Côte d’Ivoire-Déchets toxiques : la culpabilité permanente de l’Etat, selon L’Eléphant déchaîné

By: Africa Newsquick

Au mois d’août 2006, le navire vraquier grec Probo Koala battant pavillon panaméen, a déchargé des tonnes de déchets toxiques au port d’Abidjan. Répandus un peu partout à travers l’agglomération de la capitale économique, ces déchets ont provoqué des émanations de gaz, qui ont entraîné la mort de 17 personnes, et l‘intoxication de dizaines de milliers d’autres. Parmi ces personnes, beaucoup continuent, aujourd’hui encore, de souffrir des maux provoqués par les déchets. L’Etat ayant à assumer dans ces conditions particulières, sa fonction de protection des citoyens, a eu à mener une action à deux volets, en faveur des victimes des intoxications mortelles : Un volet de mesures pratiques, écologiques et environnementales ; et un volet financier, ayant spécifiquement trait à l’indemnisation des victimes. Mais là où le bât blesse, c’est au niveau de la différence de comportement de l’Etat, sur ces deux volets d’action : Précipitation et zèle, d’un côté, laxisme voire complicité de mauvais aloi, de l’autre.

Sur le volet des mesures pratiques, écologiques et environnementales

La pollution survenue dans la ville d’Abidjan, a entraîné un éveil des consciences : L’enjeu écologique et environnemental, qui n’était jusque-là, pas considéré comme une priorité digne d’attention, pour les autorités politiques a, d’emblée, été considéré comme un important centre d’intérêt. Les autorités se rendant compte, de l’importance de l’écologie dans une société, et des nombreux dangers écologiques, qu’elles avaient jusque-là sous-évalués.   Le gouvernement en place au moment des faits, avait apporté des réponses graduées à la situation : Il   avait d’abord annoncé des sanctions contre ceux qui avaient trempé, d’une manière ou d’une autre, dans l’apparition des déchets toxiques dans le paysage naturel du pays. Le quotidien Soir Info rapporte, au sujet du déversement de ces déchets, que « Banny entend prendre ses responsabilités. Avant la tenue du Conseil des ministres, il avait annoncé des sanctions contre tous ceux qui ont trempé dans ces déchets toxiques. Et au terme de ce Conseil, il a ouvertement indexé toutes les structures fautives.

Partageant l’avis de son premier ministre, le chef de l’Etat a, lui aussi, jugé nécessaire de frapper fort. Le ministère des Transports, le District d’Abidjan, le Port, la Douane sont indexés et n’échappent pas à la colère de l’Exécutif. Le premier ministre a laissé entendre qu’il va procéder dans les jours qui suivent à un nettoyage de l’Administration. « Il faut mettre de l’ordre dans cette Administration où chacun donne l’impression de faire ce qu’il veut, où et quand il veut». Pour une fois, il s’agit donc pour ceux qui incarnent l’Etat d’user de tous les moyens qui s’imposent, pour mettre fin à l’impunité qui, depuis ces dernières années, règne en maître dans ce pays. Il est vrai que la Côte d’Ivoire vit un contexte particulier du fait de la crise militaro-politique, mais cela n’empêche vraiment pas ceux qui dirigent le pays, de frapper du poing sur la table quand certains irresponsables mettent en péril la vie du pays. Aujourd’hui la Côte d’Ivoire paye le prix du laisser-aller, du désordre et de l’indiscipline, malheureusement   érigés en règles et mode de vie. Soyons responsables, et cela vaudra mieux pour tous ».

Joignant l’acte à la parole, le chef du gouvernement a posé des actes forts, pour marquer sa désapprobation du drame qui était survenu : Démission du gouvernement, suspension des responsables des structures concernées par l’entrée des déchets toxiques sur le territoire ivoirien (Douane, Port, District d’Abidjan, etc.) Création d’un fonds spécial, élimination rapide des déchets, recours à des experts internationaux, création d’un système de surveillance médical, prise en charge gratuite des malades, etc. Ainsi, même si certaines de ces mesures, notamment celles touchant les dirigeants administratifs des structures sous tutelle de l’Etat citées plus haut, ont été par la suite rétablis dans leurs fonctions, le peuple a pu se rendre compte que les dirigeants politiques n’étaient pas restés insensibles à leurs souffrances.

