, les choses ont considérablement évolué. Le monde ne fait plus uniquement face à des défis d’ordre économique, social et environnemental, parce que, dira-t-elle, les Nations Unies viennent de désigner la culture comme le quatrième pilier de développement… Le commerce international des biens culturels constitue l’un des secteurs les plus dynamiques de l’économie mondiale, nous apprend Madame Kassi. Et la place de l’art africain dans ce nouveau contexte est inestimable. C’est pourquoi, la Directrice trouve curieuse, l’attitude de l’occident qui, il n’y a pas encore longtemps, qualifiait cette même culture de démodée et sans valeur. « Après avoir aidé les africains à se défaire de leurs objets définissant l’essence de leur culture, ils trouvent aujourd’hui que ces objets sont d’une valeur incontestable », a-t-elle remarqué avant de montrer que la Côte d’Ivoire, en matière de valeurs sculpturales ancestrale, est en Afrique le pays le plus riche grâce sa diversité culturelle.

Avant de faire des propositions à la SND afin de réussir le pari entrepris, la séminariste a présenté la place que les occidentaux accordent à la culture en général et en particulier celle émanant de son réservoir géographique et historique. A ce sujet, des chiffres et des statistiques montrant la part très importante de la culture dans le développement économique de ces pays, ont été dévoilés.

La Directrice du Musée des civilisations a terminé son audition par de nombreuses propositions notamment, la mise en place de comités locaux pour faire un inventaire des richesses du patrimoine culturel ODJOUKROU, étudier une stratégie de promotion et d’exportation de l’Atiéké, label de la région, recenser tous les événements et fêtes populaires, réhabiliter et promouvoir le fort de Dabou, construire un musée d’histoire et des peuples et enfin réaliser un schéma directeur qui constituera une feuille de route pour la mise en évidence effective de toutes les propositions faites. Il faut noter que l’intervention de Madame Kassi, chargée d’émotions et d’enseignements, a été brillante et saluée par un « standing ovation ».

La dernière communication est revenue à Madame la ministre Jacqueline Oble qui a entretenue l’auditoire sur le thème « Contribution des cadres et des femmes dans la valorisation de la culture » avec un hommage appuyé à l’endroit des braves femmes présentes dans tous les secteurs d’activités.

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