Sur le volet financier

L’aboutissement des laborieuses procédures, pour l’indemnisation des victimes de la catastrophe   écologique, dans lesquelles l’Etat s’était   impliqué, a correspondu avec l’apparition sur la scène nationale, de personnages aux profils et intentions plus ou moins suspects ; se déclarant au service des pauvres victimes, ils n’étaient, en réalité, intéressés que par leur indemnisation par la société Trafigura, à l’origine du malheur des populations abidjanaises. La procédure initiée par le cabinet Leigh and Co, en novembre 2006, au nom des victimes, a abouti à un règlement amiable, en août 2009 ; ce qui s’est traduit au plan financier, par le transfert de 22,5 milliards de FCFA, par la société Trafigura, sur le compte ouvert par le cabinet Leigh and Co, dans les livres de la SGBCI, courant 2OO9.

La proximité des fonds de leur terrier, a mis les prédateurs impitoyables et en alerte permanente, en transe. Ils n’avaient a priori aucun droit juridiquement protégé, qui leur permette d’approcher l’argent ; mais qu’à cela ne tienne ! Au moyen de faux documents élaborés à dessein, ils tentaient un passage en force ; en se présentant au   Ministère de l’Intérieur, à la recherche du   précieux récépissé de déclaration de la CNDVT, une association fictive, à laquelle des citoyens censés pourtant être normalement inscrits,   ont dit ne pas appartenir. Bref, de manifestes violations de la loi n° 60-315 du 21septembre 1960 relative aux associations, et des dispositions du code pénal ivoirien.

Dans un environnement national infesté de personnes sans foi ni loi, ne rencontrant aucune limite dans leurs agissements de seigneurs, les véritables victimes des déchets toxiques, ne sachant plus à quels saints se vouer, pour entrer en possession de leurs indemnisations, ne dorment plus que d’un œil. Mais à l’instar du volcan en sommeil, elles se réveillent de temps en temps, et menacent la quiétude des puissants, qui s’arrogent tous les droits, et se permettent tous les abus, à l’ombre des gaz lacrymogènes ; comme ce matin pluvieux de juillet 2014, où elles ont pris d’assaut le palais de justice du Plateau, espérant avoir des informations sur le délibéré de l’affaire se rapportant au détournement des 4,658 milliards de FCFA, à eux destinés. Déçus de s’entendre dire que l’affaire était reportée, les hommes et les femmes marqués dans leur chair par les déchets toxiques, décidaient spontanément d’entamer une marche vers un autre palais, le présidentiel   celui-là d’où, pensaient-ils, pouvait sortir la solution mettant fin à leur calvaire. Par les messages de leurs calicots et leurs cris de colère, ils désignaient à l’auguste occupant des lieux, les cibles sur lesquelles il serait souhaitable de taper, au nom de la morale, pour mettre fin aux tourments qui leur étaient causés : Les sieurs Bictogo et Koné Cheick.

Et Charles Koffi, leur porte-parole, exprimant plus clairement leurs sentiments, se disait déçu de la justice ivoirienne. Il disait en outre, ne pas comprendre que dans un procès où les prévenus risquent selon les réquisitions du parquet, 20 ans de prison, puisse trainer en longueur pour le délibéré. Pour lui, le report ne serait que la conséquence des manœuvres du sieur Koné Cheick Oumar, ayant pour but d’empêcher l’éclatement de la vérité. Aux prévenus, dont la banque Access Bank vendue récemment, il a été demandé de payer 21 milliards aux victimes. Elles peuvent toujours rêver.

Ainsi, tous les acteurs qui ont trempé dans l’affaire de l’indemnisation des victimes des déchets toxiques, sont clairement identifiés. Il ne reste plus à l’Etat qu’à faire exécuter les sentences, sans autres formes de considération. Sa crédibilité en dépend. L’atteinte de l’ambitieux challenge de l’émergence à l’horizon 2020, en dépend également. Nul doute qu’avec les mêmes célérités et détermination qu’il a montrées dans la prise des mesures pratiques, écologiques et environnementales, appelées par la circonstance créée par l’apparition de la pollution mortelle, il délivrera les victimes meurtries.

Source : L’Eléphant déchaîné N°280

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